Le Nord-Pas-de-Calais et sa recherche

Etat des lieux, choixet programme d’actions

Publié dans l'édition Nord N. 8428 par

 

Vous devez être connectés pour visualiser cet article

Dans plusieurs territoires de la région, les acteurs de la recherche, de l’enseignement supérieur et les édiles régionaux et territoriaux se penchent sur la place, le rôle, les moyens et les perspectives de la recherche. Les multiples rapprochements entre les mondes de l’école et de l’entreprise, la réforme des universités, la multiplication des filières professionnalisantes et la place qu’y ont prises les entreprises, tous ces facteurs concourent à définir une stratégie à moyen et long terme à travers la Stratégie régionale de l’innovation (SRI) instaurée par le Schéma régional de développement économique (SRDE). L’ensemble de ces acteurs s’appuie entre autres sur une étude réalisée par le Conseil régional et publiée il y a près d’un an, en mai 2011 : “Diagnostic de la recherche en Nord-Pas-de-Calais”.
En 27 pages, celle-ci dresse un état des lieux précis. Ainsi, le Nord-Pas-de-Calais est la 3e région universitaire de France. Plus de 9 000 personnes y sont employées, ce qui fait du Nord-Pas-de-Calais la 11e région de France en termes d’effectifs, et plus de 5 000 chercheurs officient dans la région dont un tiers dans les entreprises. Ceux-ci ne forment que 2,3% des chercheurs français. Les chercheurs publics sont disséminés dans de nombreuses institutions. La moitié dépend du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. En outre, 8% oeuvrent au CNRS, 2% à l’Inserm et 1% à l’Ecole des mines de Douai. Ils sont rejoints par un demi-millier de docteurs par an (en 2009, 440 docteurs). Côté chiffres, l’étude mesure les moyens dédiés à travers les dépenses intérieures de recherche et de développement (DIRD). La Région y consacre en tout 1,48 milliard d’euros répartis comme suit : 744 millions dans son fonctionnement, sa masse salariale, ses achats d’équipements et ses opérations immobilières ; 364 millions d’euros qui relèvent des administrations, des associations et de l’enseignement supérieur ; enfin, les PME et les grands groupes établis dans la région apportent 380 millions d’euros, plaçant le Nord-Pas-de-Calais au 15e rang national. Un score moyen qui cache une réelle faiblesse car si on met en perspective ces dépenses avec la richesse produite dans la région, le taux affiche un 0,75% bien loin de la moyenne nationale (2,09%) et encore plus loin de l’objectif européen fixé à 3%… En recherche publique “pure”, le Nord-Pasde- Calais est la 9e région de France derrière Rhône-Alpes et Ile-de-France. La région s’est donc dotée d’un dispositif pour améliorer son classement et des moyens ont été dégagés.

Densifier, consolider, optimiser, attirer. C’est le sens de l’adoption du programme opérationnel Feder-Région Nord-Pas-de- Calais qui arrive à sa fin (il court de 2007 à 2013). Il a affecté de gros investissements à ces priorités. L’accompagnement des projets de R & D des pôles de compétitivité aura coûté 71 millions d’euros sur la période. Le renforcement de l’attractivité internationale du dispositif de recherche et de formation aura reçu 57 millions d’euros. Les démarches d’innovation des entreprises qui travaillent avec Oséo auront bénéficié de 35 millions d’euros. Enfin, le renforcement de la gouvernance a mis en place la plateforme régionale de l’innovation et de la valorisation de la recherche qui est financée à hauteur de 5,5 millions d’euros. Pour mener à bien ses objectifs, la région s’est fixée quatre “opérations transversales”. Concrètement, les outils de la recherche doivent gagner en capacité. Il faut densifier “l’accès au haut débit et aux moyens de calculs intensifs des universités et des centres de recherche ; il faut aussi consolider une capacité d’ingénierie européenne par la mise en place d’un centre de ressources dédié, en vue notamment d’un plus grand investissement des équipes régionales dans l’espace européen de la recherche”. Le troisième axe d’action réside dans le maintien d’ “une optimisation de la demande en moyens d’analyse structurale par le vecteur de groupements scientifiques existant en résonnance magnétique nucléaire, diffraction X, en spectrométrie de base et en microscopie”. Autant de domaines où les entreprises régionales peuvent créer des nouvelles valeurs et développer de nouveaux emplois qualifiants. Enfin, le quatrième point porte sur l’attractivité cérébrale : la Région veut “former et attirer les docteurs de haut niveau dans le cadre d’un collège doctoral européen”. Sur ce point, la concurrence est vive mais l’espace de recrutement ne se limite nullement à l’Europe. La région est déjà la plus attractive pour les enseignants-chercheurs étrangers avec 12,5% des effectifs.

Le Nord-Pas-de-Calais arrimé à l’Ile-de- France. Pour décliner ces “opérations transversales”, la Région a sélectionné dix projets phare sur des thématiques diverses. Ainsi, 106 enseignants et/ou chercheurs aidés de 56 doctorants travaillent sur le cancer et développent des innovations diagnostiques et thérapeutiques. La santé mobilise comme au pôle de recherche “diabète” où est présent l’Institut européen sur la génomique de diabète. Les maladies neurologiques et mentales occupent aussi 109 enseignants et/ou chercheurs et 43 doctorants. L’interdisciplinarité du médicament fait plancher 27 enseignants-chercheurs et 12 doctorats. Transports, logistiques, chimie, matériaux durables, maîtrise énergétiques des entraînements électriques, environnement industriel sont aussi concernés. Toutes ces actions ont mobilisé 1 214 chercheurs et 427 doctorants mais ont surtout permis de créer 269 emplois sur la période 2007/2009, hors doctorants. Pour gagner encore en masse, le Nord-Pas-de-Calais s’arrime à l’Ile-de- France. La faiblesse du nombre de nos publications (3,6% des publications scientifiques des chercheurs en 2008) a conduit à copublier largement avec les chercheurs franciliens : plus d’une publication sur deux s’est réalisée avec des chercheurs d’Ile-de-France. Au rayon des thèses, le Nord-Pas-de-Calais est la 8e région de France. Pour les valoriser, on pousse à la création d’entreprises innovantes à travers des incubateurs labellisés, des concours d’aide à la création et des fonds comme Innovam. Servant d’amorçage aux projets, Innovam concourt ainsi à la création d’entreprises relevant des TIC, de l’électronique ou des biotechnologies. Ses critères mixent la présence de la recherche publique, l’installation en région et la présence au tour de table avec le premier investisseur financier pour jouer l’impulsion et la mise en réseau. L’une des recommandations de cette étude réside dans le fléchage vers les pôles de compétitivité. Réseau et croisement des compétences doivent former des duos gagnant-gagnant.