Fédération française du bâtiment

Sur un ciel dégagéplane l’ombre des nuages

Publié dans l'édition Nord N. 8384 par

 

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Olivier Tommasini, président, et Thibaut Delepoulle, vice-prés ident de la FFB Nord, ont profité de la rentrée pour faire le point sur une profession qui traverse la crise sans trop de casse pour le moment mais qui reste inquiète. “Nous sommes inquiet mais déterminé et combatif dans un environnement sur lequel nous n’avons pas de prise.” Olivier Tommasini détecte des “fardeaux que les entrepreneurs doivent supporter”. Commençons donc par ces menaces dont certains, comme le rabotage du Scellier, peuvent masquer la réalité. “Ce rabotage devrait amener un surcroît de vente par les promoteurs en cette fin d’année et donc un regain de travail l’an prochain.” Mais quid de l’avenir ? Les menaces ne viennent pas non plus des HLM car “on constate toujours une volonté politique de construire et probablement un maintien à un niveau haut”.

Prêts relais. Mais le premier fardeau relève de la trésorerie avec la loi LME qui a obligé les entreprises à payer leurs fournisseurs au plus vite tandis que le client final de l’entreprise de BTP n’y est pas astreint. Cela provoque une distorsion de trésorerie diff icilement supportable pour certains. “On paie nos clients cinq à six jours plus vite et nos clients nous paient trois à quatre jours plus tard. En tout, dix jours de décalage. A ce jeu on arrive à 90 jours de délai client alors que nous devons payer à 45 jours, soit 30 jours à financer et un effet de siphonage immédiat des trésoreries. Certaines entreprises doivent emprunter. Certains dépôts de bilan ne viennent que d’un simple problème trésorier passager. Nous n’avons pas à être les banquiers du reste du secteur. C’est une spirale dangereuse.”

D’autant que dans ce contexte, Olivier Tommasini dénonce avec vigueur “la concurrence déloyale des auto-entrepreneurs. Ce qui paraissait une bonne idée est, pour le bâtiment, une bêtise. On implante des gens qui ne sont pas pros, sans toutes les garanties, pas de décennales par exemple, ni de garantie de compétence. Il y a tromperie sur la marchandise. Le bâtiment évolue vers toujours plus de performances énergétiques. Nous formons sans arrêt. Or, ces concurrents n’ont aucune notion de qualification. La TVA à 5,5% a permis d’éradiquer le travail au noir mais avec les auto-entrepreneurs, on a les mêmes risques qu’avec le travail au noir”.

Un secteur d’emploi. Au chapitre de la concurrence, Thibaut Delepoulle précise : “La concurrence est saine et a un impact sur les prix mais elle est anxiogène et peut devenir un poison. Les prix chutent fortement et des entreprises vendent à perte. Il faut éduquer, apprendre à bien maîtriser ses prix.” Car Olivier Tommasini précise : “Nous avons une responsabilité sociale en nombre d’emplois et en qualification. Nous aidons nos adhérents à devenir meilleurs gestionnaires car il faut que les entreprises tiennent et donc qu’elles gagnent de l’argent. C’est de l’intérêt de tous.” Comme le BTP est un secteur de main-d’oeuvre, il dénonce “les charges qui pèsent sur les entreprises alors que chez nous fonctionne encore l’ascenseur social. Il faut rester mesuré dans la façon dont on charge l’heure de travail sous peine de voir se développer la soustraitance et de voir arriver la main-d’oeuvre étrangère”.

Pour autant la FFB ne voit pas tout en noir. “Dans la crise immobilière, les grandes métropoles se sont mieux remises et dans le Nord-Pasde- Calais on constate un effet plus doux. C’est la seule région à ne pas connaître de chute. Les ventes se maintiennent jusqu’à la fin de l’année, avec une offre adaptée aux besoins. C’est une région très dense, très peuplée, avec une forte activité économique et donc un fort tissu d’entreprises.” Quelques chiffres le soulignent : 80% des entreprises ont moins de dix salariés. Il y a 13 000 entreprises dont 8 000 ont au moins un salarié et 6 000 moins de dix salariés. “C’est un tissu essentiellement de petites structures. Or, la création d’emploi est dans les moyennes et petites structures. Nous constatons un manque flagrant de grosses PME, d’entreprises intermédiaires.” Si la crise de 2008 a frappé avec retard, les entreprises ont réussi à maintenir les effectifs. Les intérimaires ont été les premiers frappés. Et ce, d’autant que les entreprises ont voulu conserver les bénéfices de l’investissement qu’elles avaient consenti en formation. “Il y avait un souhait de garder les compétences en interne. Depuis 2011, il y a une reprise et des carnets de commandes bien meilleurs. L’immobilier n’a jamais chuté en Nord-Pas-de-Calais.”