Construction

Briqueteries du Nord : passion etmodération, recettes de longévité

Publié dans l'édition Nord N. 8432 par

 

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Gilles Bernard et ses associés représentent la 4e génération de dirigeants des Briqueteries du Nord.

Gilles Bernard et ses associés représentent la 4e génération de dirigeants des Briqueteries du Nord.

Dans le bureau de Gilles Bernard, sur le site du port de Lille, une pile de papiers jaunis soigneusement attachés. Pour le dirigeant de Briqueteries du Nord, ce sont de précieuses archives. Dans la pile, un document daté du 12 janvier 1912 et sur lequel est marqué manuscrit : “Dépôt de délibération de la première assemblée générale constitutive de la société anonyme Briqueteries du Nord”. Il y a un siècle, Henri Bernard, l’arrièregrand- père de Gilles Bernard, signait avec d’autres associés cet acte qui officialisait la création des Briqueteries du Nord. “Le 12 janvier 1912 à 10h30”, aime à préciser Gilles Bernard. Les secrets de cette longévité ? “Je dirais la passion et la modération dans nos finances”, répond Gilles Bernard. C’est déjà animés par cette passion pour le métier de fabrication de briques que dès 1905, Henri Bernard et des associés créent les Briqueteries haubourdinoises. Deux ans plus tôt, André Coisne, autre passionné de ce métier, regroupait ses briqueteries sous l’enseigne Union des briqueteries de Lille. Le 12 janvier 1912, “à 10h30” donc, le procès-verbal signé par Henri Bernard, André Coisne et leurs associés consacrait en réalité la fusion des Briqueteries haubourdinoises et de l’Union des briqueteries de Lille en une seule et même entité : les Briqueteries du Nord. Le siège social où s’était tenue l’historique assemblée générale constitutive était alors situé square Jussieu, l’actuel square Foch, à Lille. Gilles Bernard, Xavier d’Albissin et leurs associés qui dirigent aujourd’hui les Briqueteries du Nord représentent la quatrième génération de dirigeants. Un peu plus de cent ans à produire l’un des matériaux de construction les plus anciens au monde, l’élément de base de bien des bâtiments et édifices : la brique cuite apparente.

La brique concurrencée. L’entreprise emploie aujourd’hui une centaine de salariés et en avait compté jusqu’à 120 en 2008. Année où le fabricant de briques a enregistré son plus récent pic d’activité pour un chiffre d’affaires qui a tutoyé alors les 22 M€ et qui n’est plus que de 17 M€ aujourd’hui. Un recul que Gilles Bernard attribue à la crise de 2008 dans un secteur qui était déjà frappé par la flambée des cours des matières premières, en particulier l’énergie (le pétrole). La production de briques est fortement dépendante du gaz naturel. A la conjoncture économique en dégradation, il faut ajouter un phénomène culturel : la brique est concurrencée par de nouveaux matériaux de construction “modernes” tels que le bois, l’acier, etc. Selon la Fédération française du bâtiment, la brique est encore utilisée dans environ 60% des constructions avec, toutefois, une tendance à la baisse imputable “aux nouvelles réglementations thermiques de plus en plus contraignantes”, explique Patrick Leblanc, délégué au développement durable à la FFB régionale. Cependant, la brique résiste à ces évolutions non seulement pour ses qualités “d’inertie thermique et acoustique grâce à sa masse” mais aussi pour l’attachement du public à ce matériau, en particulier dans le nord de la France.La brique, pour ses caractéristiques écologiques, est même loin d’avoir dit son dernier mot. “C’est un matériau intrinsèquement sain car sans substance organique ni composé organique volatil, facteur de régulation hygrothermique de l’air intérieur par sa structure microporeuse”, affirme Gilles Bernard, intarissable sur les qualités du matériau.
Le développement durable constitue d’ailleurs l’un des axes vers lequel Briqueteries du Nord oriente ses efforts d’innovation. Jusqu’à présent le fabricant nordiste a toujours cuit ses briques apparentes produites sur ses trois sites originels de Leers, Lomme et Templeuve. Actuellement, Briqueteries du Nord teste un concept de brique apparente crue, un concept qui lui a valu en 2008 le prix de l’innovation au salon Nordbat à Lille.
L’entreprise affirme détenir entre 25 et 30% du marché en région. A ce jour, la brique ne représente plus que la moitié de son activité. Dès 1920, l’entreprise a pris le virage de la diversification en développant le négoce de matériaux, activité dévolue au site du port de Lille. Dans les années quatre-vingt-dix, a débuté l’enfouissement des déchets inertes de BTP. Activité née de la volonté de “valoriser les trous laissés par l’extraction d’argile” dans les carrières exploitées par Briqueteries du Nord. Par la suite, en 2007, a commencé le recyclage de ces mêmes déchets. Et depuis 2010 a démarré une autre activité “complémentaire” du coeur de métier : l’immobilier. Une première opération d’aménagement d’une zone d’activité de 18 ha entre Cappelle-en-Pévèle et Templeuve est en cours de réalisation.
Derrière la longue pérennité des Briqueteries du Nord, la passion, mais aussi une certaine sobriété dans la distribution des richesses créées sur les 20 dernières années. “Sur les 20 dernières années, les actionnaires se sont contentés en moyenne d’environ 10% des bénéfices et les 90% ont été laissés à l’entreprise”, fait savoir Gilles Bernard.