Dans quels secteurs économiquescréer demain en région ?

Publié dans l'édition Nord N. 8372 par

 

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Bien malin qui peut identif ier avec précision les secteurs porteurs de demain. “Si je le savais je serais très riche”, plaisante Raouti Chehih, directeur d’EuraTechnologies. La boule de cristal pour déterminer les métiers d’avenir où il faut entreprendre, ce n’est pas pour demain… Exercice d’autant plus complexe que dans ce domaine, il vaut mieux avoir le flair bien avant les autres. L’Association pour la création d’entreprise (APCE) fait remarquer en effet que “quand un secteur est jugé porteur, il est parfois trop tard pour se faire à son tour une place sur un marché encombré”. Pourtant la littérature économique fourmille d’articles, d’études, d’analyses sur des pronostics en tout genre autour des activités à fort potentiel de développement à court, moyen ou long terme. Certaines de ces études sont loin d’être farfelues. Les travaux les plus sérieux sur les secteurs porteurs de demain partent quelquefois des tendances et des évolutions économiques, sociales, culturelles, démographiques du présent. Evolutions et tendances qui reposent bien souvent sur les besoins de l’heure, lesquels ont souvent un lien direct avec les besoins futurs. Ne dit-on pas que l’avenir se prépare aujourd’hui ? Sans verser, donc, dans la divination, qu’observe-t-on actuellement dans le Nord-Pas-de- Calais ?

Economie numérique. Sur les près de 26 500 créations d’entreprise de l’an dernier, trois grands secteurs d’activité se dégagent, selon Franck Seels de Je crée Nord-Pas-de- Calais. “Le commerce : quasiment un créateur sur deux a une activité liée au commerce. Les autres secteurs, ce sont l’artisanat, les services (aux entreprises et à la personne)”. Et d’ajouter : “Je pense qu’au niveau du commerce on va tendre de plus en plus vers le e-commerce en s’appuyant sur les nouvelles technologies.” Depuis quelques années, en effet, quasiment toutes les analyses sur les secteurs porteurs évoquent les technologies numériques. Mais une chose est d’entrevoir le potentiel économique de la filière des TIC dans son ensemble, tout autre est d’identifier les domaines sur lesquels se positionner. Raouti Chehih pense que les activités qui vont se développer dans cette filière “ont trait à tout ce qui est mobilité”. “Le mobile, que ce soit en termes d’édition de logiciels et développement d’applications de plus en plus adaptés à la vie quotidienne. Une autre activité d’avenir : le cloud computing ou informatique dématérialisée. Beaucoup de choses vont se faire dans un domaine de l’e-commerce : le social shopping. Un autre axe important concerne la ‘data’ c’est-à-dire la ‘donnée’ qui va servir à améliorer la qualité des services. Quand je parle de la ‘donnée’, je pense à son développement, sa sauvegarde, sa diffusion, sa sécurisation et sa protection.” Pour Pierre de Saintignon aussi, les technologies numériques constituent “probablement le champ de développement le plus important”. Toujours optimiste sur “les fortes possibilités de création d’entreprise dans notre région”, le vice-président du Conseil régional en charge du développement économique évoque une volonté politique de positionner le Nord-Pasde- Calais sur ces technologies “car la société dans son ensemble et la société mondiale a fait le choix de ces technologies”. Le dernier outil lancé pour promouvoir ces filières des TIC c’est le Pôle ubiquitaire lequel vient s’ajouter à toute une série de clusters et autres pôles de compétences déjà en place (EuraTechnologies, CITC EuraRFID, DigiPort, Plaine images, etc.). Une des stratégies de promotion consiste à favoriser l’installation de mastodontes de cette filière des TIC afin de provoquer un effet d’entraînement. Dernière arrivée annoncée pour cette rentrée, celle de Cisco. Et comme aucun secteur ne décolle vraiment sans la disponibilité de ressources humaines qualif iées, des actions sont mises en place sur la formation des jeunes à ces technologies.

Economie de proximité. Economie numérique mais aussi économie de proximité. C’est ainsi que Pierre de Saintignon appelle tout un ensemble de “champs économiques à explorer” comprenant les services aux personnes, le tourisme, l’artisanat. Les créations dans les services aux personnes, en forte hausse il y a trois ans, se sont relativement stabilisées. Le secteur n’a toutefois pas perdu son potentiel de développement. “Le vieillissement de la population et les nouvelles organisations des ménages avec les deux conjoints qui travaillent vont soutenir la demande pour ces services”, indique Christel Fagnoni, directrice de la prospective au conseil général du Nord. Le secteur emploie encore 70 000 salariés en région et, selon l’Insee, deux fois plus de ménages utilisent les services à la personne en France. Le potentiel économique de ce secteur repose sur le développement de services innovants pour répondre aux nouveaux besoins exprimés en particulier par le public du troisième âge. Des besoins qui vont audelà des soins médicaux et visent à l’épanouissement de l’individu. “Aujourd’hui, il y a des activités culturelles, sportives, de bien-être qui sont proposées aux seniors, indique Franck Seels. Et ces activités sont amenées à se développer.”

Les créations dans l’artisanat ont été portées par le plan régional de développement de l’artisanat. L’an dernier, le secteur a connu une progression de 49% des créations en région. Là encore ce sont les services (plomberie, électricité…) qui détiennent la palme, avec une hausse d’un peu plus de 60%. Le secteur représente un gisement d’emplois, en raison notamment de départs à la retraite de nombreux professionnels dans les différents métiers. Quant aux métiers du bâtiment, leur caractère porteur réside dans les aspects écologiques : l’écoconstruction. Christian Traisnel du CD2E reste toutefois assez mesuré sur le potentiel de développement dans l’écoconstruction. “Car on est à des niveaux de coûts d’investissements assez importants”, affirme-t-il.

Economie verte. Cependant, les activités autour de l’environnement et plus généralement du développement durable constituent sans conteste les champs où la création de richesses sera significative dans les années à venir. En 2008, à l’échelle de la France, les activités et métiers liés à la croissance verte ont représenté environ 950 000 emplois pour une production correspondant à 142 milliards d’euros, selon une étude de juin 2011 d’un organisme du Commissariat général au développement durable. Le secteur est loin d’avoir atteint ses limites. L’étude indique que “l’émergence et la croissance de nouveaux marchés stimulées par les politiques et les dépenses environnementales se traduiront par une augmentation de l’activité et de l’emploi dans les secteurs de la croissance verte”. Si ce secteur a de beaux jours devant lui, y démarrer une activité ne sera pas toujours chose facile. Outre l’écoconstruction, Christian Traisnel aff irme que certaines activités telles que le recyclage des déchets vont à l’avenir nécessiter des investissements technologiques et un capital “relativement” lourds au départ. En région, le pôle de compétitivité Team2 a été créé pour accompagner le développement des innovations technologiques dans ce secteur de l’économie verte.

Les axes de développement économique sont aussi déterminés par les pôles de compétitivité et les pôles d’excellence. Le Nord-Pas-de-Calais compte une vingtaine de pôles et de clusters. Cette année, le thème du salon Créer à Lille porte justement sur “l’entrepreneur, nouvel explorateur” pour faire écho aux “fortes possibilités” de création d’entreprises en Nord-Pas-de-Calais.