À Calais, Jean-Marc Puissesseau et Philippe Vasseur présentent le PRCTE

Création d’entreprise :de gros efforts à fournir…

Publié dans l'édition Pas de Calais N. 8407 par

 

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Passer de Force Calaisis à Force Côte d’Opale, tel est le souhait du président de la CCI Côte d’Opale Jean-Marc Puissesseau. La fédération des acteurs de la création et de la reprise d’entreprise dans le Calaisis doit servir d’exemple mais le retard est grand par rapport au niveau national : 95 créations pour 10 000 habitants contre 57 en Côte d’Opale, et 65 dans la région. En 2010, la Côte d’Opale n’aura pas dépassé les 4 000 créations selon l’APCE. Les chiffres de la CCI sont un peu meilleurs avec 4 025 entreprises créées en 2010, soit une hausse de 16,5%, supérieure à la hausse régionale. La Côte d’Opale a commencé à rattraper l’échelon régional qui a progressé de 10,2%. Mais comme partout en France, la hausse importante des créations provient essentiellement de l’autoentreprenariat. Ce dispositif a surtout servi à externaliser des activités dans d’autres entreprises et servi à mener des créateurs issus de plans sociaux vers des emplois peu rémunérés. “Tous les territoires de la Côte d’Opale n’ont pas connu les mêmes niveaux de progression. Le Dunkerquois se détache avec une progression de près de 20%. De même, le Montreuillois (+17,5%) est au-dessus de la moyenne de la Côte d’Opale (+16,2 %). Calaisis et Boulonnais sont un peu en dessous, tout en restant au-dessus de la moyenne régionale (+10,2%) ou nationale (+6,6%)”, écrit, dans une note de service de la CCI Côte d’Opale, Tapio Poteaux, chargé des études à l’observatoire consulaire. Malgré les efforts, “la création d’entreprise reste néanmoins très en dessous de ce que l’on observe ailleurs.” Le territoire affiche un taux de création moyen de 15% contre 17,3% dans le Nord-Pas-de- Calais et 17,5% en France. “Au regard de ces ratios, il manque 600 créations d’entreprises chaque année. Pour tenter de réduire cet écart, cette étude recherche les territoires qui ont un déficit d’entreprises pour déterminer s’il peut être opportun d’orienter les créateurs vers ces territoires et vers les secteurs apparaissant comme apportant une offre insuffisante.”

Des objectifs modestes et des moyens relatifs. L’analyse a été parfaitement comprise par le président de la CCI : “d’ici la fin de la mandature, nous voulons passer de 57 créations à 65 pour 10 000 habitants”, a annoncé Jean-Marc Puissesseau. Ce qui constituerait 700 emplois supplémentaires par an, exactement le manque dont souffre la Côte pour suivre la tendance régionale : 550 à 600 entreprises de plus par an. Les territoires littoraux passeraient ainsi de 4 000 à 5 000 créations annuelles d’ici 2015. Comment ? Après avoir identifié les secteurs d’activité où “il y a des manques”, “suggéré des pistes aux créateurs en recherche d’idées”. Un observatoire sera chargé de veiller aux manques et pointer les potentialités. La CCI veut également s’appuyer sur l’université en sensibilisant 1 500 étudiants par an et en former 150. Elle accompagnera aussi 30 projets de création et 60 projets de développement. Dans ce cadre, une bourse aux projets sera créée : “donner des idées, permettre l’échange, proposer des procédés et des brevets non exploités” sont les pistes sur lesquelles travaille la CCI. Pour finir, la communication sera au rendez-vous, dans les magazines et même sur la nouvelle chaîne de télévision, Opal’TV. Toutes ces mesures se heurtent cependant à des questions inhérentes à la nature même de ces mesures : quel créateur n’a pas au moins une idée avant de se lancer, pourquoi certains manques perdurent-ils dans certains territoires (notamment dans le commerce), pourquoi certains brevets ou procédés ne sont-ils pas exploités… Employabilité des populations, pouvoir d’achat des habitants, bassins de population encore trop petits (à part le Dunkerquois), attractivité en berne de certaines zones… Seul l’axe universitaire semble prometteur : la culture de l’entreprenariat doit être cultivée tôt et constitue un réel pari.

Défaillances. Les CCI seraient également bien inspirées de surveiller les défaillances.
Celles-ci sont, en moyenne, en dessous de la moyenne régionale qui est à 20 pour 1 000 habitants. Mais on relève des disparités. Le territoire de Montreuil-sur-Mer affiche ainsi un taux de défaillance de 13,9 ; Boulogne-sur-Mer 17,1, Dunkerque 17,8 et Calais 21,2. Là encore, de gros efforts restent à accomplir. Parmi les potentiels mis en exergue, les services aux entreprises semblent pouvoir tirer leur épingle du jeu. “Les services aux entreprises pèsent 14% des établissements et 27% des créations d’entreprise de la Côte d’Opale. Ces activités sont en développement plus rapide que les autres activités et ne nécessitent pas toujours d’importants investissements”, indique Tapio Poteau. D’après lui, après analyse de 81 secteurs d’activité regroupés en 7 branches, on peut chiffrer le potentiel de création à 113 pour l’activité générique de “soutien aux entreprises” (conseil, services juridiques, communication, publicité, relationpresse…). “Cette activité est clairement la plus porteuse, à la fois dans son potentiel encore peu exploité et dans ses perspectives d’avenir”, conclut-il. Toutefois, l’externalisation de certaines activités a conduit des entreprises importantes à se couper de certaines tâches internes (l’impact est donc réduit en termes de création d’emploi). De plus, les activités susmentionnées sont, elles aussi, en crise et en concurrence pour décrocher les marchés opaliens. Pour les services aux entreprises, 355 établissements potentiels sont en vue, dont la moitié dans le conseil, l’ingénierie et l’informatique. Dans le commerce de détail, on pourrait voir naître 636 établissements de plus. “Nous analysons le ratio entre le nombre d’établissements et la population corrigée par les revenus des ménages. (…) En additionnant tous les potentiels identifiés dans 29 secteurs du commerce, nous identifions 636 points de vente supplémentaires susceptibles de compléter l’offre”, explique Tapio Poteau. L’alimentaire, l’équipement de la maison, l’hôtellerie et la restauration restent des niches mais là où le bât blesse cruellement c’est la démographie. “La stagnation globale du nombre d’habitants en Côte d’Opale ne joue pas en faveur de la création d’entreprises nouvelles. Seul l’accueil de touristes ou de nouvelles activités (développement exogène) peut permettre de développer la création d’entreprise.” Avec le risque de retomber dans une certaine culture de la rente. Et de la dépendance.