Développement durable dans la construction

Les vérités de Luc Andrivon…

Publié dans l'édition Nord N. 8432 par

 

Vous devez être connectés pour visualiser cet article

 

Luc Andrivon observe sans concession et avec pertinence l’évolution du marché du bâtiment.

Luc Andrivon observe sans concession et avec pertinence l’évolution du marché du bâtiment.

Luc Andrivon est un entrepreneur multifacette, très écouté. Il dirige à Orchies trois sociétés, de fabrication de béton cellulaire, de pose d’installations géothermiques Sofath et depuis peu, d’infiltrométrie avec “Habitat test thermic”. C’est aussi un formateur actif qui a soutenu Villavenir. Il a souvent cette formule : “Je ne me suis pas écologiste mais militant du développement durable sans ostracisme !” Il commente ici quelques aspects de la mise en place du développement durable, mais vus du terrain, confirmant que les entreprises disposent déjà de 90% des techniques nouvelles.

La crise est une sorte de chance ! Je considère que pour nous, les entrepreneurs, c’est l’occasion de nous démarquer du marché hyper commercial. On avance. Certes, il y a le prix du marché et des comportements bancaires durs à vivre. Mais je constate que les procédés nouveaux sont déjà présents en gestation dans nos entreprises. Elles sont opérationnelles mais la profession ne veut pas le voir. Dans dix mois pourtant, on verra que celles qui travaillent bien, qui ont participé aux chantiers formateurs n’ont pas de souci à se faire : elles vont s’adapter sans problème.

Le label, si important ? Je viens de créer une société d’infiltrométrie pour le test 2012 et les maisons BBC. Je vois des maisons passoires que certains valident en modifiant un peu “certaines choses”. On crie au surcoût démentiel ! Faux ! Regardons-y de plus près. Le marché du BTP souffre de trop de gens non qualifiés. On vend du mètre carré, on ne fait plus de bâtiment. Ces gens-là, les labels vont les embêter, il y en a qui cherchent déjà à contourner la règle en sous-traitant. Alors oui, se mettre au niveau va sûrement engendrer un surcoût pour ceux-là. Moi, est-ce que je fais du BBC, du vrai ? Ce n’est pas la question que je me pose. J’ai été acteur de A à Z de Villavenir, j’ai acquis cette expérience une fois pour toute. C’est cela qui compte. Et du vrai BBC, je n’en vois pratiquement pas. Aujourd’hui, cette avancée que j’ai sur d’autres sera rattrapée. Mais j’ai la chance de m’être déjà positionné sur une niche où je suis plus performant que d’autres.

Reprofessionnalisation en vue. La crise est là, nous sommes à un carrefour. Beaucoup de choses basculent. Je fais moins de CA mais je l’accepte parce que je pense qu’il ne peut plus y avoir de mouvement perpétuel dans le bâtiment pour nos PME. On travaille déjà autrement que les “industriels” : plus de technicité, plus d’équipe. Mais un développement qui ne s’arrêtera jamais, non ! Dans la profession, le manque de remise en cause est légion. Beaucoup ne croient pas à la nouvelle législation. Ça a toujours été “label sur dossier” et ceux-là ne s’intéressent pas aux autres métiers que le leur. La RT 2012 va reprofessionnaliser les professionnels.

Maison passive, BBC, évolution des techniques et des clientèles. Passif, BBC ou tendance BBC, ce n’est pas la même clientèle. En créant mon entreprise d’infiltrométrie, je me teste moi-même puisque je suis constructeur.
Cela veut dire aussi : est-ce que la labellisation officielle compte tant que ça ? Le client est attaché d’abord à une chose : le confort de sa nouvelle maison. Ce client me parle de plus en plus de sa prise en compte des économies. Ce qui veut dire que le côté socialmondain auquel j’avais affaire avant disparaît au profit d’un type de client plus conscient et plus pragmatique. Cela ne veut pas dire que la maison passive est remise en question, pas du tout. Mais je constate, moi, que du passif ou du vrai BBC j’en ai fait peu… Un peu à Villavenir, à Leforest, Werwicq, Cysoing. A Landas, un client a même créé son blog passif et une passive à ossature bois. Il y en a une en construction à Courcelles-les- Lens, une maison finlandaise. Ça va démarrer lentement. Cela dit, j’en suis à ma troisième commande de passive en une semaine sur Cysoing. Sans surprise, la clientèle est cadre moyen ou supérieur et généralement en périurbain.

Assèchement du crédit et rôle accru de l’architecte. En six mois, des accords bancaires ont disparu… Des clients me l’ont confirmé : les banques se replient. Je l’ai vu en pompes à chaleur : la demande stagne. Je n’ose pas embaucher. J’ai cinq mois de travail en bâtiment et huit en pompes à chaleur. On réfléchit, je suis méfiant sur ce que j’entends : promesse de commande et vraie commande, ce n’est pas pareil… C’est nous, les constructeurs, qui allons changer les choses parce que le Grenelle est bon pour l’impulsion que nous devons donner au marché. La RT 2012 crée des obligations, d’accord, mais le cap est donné. En revanche, le timing va être allongé, le consommateur va s’adapter à la nouvelle donne énergétique et le rôle de l’architecte va croître. Sur le terrain, cela va nettement mieux avec eux côté compréhension. Une chose très importante : j’entends que le développement durable va créer des tas de postes et de nouveaux métiers. Juste comme ça… Non, il ne peut s’agir de nouvelles professions mais de métiers déjà existants qui vont évoluer vers de nouvelles techniques. Il faudra toujours posséder les fondamentaux et donc passer par des formations classiques.