Une première en architecture

En créant une société à Hongkong,Van Santen s’attaque à la muraille de Chine

Publié dans l'édition Nord N. 8370 par

 

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L’ inter nat ional est une seconde na tur e pour Robert-Jan Van Santen, né à Amsterdam, installé à Lille depuis 1989, après des études en forme de tour de France et dix ans en Tunisie de 6 à 16 ans. Le défi est aussi un trait de caractère essentiel de ce perfectionniste, doublé d’un visionnaire, et attaché à résoudre la difficulté, voire à la chercher en se spécialisant dans le domaine très pointu de la façade.

Car il a choisi d’aborder l’architecture par un angle très technique. Il ne place pas son ego dans la signature, mais dans la capacité à résoudre des problèmes délicats et à travailler avec les plus grands architectes. “On recherche l’extraordinaire sur chaque projet, le côté spécifique.” “Je ne me sens pas 100% français, pas 100% hollandais non plus mais en Chine, je me sens très bien. J’adore ce pays. Je n’ai pas de sentiment national très fort. Plus c’est divers, plus ça me plaît.” Il a choisi Lille pour sa position géographique aux portes du monde par tous les moyens de transport. Et il a installé son agence en plein centre, dans un plateau dépouillé donnant sur la rue Neuve, à dix minutes à pied de son domicile et parce que, de là, il peut accéder rapidement à son nouveau bureau de Hongkong par les trois aéroports de Roissy, Charleroi ou Bruxelles.

Grand projet. En effet, cet homme de défi a décidé de s’attaquer à l’immense marché asiatique où toutes les audaces sont permises et où sa spécialité lui ouvre des portes. “On cherche des projets ambitieux avec des défis importants. C’est pour ça, naturellement, que nous nous sommes intéressés à l’Asie. Avec notre savoir-faire, nous sommes logiquement amenés à des projets à l’export. Notre expertise est mieux utilisée sur ces marchés car en France il y a trop d’inertie et de lenteurs.”

Travaillant déjà au musée du Chocolat à Pékin, il a décidé de franchir le pas et de créer une structure à Hongkong – VSA. HK Limited (Van Santen associés Hongkong), avec Gontrand Dufour, son premier associé, et avec une Chinoise installée là-bas. “Je l’ai croisée il y a un an. Elle est tentée par l’aventure. Il n’y a pas de hasard mais des éléments qui se recoupent. Elle travaille dans une société avec laquelle nous avons travaillé il y a cinq ans. Elle est venue à Lille et on se revoit tous les mois.”

VS-A.HK est une société par actions sous droit chinois. “C’est très facile à créer. Au capital, nous avons des actionnaires individuels et notre holding.” Robert-Jan Van Santen se rend tous les mois à Hongkong où il a un bureau permanent depuis le 1er mars, un bureau avec la présence constante d’un Lillois. “On va tourner trois semaines. N’iront que ceux qui ont envie d’y aller. Nous sommes un bureau international. Des Chinois viendront ici et des Français iront làbas.”

Le plateau de la rue Neuve (35 personnes, les trois quarts des archis, les autres des ingénieurs) est déjà international (Coréen du Sud, Chinois, Indonésien, Polonais et Hollandais), ce qui facilite les choses. “Le visa pour aller en Chine de Hongkong, quand on est hollandais, on l’a tout de suite. Les Français ne sont pas bien vus là-bas.”

Ce bureau de Hongkong est le grand projet de Robert-Jan Van Santen. “C’est le grand chantier pour dix ans. Ce sera intéressant pour le bureau lillois aussi car la présence des Chinois est de plus en plus forte en Europe dans tout ce qui est entrepris. Mieux les connaître est intéressant. Notre implantation là-bas peut être utile pour amener des connaissances et des produits français. Nous faisons une opération d’export. Une fois mis le pied à l’export, on ne sait pas où s’arrêter. Ce bureau à Hongkong est l’occasion de travailler sur des projets où notre savoirfaire sera pleinement utilisé. Et pourquoi ne pas créer quelques antennes dans le monde où il y a des gens passionnés par les façades, parce que nous avons une approche spécifique, sans concurrence. Il y a une demande partout dans le monde. Il faut aller là où on peut être utile.”

