Braderie de Lille

Ville et grandes enseignesunies pour une fête sobre

Publié dans l'édition Nord N. 8372 par

 

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Plus de 10 000 €, c’est le chiffre du manque à gagner consenti par Carrefour Euralille pour que la braderie soit moins alcoolisée. En effet, l’hyper d’Euralille ferme son rayon alcool le samedi de braderie dès 15h. Et pas symboliquement mais par un mur de palettes infranchissable et quelques gros bras, précise son directeur Lilian Gamé !

Ceci est un des détails du plan anti-alcool présenté par Roger Vicot, adjoint à la sécurité et à la vie nocturne, entouré de Danielle Delaval, présidente de l’Umih, de Pascal Rodriguez, directeur régional de Carrefour, M. Pourvoyeur, responsable des RH de V2, Liliane Maupin, directrice des Mousquetaires Intermarché, Laure Mouchot, directrice du centre commercial Euralille, Bruno Masselot, chef de la police municipale, et Elisabeth Fouillioux, commissaire chef de division.

Unique en France. La fermeture des rayons alcool au seuil de la braderie concerne en effet aussi Car refour City, boulevard Victor-Hugo, Intermarché, rue de Marquillies, Monoprix Les Tanneurs, Leclercq de Fives et Match Solferino, entre autres. Trois épiceries ont aussi accepté de fermer ce rayon. Les commerçants participants vont enf in apposer une aff iche incitant à la modération : “La fête est belle, ne la gâchons pas” On en trouvera jusque Villeneuve- d’Ascq ou Faches- Thumesnil et Englos. Car l’alcoolisation, surtout des jeunes et même des très jeunes (on constate des comas éthyliques dès 14 ans !), est devenu partout en France le problème majeur de toutes les grandes fêtes et rassemblements populaires. La braderie n’a pas échappé à la règle si bien que Roger Vicot et la Ville ont décidé d’intervenir, il y a déjà quatre ans.

Les professionnels veulent marquer leur implication dans la lutte contre ce phénomène de société. “Le monde économique doit participer et cela est bien perçu.” “Nous avons un rôle dans la société” ont dit les uns et les autres tandis que Roger Vicot soulignait le côté volontaire de cet engagement aux côtés de la Ville, la seule en France à avoir mis en place un tel partenariat.

Dany Delaval approfondit la réflexion : “Nous y gagnons en popularité car la braderie mélange les Lillois, les régionaux et des touristes de plus en plus nombreux qui nous observent et voient une ville disciplinée. Les hôtels sont maintenant complets deux jours de suite.” Elle en prof ite pour rappeler que les professionnels sont formés et que pour disposer d’une licence IV, il faut posséder un permis d’exploitation. “La profession gagne en maîtrise par ce geste citoyen, dans la seule ville en France où il y a une initiative de ce genre.”Reste à maîtriser la vente à la sauvette dans le périmètre de la braderie car certains viennent avec des dizaines de caddies de bouteilles d’alcool qu’ils diffusent par le biais de revendeurs entre les étals. Mme Elisabeth Fouilloux précise que le code pénal (446-1) a transformé cette vente sauvage de contravention en délit, permettant la saisie et la destruction immédiate sans compter les poursuites et l’amende. Roger Vicot compte sur la collaboration entre les polices nationale et municipale pour juguler cet autre phénomène de la braderie qui échappe à toutes les bonnes volontés.

Les nuits lilloises. De bonne volonté, il est aussi question pour aborder la seconde alcoolisation, celle des nuits lilloises. Si la charte de la vie nocturne a permis à Lille d’instaurer un système dérogatoire avec autorisation d’ouverture à 3 h pour les bars et 8h pour les discothèques, un certain relâchement avait poussé la Ville a brandir la menace de revenir sur cette dérogation. Ce relâchement avait pour cause le turn-over des exploitants, les nouveaux ne connaissant pas le gentleman agreement lillois, la loi anti-tabac ayant fait le reste en poussant les consommateurs sur le trottoir verre à la main.

Les contrôles ont été multipliés avec, à la clé, un lot de verbalisations et des amendes de 11 à 1 500 € sans compter 13 fermetures administratives. Les choses semblent être rentrées dans l’ordre d’autant qu’une action avec l’institut catholique de Lille et ses 25 000 étudiants a permis d’éliminer une source d’alcoolisation dans les lieux d’enseignements. Reste en plan un problème insoluble, la vente d’alcool par les épiceries de nuit qui refusent tout dialogue. Trois d’entre elles sur quarante se sont engagées à ne plus vendre d’alcool après 22h. Le bras de fer continue et Roger Vicot dit sa détermination même s’il reconnaît que “la vie nocturne participe à la vie entière de la ville dont elle est un pan économique et de loisirs. Il faut seulement l’organiser”. Et voilà, une bonne organisation passe par la limitation de l’alcoolisation sur la voie publique voulue et soutenue par tous.