À Calais, SeaFrance attend le dénouement

Un projet de SCOP vient perturberles offres de reprise de SeaFrance

Publié dans l'édition Pas de Calais N. 8387 par

 

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Le mois de tous les dangers : Sea- France, filiale de transport maritime de la SNCF, attend la décision du tribunal de commerce qui va statuer sur les trois offres de reprise déposées par divers acteurs.

La première émane du groupe “événementiel” Being Bang qui dit vouloir reprendre la flotte actuelle (quatre navires) et l’ensemble du personnel restant (environ 900 salariés).

La seconde est présentée par le Danois DFDS – qui serait majoritaire – et le Français LD armateurs qui fonderaient une co-entreprise avec le maintien de 460 salariés (dont 360 navigants et 100 sédentaires) et le reclassement de 80. Trois bateaux (Rodin, Berlioz et Nord- Pas-de-Calais) seraient gardés. Les deux acteurs mettent en exergue les synergies qu’ils trouvent dans le regroupement des lignes Dunkerque-Douvres, Calais-Douvres et celle de LD Lines (groupe LDA). La reprise coûterait 3 euros et ne reprendrait aucune créance, le repreneur craignant d’avoir à faire face à des pertes pendant une période encore indéterminée… Enfin, la dernière proposition vient des salariés eux-mêmes. Lassés de voir leur entreprise malmenée, ils ont décidé de monter au créneau en fondant une SCOP. Reprise de l’intégralité du personnel restant, maintien des conditions de travail, reprise des quatre navires sont les grandes lignes de leur plan. Pilote de l’opération, la CFDT maritime, syndicat majoritaire de l’entreprise, consulte depuis quelques semaines les employés. Engagée dans une guerre de tranchée avec la direction depuis le plan social de l’an dernier, elle lui tient la dragée haute et espère bien emporter le morceau.

Une SCOP pour sauver les salariés. Aujourd’hui, la tension est à son paroxysme. Le 29 août, un comité extraordinaire de l’entreprise n’avait pu examiner les offres de reprise. Les syndicats en étaient pour leur frais. Leur offre ne sera examinée que plus tard, lors d’un comité d’entreprise ordinaire. En attendant, les partenaires sociaux s’affrontent sur le nouveau plan industriel qui fait suite au premier qui envisageait de supprimer 725 employés. Ainsi, 200 salariés supplémentaires devraient faire les frais de la restructuration de SeaFrance (40 sédentaires et 160 navigants). La direction souhaite aussi réduire sa flotte à trois navires contre quatre dans le précédent plan. Une baisse de l’offre de fréquence qui fait hurler tous les syndicats de l’entreprise. “Ce n’est pas en baissant le volume que l’on va sortir l’entreprise du fossé où elle se trouve”, peste Marc Sagot, secrétaire du syndicat CGT marins. “On a l’impression que la direction cherche à faire couler l’entreprise pour servir d’autres intérêts que ceux des salariés”, attaque Didier Capelle, secrétaire de la CFDT maritime. L’offre soutenue par la CFDT “est l’aboutissement d’une réflexion qui a démarré en 2008 avec la survenance des difficultés de SeaFrance et de l’incapacité de la direction à apporter des réponses adéquates” lit-on dans l’offre de reprise par plan de cession. L’offre se veut généreuse : tous les salariés actuels seraient repris. Mandatés par un comité de pilotage représentant les futurs sociétaires-salariés, Didier Capelle et Bruno Landy, membres de la CFDT, font une analyse positive du modèle économique de l’entreprise publique : “La crise intervient après une année 2007 excellente avec un excédent de 15,3 millions d’euros. Aussi, sur les périodes 2001 et 2007, Sea- France a dégagé un cash flow positif à l’exception de l’année 2004, marquée par les avaries de passerelles d’embarquement au port de Calais qui avaient empêché tout trafic (…), avec des pertes estimées (…) à 25 millions d’euros”.

Appui des collectivités ? A ce jour, les pilotes de l’opération enchaînent les réunions d’information à destination des salariés. L’enjeu est de mobiliser le plus grand nombre de salariés afin de peser sur l’administrateur judiciaire et le tribunal de commerce de Paris. Les promoteurs du projet proposent aux salariés de prendre deux parts sociales de 50 euros chacune, puis de “cotiser” à hauteur de 2% de leur salaire brut tous les mois afin d’augmenter le capital d’un million d’euros par an. Ceci serait ouvert à tous ; les salariés garderaient 51% des parts sociales et 65% des droits de vote. Le comité de pilotage cherche aussi d’autres alliés comme Cap Calaisis “qui peut nous mettre à disposition un bungalow”. Le député européen PC de Calais Jacky Hénin soutient le projet et fait circuler une pétition. “Pour démarrer, nous avons besoin d’une vingtaine de millions d’euros”, explique Didier Capelle qui pointe le payeur : “c’est la SNCF qui est responsable. Pierre de Saintignon l’a dit également.” La Région entrera-t-elle formellement dans la danse ? Rien ne filtre pour l’instant. En tout cas, la visite d’Arnaud Montebourg, il y a deux semaines, a regonflé le moral des promoteurs du projet de SCOP. “Ce sera un jour historique, celui du capitalisme coopératif”, s’est enflammé Me Brun, avocat du comité d’entreprise, lors d’une réunion avec des salariés.