Les ETI doivent sortir de l’ombre

Publié dans l'édition Nord N. 8442 par

 

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Activités internationales des ETI françaises.

Activités internationales des ETI françaises.

La campagne présidentielle a donné l’occasion, le 29 mars, à l’ASMEP ETI, le syndicat des entreprises de taille intermédiaire et des entreprises patrimoniales, d’adresser aux candidats un socle de propositions. Mais qui sontelles ? Les ETI sont des entreprises qui emploient entre 250 et 5 000 salariés. Elles ne sont que 4 600 en France contre 12 000 en Allemagne. Elles constituent à elles seules 23% de l’emploi salarié, 27% du chiffre d’affaires des entreprises françaises, ou encore un tiers des exportations… Pistons de l’industrie et des services, ces sociétés sont toujours au carrefour des développements. L’étude d’Oséo relative à la conjoncture 2011 des ETI explique comment elles se sont comportées.
Les stratégies de développement des ETI allient croissance interne et externe : “24% des ETI ont créé au moins une nouvelle filiale en 2010 et 28% prévoyaient de le faire en 2011”, lit-on dans la synthèse de cette enquête. Mieux : une ETI sur trois a pris des participations dans d’autres entreprises et deux sur cinq envisageaient de le faire l’an dernier. Autre critère de choix pour tester leurs velléités de développement, le financement de leur internationalisation repose d’abord sur leurs fonds propres. Les ETI ont envie d’entreprendre et elles le font systématiquement. Elles ont bonne presse auprès de leur banquier : seules “4% des ETI françaises déclarent avoir manqué de tout soutien bancaire pour le financement de leur exploitation courante ou de projets d’investissement qui ont dû être annulés ou reportés”. Mais elles sont aussi 20% à se trouver “freinées” par un manque de fonds propre, un endettement excessif ou un resserrement des conditions d’accès au crédit.

S’internationaliser… Si les ETI semblent moins nombreuses qu’en Allemagne, elles sont sur un chemin ascendant et se sont renforcées ces deux dernières années. Interrogées sur l’évolution du volume global de leurs investissements physiques et immatériels, elles répondent par des hausses pour 43% d’entre elles, une ETI sur cinq ayant moins investi. Cet indicateur d’investissement est très positif dans le tertiaire (commerce, transport et tourisme) et moins pour l’industrie ou la construction. Les intentions d’investissements étaient également très fortes pour l’année 2011, largement motivées par le facteur innovation. Outre ce volet de croissance interne, les ETI se musclent à l’international. “Plusieurs facteurs influent sur la fréquence de création de filiales, indépendamment de la localisation nationale ou internationale. La proportion est significativement supérieure à la moyenne nationale parmi les ETI des catégories suivantes : employant 500 à 4 999 salariés (34%) ; issues du secteur des services (29%) ; ayant au moins le quart de leur effectif à l’étranger”. Une ETI doit donc être assise sur une taille critique, avoir ses activités dans les services et déjà une bonne expérience à l’international pour aller plus loin et créer une filiale. Les projets de création de filiale en 2011 étaient de 28%. Sur les mêmes critères que précédemment, les ETI volontaires à l’international étaient classées “innovantes”, situées en Ilede- France et ayant déjà au moins 5% de leur effectif à l’étranger. Pour certaines, le chemin de l’international avait parfois commencé par la prise de participation dans d’autres entreprises en 2010 (pour un tiers d’entre elles) et 41% des ETI disaient également vouloir imiter leur consoeurs en 2011. En resserrant les mailles, les rédacteurs du rapport de conjoncture montraient qu’une ETI sur six avait un projet “ferme” à l’international (prise de participation ou création de filiale) ; 8% d’entre elles avaient un projet dans l’Union européenne, 5% en Asie, 3% en Océanie ou en Afrique, 3% en Amérique latine, 2% en l’Europe hors CEE et à peine 1% en Amérique du Nord…

Peu de difficultés financières. En 2011, 37% des ETI étaient présentes à l’étranger avec 2,2 filiales en moyenne, les “très internationalisées” ayant jusque sept filiales à l’étranger. Pour 72% d’entre elles, c’est l’Europe qui reste privilégiée, suivie par l’Amérique du Nord (31) puis l’Asie (30%). Viennent ensuite l’Afrique-Océanie (25%), l’Europe hors UE (19%) et l’Amérique latine (14%). La santé financière des ETI est jugée “assez aisée” : “59% des ETI considèrent normale la situation de leur trésorerie en 2010. Pour 22%, elle a été aisée et pour 19% difficile. Il en résulte un indicateur de la trésorerie passé légèrement positif à 3%”. Les ETI restaient confiantes pour l’année 2011 quelle que soit la taille des sociétés, leur caractère innovant. En revanche, l’indicateur varie selon les secteurs d’activité des ETI : positif à 13% dans les domaines des divers services aux entreprises, négatif (-6%) dans le tertiaire classique (commerce, transport et tourisme). Comme toutes les entreprises, les ETI se financent de diverses façons. Elles ont recours à l’emprunt auprès des banques avec qui elles n’ont pas eu de difficultés majeures en 2011 : “73% des ETI n’ont pas rencontré de difficultés pour accéder au concours de trésorerie ou d’investissement et 25% déclarent en avoir eu”, lit-on dans le rapport. Pour autant, trois types d’obstacles semblent avoir gêné le développement de l’activité : le manque de fonds propres, l’endettement excessif et le resserrement des conditions d’accès au crédit. Rassurant : “Chacun de ces freins est jugé faible ou sans effet par quatre entreprises sur cinq”. Dans le détail, on peut noter le niveau des taux d’intérêt, le coût des assurances, les garanties exigées notamment dans l’accès aux prêts à moyen et long terme.

Taille, caractère innovant et développement. L’emploi dans les ETI est mouvant. Les deux tiers des ETI ont moins de 500 salariés. En 2010, 84% des salariés des ETI formaient l’effectif “national”. Selon leur taille et leur secteur d’activité, la part des salariés travaillant en France varie : 66% des ETI ont la totalité de leur effectif en France. Elles sont encore 15% à n’avoir qu’un quart de leur effectif à l’étranger ; 12% à en être pourvues entre 75 et 95%. Enfin, 7% des ETI emploient entre 95 et 100% de leurs salariés en France. Il semble que la taille des ETI soit souvent le premier critère de leur internationalisation. Dans les entreprises de moins de 250 salariés, 3% de l’effectif global travaillent à l’étranger ; celles qui emploient entre 250 et 499 salariés ont un taux qui passe à 7%. Enfin, dans les plus grosses (comprises entre 500 et 4 999), c’est près d’un salarié sur cinq qui est en poste à l’étranger. “Cela provient des projets d’accroissement des effectifs plus prononcés à l’étranger qu’en France pour les ETI déjà internationalisées.” Les rédacteurs du rapport constatent que “les anticipations d’accroissement d’effectifs en 2011 augmentent significativement avec la taille de l’ETI mesurée par le nombre total de salariés, et légèrement plus à l’étranger qu’en France au-delà de 250 salariés”. Second critère de développement de l’emploi : l’innovation. Les perspectives d’évolution des effectifs sont “deux fois plus élevées” chez les ETI innovantes que chez les autres. L’équation gagnante peut se résumer à ce portrait de l’ETI modèle : installée sur son marché national, ayant développé une activité en croissance à l’étranger à travers un ou plusieurs filiales, et s’appuyant sur une innovation.

La semaine prochaine, la 2ème partie de cet article sera consacrée à l’étude KPMG : “Les ETI, une stratégie de conquête”.