Après un exercice 2011 “tout à fait honorable”

Auchan affiche l’ambition d’être leader en prix

Publié dans l'édition Nord N. 8434 par

 

Vous devez être connectés pour visualiser cet article

 

Xavier de Mézerac, directeur financier (à gauche), et Vincent Mignot, directeur général Auchan France.

Xavier de Mézerac, directeur financier (à gauche), et Vincent Mignot, directeur général Auchan France.

Le choix, la promo, le prix”. Fort de son ADN dont il n’entend pas se départir, le groupe Auchan affiche “de vrais atouts” pour maintenir et conforter ses positions. Pris de court par la rupture de la consommation à la mi-août 2011 après quelques signaux “très disparates” constatés au cours du deuxième quadrimestre, il reste fidèle à ses fondamentaux, convaincu que cette rupture n’est qu’un événement conjoncturel et qu’elle ne remet pas fondamentalement en cause le schéma des grands formats qui est le sien. “Le groupe a dû opérer en 2011 dans un environnement de baisse de la consommation des ménages”, ont expliqué Xavier de Mézerac, directeur financier du groupe, et Vincent Mignot, directeur général Auchan France, en présentant les résultats 2011 du groupe. Des résultats qu’ils définissent comme “tout à fait honorables” sur la base de quatre éléments : un chiffre d’affaires en hausse à 44,373 Mds€, une baisse de l’EBITDA limitée à -5,5%, un résultat net en hausse et une dette maîtrisée.

La Chine porteuse d’expansion. Que mettre particulièrement en évidence ? La réussite du partenariat en Chine tout d’abord, où l’implantation d’Auchan remonte à 1999. Un peu plus d’une décennie, la co-entreprise montée avec le Taïwanais Ruentex est devenue le premier opérateur local avec 230 hypermarchés, dont 45 Auchan et 185 RT Mart. L’an dernier, deux opérations majeures ont été menées à bien, la restructuration capitalistique du groupe en mai et l’introduction en bourse de Hong Kong par augmentation de capital de leur filiale commune Sun Art Retail qui a réalisé 8,3 Mds€ de chiffre d’affaires (+21,2%). Du coup les comptes d’Auchan Chine et de RT Mart sont désormais consolidés en intégration proportionnelle à hauteur de 51% contre respectivement 67,2% et 50% auparavant. “Nous n’avons pas l’intention de fusionner nos deux enseignes, notre organisation permet d’éviter la concurrence absurde, a commenté Xavier de Mézerac en expliquant le développement plus lent d’Auchan Chine par un développement en propriété quand RT Mark a fait le choix de la location. Cette année, nous allons ouvrir 50 hypermarchés, 50 RTM et 13 Auchan. Ruentex a demandé une option de vente sur la totalité de ses titres A-RT au plus tôt de 2014 à 2016 (…) qui ne constitue pas une épée de Damoclès financière pour nous, puisque nous disposons des liquidités financières.” Parmi les autres satisfactions au niveau groupe, il faut encore mentionner le cap des 500 M€ de revenus dépassé par Immochan à 503 M€, la “bonne année” d’Oney Banque Accord qui, après avoir traité ses foyers de pertes, affiche un résultat net de 31,7 M€ (+25%), la consolidation de l’enseigne de supermarchés Simply Market qui a amélioré sa différenciation par zone et par type de clientèle.

