A Wizernes, le sombre avenir du papetier d'Arjowiggins

A vendre avant fermeture définitive ?

Arjowiggins est à deux doigts de la fermeture. Le site de Wizernes, qui fait partie de la branche graphique du groupe Sequana, affiche des résultats négatifs depuis quelques années. Sa direction a mis ses sites en vente tout en prévenant qu’elle arrêtera la production en 2015.

CAPresse 2014
« Depuis le 10 avril dernier, les syndicats organisent des actions pour freiner l'agenda de la direction d'Arjowigging ».
Depuis le 10 avril dernier, les syndicats organisent des actions pour freiner l'agenda de la direction d'Arjowiggins.
Depuis le 10 avril dernier, les syndicats organisent des actions pour freiner l'agenda de la direction d'Arjowiggins.

 La situation économique se détériore fortement dans le secteur des papetiers depuis la crise de 2008. Les prix des matières premières ont flambé, engendrant des coûts de production conséquents. Les prix à la vente se sont effondrés du fait des besoins moindres et de la concurrence accrue des autres producteurs de papier… Devant les difficultés que doit affronter l’industrie papetière audomaroise, l’intersyndicale d’Arjowiggins a organisé le 17 avril dernier une opération ville morte à Wizernes, tandis qu’une délégation était reçue par le cabinet du ministère de l’Economie et du Redressement productif. Entré en juin 2012 au capital du groupe Sequana à la faveur d’une augmentation de capital (pour 150 millions d’euros), l’Etat − via l’ex-FSI et des agences publiques − est depuis majoritaire au capital (58,39%). Il a trouvé une situation financière très dégradée d’après les chiffres que nous avons pu consulter (malheureusement consolidés) : entre 2007 et 2012, le chiffre d’affaires de la branche graphique est passé de 655 à 503 millions d’euros. La production a suivi la même pente, dégringolant de 862 000 tonnes en 2007 à 603 000 en 2012. Les pertes : 26 millions en 2011, 16 millions en 2012….

 Arrêt programmé de la production en 2015«On les prévient depuis des années. La R&D ne pèse plus que 0,5% de notre chiffre d’affaires. On ne sort plus de nouveaux produits alors qu’on voit l’effondrement du papier couché», tonne Jean-Luc Choinet, délégué syndical CGT et porte-parole de l’intersyndicale. Celle-ci dénonce également le rôle de la filiale de distribution Antalis qui a coûté 41 millions d’euros en 2011 en «frais de vente». Côté direction, l’annonce de la volonté de vendre le site, lors du comité d’entreprise du 10 avril dernier, s’est accompagnée de la déclaration alarmante de la directrice générale : «la production des papiers graphiques s’arrêterait au premier semestre 2015», lit-on dans le compte rendu (encore non approuvé). La direction plaide en faveur d’une réduction de la production vu la surcapacité sur le marché qu’elle estime à 20%. Les prix de vente de la branche sont passés de 853 à 834 euros/t entre 2011 et 2012. Si le groupe Sequana doit poursuivre son désendettement (qui est passé de 866 à 549 millions d’euros entre 2007 et 2012), il devra manœuvrer avec prudence et peut-être revenir sur une condition de vente qui fait hurler les syndicats : la clause de non-concurrence sur les produits les plus vendus ! «Que vaut une entreprise qui n’a plus le droit de produire les produits qui marchent ?», interroge Philippe Saillot, délégué syndical au comité central d’entreprise.

Nous ne sommes pas parvenus à joindre la direction de Sequana malgré nos appels répétés.