Un spécialiste recherché. Car le métier de Van Santen associés est très spécifique. “Nous travaillons sur l’enveloppe du bâtiment et nous recherchons le côté pointu sur des critères architecturaux avec des géométries complexes, des produits inhabituels, des dimensions hors normes, des exigences techniques. L’enveloppe devient quelque chose de très technique. Le BBC nécessite des approches très pointues. Nous faisons de la thermique de l’enveloppe depuis dix ans. La recherche de la lumière naturelle, abondante et de qualité, est en contradiction avec la BBC. Alors il faut trouver des solutions. Nous, nous savons faire du BBC avec des façades largement vitrées mais c’est un vrai sujet technique. Par ailleurs, les normes deviennent de plus en plus sévères. La moitié de la France est en parasismique. Cela apporte une complexité supplémentaire et nous sommes indispensables.”

Donc, s’il ne signe pas, Robert- Jan Van Santen est associé à tous les plus grands architectes auxquels son “bureau d’études façade”, ainsi qu’il le qualifie avec simplicité, apporte une expertise exclusive, probablement une des meilleures au monde puisqu’il est appelé partout. Sur la centaine de projets en cours, si la plupart sont en Europe, les autres sont en Asie et en Afrique. Dès le début de l’année, 50% du CA annuel était arrivé en commandes. Il ne souffre pas de ne pas signer ses projets : “J’ai le sentiment de faire mon métier d’archi au sein du bureau d’études. Je fais la partie du bâtiment la plus visible et la plus intéressante. Ce métier-passion, où la décision finale est prise par l’archi, me va très bien. La notion de paternité est un peu dépassée. C’est bien par le biais de la technique que nous sommes missionnés, complémentaires de la technique et partenaires en tant qu’archi car nous sommes architectes. C’est toujours un travail d’équipe où nous sommes indispensables. Des petites choses que nous trouvons ont un impact énorme sur un gros projet.”

Une philosophie humaine. Le bureau d’études a donc été réorganisé pour répondre très vite tout en gardant une grande capacité d’étude. Mais Robert-Jan Van Santen a pour préoccupation première d’intéresser ses salariés et collègues à la marche de l’entreprise. “J’ai un profond mépris pour les gens qui créent un bureau d’études et le vendent à des grands groupes.” Il est donc passé d’une SARL à une double SAS chapeautée par un holding sous forme de SARL. “Ce changement a facilité l’intégration de certains salariés. Ils peuvent s’associer aux SAS et cela permet à ceux qui le souhaitent de devenir actionnaires du holding, ceux qui veulent en faire un projet de vie.” On a donc en holding A+B (les groupes sanguins des fondateurs Robert-Jan Van Santen et Gontrand Dufour mais aussi comme “Archi” et “Bureau d’études”), et en dessous VS-A (Van Santen associés) et Op-En qui ont chacune des métiers différents. VS-A est le bureau d’études et Op- En fait de la maîtrise d’oeuvre, par exemple des missions après une expertise pour réparer ou quand il n’y a qu’une façade à réaliser.

“Nous sommes cinq associés dans les SAS qui sont des structures miroirs. La SAS permet au salarié de devenir actionnaire pour un euro symbolique tandis que pour entrer dans le holding, il faut acheter des parts sur une évaluation calculée par Ernst & Young. Quand le salarié a acheté des parts dans A+B, il a envie d’un projet collectif. Les salariés sont les propriétaires du bureau. C’est une vraie politique. On essaie de fonctionner avec des concepts clairs. Un salarié peut faire un parcours sans limite au bureau, comme Gontrand entré comme étudiant et propriétaire maintenant pour un tiers en dix ans.” Pour recruter, les deux gérants s’intéressent moins à la formation qu’à la personnalité. “Les gens qui viennent ici prennent à coeur le développement du bureau. Ils y mettent de l’énergie, ils sont moteurs. Quand quelqu’un a envie de faire des choses bien, il trouve ici la structure où il peut exprimer son potentiel.”

L’organisation est à l’image de la philosophie : un vaste open space où Robert-Yan Van Santen n’a pas de bureau à lui et où la table de pingpong réunit tout le monde. “On recherche des gens qui ont envie de s’investir dans le domaine de l’enveloppe. Dès lors qu’il y a une passion, on est demandeur mais on a du mal à trouver. Un surdoué est très bien ici. Plus on comprend de choses, plus on trouve son intérêt et on peut façonner son poste à son image. Nous sommes d’une indépendance farouche, être nous-mêmes et crédibles de tout ce que nous disons dans une vraie éthique de projet.”

L’aventure chinoise correspond parfaitement à cette logique et à cette conception du travail collectif. “C’est une belle aventure même si j’ai connu des années de galère. Je suis content et un peu fier.”