En chiffres. Au final, le groupe a réalisé un chiffre d’affaires TTc de 47,4 Mds€, en progression de 5%, qui se décompose en +0,9% en comparable hors essence, +3,3% du fait de l’expansion hors essence, +0,9% par l’impact des prix de l’essence et un impact change négatif de 0,1% En hors taxe, les ressources du groupe se sont élevées à 44,4 Mds€, en progression de 4,4% qui se répartissent en +2,4% (463 M€) pour les activités en France, -1,3% (150 M€) pour l’Europe occidentale, +13,6% pour l’Europe centrale et de l’Est et l’Asie (+1,568 Md€), soit 71% réalisés en zone euro (+1%) dont 44,8% en France. Par activité, les hypermarchés représentent 79,7% des revenus à 35,383 Mds€ et les supermarchés 4,6% à 7,227 Md€. Conséquence de la rupture de la consommation et d’une marge commerciale qui a progressé (+3%) moins vite que les charges de personnes (+4,4%) et externes (+6,3%) notamment en zone euro, l’EBITDA a baissé de 5,5% “pour la première fois depuis cinq ans”. Le résultat d’exploitation s’élève à 1,447 Md€, en progression de 8,5% grâce aux 386 M€ de plus-values comptables liées aux opérations en Chine, même s’il a été impacté par des dépréciations d’actifs pour 185 M€ dont 108 M€ en Italie, 35 en Espagne et 20 au Portugal, et par le coût de la prime anniversaire 50 ans pour 92 M€ (la journée du 6 juillet 2011 payée trois fois et abondement triplé). Le résultat net part du groupe a atteint 810 M€ contre 705 M€ en 2010. Après deux années de baisse signif icative (-27,8% en 2009 et -9,8% en 2010), les investissements courants du groupe ont progressé de 18% à 1,635 Md€. A 61%, ils ont été consacrés aux hypermarchés, 19% à l’immobilier et à 16% aux supermarchés. La zone euro en a absorbé 50%, dont 30% (494 M€) en France. Si 54% du total ont été consacrés à l’expansion, 43% l’ont été au maintien de l’outil (23%) et au remodeling (20%). A 2,234 Mds€, la dette financière nette du groupe a baissé de 2,9% et représente 24% des capitaux propres. “Pour ne pas vivre de crise de liquidité”, le groupe a émis deux émissions obligataires pour un total de 1,1 Md€. Réenchanter l’hyper. En France, l’activité hypermarché (126 magasins intégrés et 46 AuchanDrive) n’a pas trop pâti à 15,2 Mds€ de revenus HT consolidés, en progression de 1,4%. En toutes taxes, Auchan France affiche 16,6 Mds€, une performance (+1,4%) “fortement aidée par les carburants”, dont l’impact est positif de 1,6%, et les drive. L’expansion hors essence a compté pour 0,4%, alors qu’en comparable hors essence, la performance est quasi stable à -0,6%. A mettre en comparaison avec les chiffres des hypers Carrefour (-3,4%) et Casino (-0,9%). L’année d’un cinquantenaire n’aura pas été celle de résultats exceptionnels, même si Vincent Mignot a pu mettre en avant plusieurs points positifs, tels que la bonne perception de l’enseigne par les Français – première en proportion et en choix, deuxième en prix –, et la forte mobilisation de ses équipes. A la situation de cassure du moral des Français et du recul de chiffre d’affaires, le DG d’Auchan oppose la bonne saisonnalité des jouets, conséquence des investissements consentis en prix, une foire aux vins d’automne “assez exceptionnelle”… Si le non-alimentaire a particulièrement souffert en fin d’année sur une tendance à -6%, tout n’est pas négatif puisque l’effort important fait sur les stocks alors a généré “à la date d’aujourd’hui une situation de stock saine, ce qui nous met en position d’achat”. Pour relancer durablement l’activité – “le trafic a plus souffert que le panier” –, Auchan a repris et accentué son travail de “réenchantement de l’hyper”. L’effort porte ainsi sur l’organisation de l’entreprise en amont, avec un projet de regroupement d’une partie des services achat pour davantage de mutualisation, de convergence et d’effets de synergie, et la mise en place d’une direction de l’offre qui a “pour mission de se rapprocher des besoins des clients et des habitants pour donner un cahier des charges fort à l’achat, tant en offre permanente, saisonnière que promotionnelle”. Prix : en avant toute ! Mais l’essentiel n’est sans doute pas là. L’effort 2012 portera sur les prix, Vincent Mignot l’a assuré. Déjà en 2011, Auchan a fait de forts investissements sur les prix avec “une première étape sur les produits frais, les métiers de bouche”, précisant avoir “conforté le saisonnier, le positionnement premiers prix et les solutions moins chères à 1 €”. “Nous avons un poids promotions qui continue chez nous à augmenter”, assure-t-il avant d’annoncer le lancement d’une “offensive forte sur la France en positionnement prix” en travaillant les volumes de certains marchés, ce qui implique de gros efforts en logistique. “L’année 2012 sera une année d’investissement prix. Nous avons la volonté d’être très vite leader en positionnement prix. Nous avons encore du travail, mais nous mettons en place une organisation pour avoir les moyens de nos ambitions.” A bon entendeur, salut ! Auchan, qui investira cette année en France dans 25 agrandissements et rénovations pour 43 000 m2 supplémentaires, dans l’ouverture de 25 AuchanDrive et dans le lancement d’un nouveau concept – Coeur de nature, dédié au bio et au développement durable en région parisienne –, s’attend à “une année 2012 qui ne sera pas facile”.