FDR, un cartonnier inventif

Publié dans l'édition Nord N. 8442 par

 

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Thierry Franssen présente un de ses prototypes qui lui a demandé deux années de réflexion : un carton pouvant accueillir des larves d’insectes dans le cadre de la protection de champs de maïs. Ses réalisations portent sur tout le domaine de l’agroalimentaire, dans le respect de l’écologie et de la santé publique.

Thierry Franssen présente un de ses prototypes qui lui a demandé deux années de réflexion : un carton pouvant accueillir des larves d’insectes dans le cadre de la protection de champs de maïs. Ses réalisations portent sur tout le domaine de l’agroalimentaire, dans le respect de l’écologie et de la santé publique.

Allier innovation et matières naturelles. Pour comprendre le génie de FDR, initiales des deux associés, Thierry Franssen et Monique de Rycke, il suffit d’un exemple : une plaque de carton constituée d’alvéoles qui doit contenir des larves d’insectes destinés à protéger de façon naturelle un champ de maïs. Après près de deux années de recherche, FDR a pu mettre au point un prototype. “Je me suis rendu chez les agriculteurs pour bien comprendre leur attente. Il fallait trouver un système fiable permettant l’éclosion des larves à un certain moment, tout en tenant compte de la hauteur des végétaux et des prédateurs, veiller à l’aspect biodégradable. Pendant la nuit, je me réveillais pour noter quelques idées qui m’arrivaient spontanément… J’y suis arrivé !”, sourit Thierry Franssen qui aime se donner des challenges, des défis qui, visiblement, entretiennent son adrénaline, son moteur quotidien. “Les clients savent qu’ils peuvent me demander n’importe quel type d’emballage. Je vais souvent bien au-delà de la demande, question d’expérience et de connaissance du marché.”

Une stratégie de développement. L’expérience ? Thierry Franssen en possède. Chez lui, on est cartonnier depuis plusieurs générations. Et 1980 marque un tournant dans sa vie. Il doit fermer son entreprise familiale de carton ondulé classique, en raison d’une trop forte concurrence. Au lieu de se morfondre, il décide de reprendre le métier mais sous un autre angle : en utilisant son sens de la créativité et de l’innovation. En effet, la plus-value de FDR repose sur la recherche et développement qui représente aujourd’hui plus de 15% du chiffre d’affaires. En bon gestionnaire, ce dirigeant prend la décision de soulager ses charges fixes. Il se déleste de ses machines qu’il confie à près de cinq fournisseurs français et fait réaliser chez ces derniers la plupart de ses créations. “Je n’ai plus à gérer trop de personnel, même si j’ai gardé une unité de production à Roubaix, composée d’une vingtaine de personnes pour la réalisation de barquettes dans le cadre d’un très important marché. Le fait de m’appuyer sur un réseau de fabricants permet de faire face à une saisonnalité éventuelle. Chaque sous-traitant a ses particularités, ses spécialités, ce qui me permet de faire réaliser rapidement des produits souvent complexes. Je ne supporte plus non plus les charges d’amortissement des machines…” Mais on ne peut vraiment parler de soustraitance car ce dirigeant se rend souvent chez le prestataire, vérifie les machines, apporte ses idées. “Ainsi, j’avais repéré une machine hors d’usage. En dépit des avis des uns et des autres, je l’ai remise en marche intuitivement en y ajoutant juste une sangle. Après quelques années, elle fonctionne toujours et a servi à lancer les toutes premières barquettes de hamburgers d’une marque bien connue.” Soit le prototype d’une boîte qui a dépassé aujourd’hui le chiffre de 40 millions ! La société travaille avec les services de marketing du client. Elle s’attarde surtout à l’aspect santé, à la qualité du papier. On sait que l’emballage en plastique est cancérigène. L’opinion publique commence à peser sur les grands du secteur de l’agroalimentaire qui restent soumis à des contraintes budgétaires. “Le carton reste pour l’instant plus cher que le plastique. Une différence de quelques centimes peut peser lourd alors qu’il s’agit de santé publique. Hélas, la pression de certains acheteurs s’avère souvent dissuasive.” Le carton est biodégradable, respecte le goût des aliments et surtout la santé… Beaucoup de qualités qui laissent augurer de beaux jours pour cette industrie.

Un métier à part. Pour se faire connaître, FDR expose dans des salons nationaux, le salon de l’emballage et du sandwich. Difficile d’embaucher un commercial car tout est dans la tête de Thierry Franssen. “Ou il faudrait que je trouve une personne très imaginative, susceptible de devancer les attentes du client et ayant une excellente connaissance du monde de la cartonnerie. Notre savoirfaire se prouve. Il est atypique.” Autant de paramètres délicats. FDR a trouvé le bon créneau : la spécialisation et la recherche. Témoin, la dernière trouvaille : l’utilisation d’un papier ressemblant à s’y méprendre à une feuille de plastique alors qu’elle est issue du bois. Ce matériau existait mais personne n’avait encore pensé à l’utiliser en agroalimentaire. Ce genre d’innovation peut être copié mais désormais FRD renonce au dépôt auprès de l’Inpi. Si la société en sort chaque fois gagnante, elle perd trop de temps en procédures, ce qui porte préjudice à la petite société. “Je ne suis pas contre la concurrence, au contraire : elle est stimulante. Dans un marché, mon offre s’appuie sur un réseau probant de fabricants qui produisent en toute fiabilité. Je ne me contente pas que de la demande car je suggère souvent un nouveau système.” Thierry Franssen est confiant. Il sélectionne sur une palette de fournisseurs et de produits l’ADN de ses prototypes. Aucune journée ne ressemble à la précédente et ceci plaît à son tempérament d’électron libre. Il rencontre toutes sortes de professionnels, dans toute la France et ailleurs. Bref, il ne connaît pas l’ennui, un aiguillon qui le pousse chaque fois à se dépasser. Même s’il sait qu’il faut toujours se battre. Il rappelle, en conclusion, que la cartonnerie reste la troisième industrie de France. Qui en a conscience ?