Vers un musée du textile

La vieille idée commencerait-elle à se tisser ?

Michel-François Delannoy, ancien maire de Tourcoing et conseiller régional, a pris la tête d’une mission pour la réalisation d’un musée textile.

D.R.
Espérons que le talent de négociateur de Michel-François Delannoy arrivera à mettre tout le monde autour du même métier sans plus de navettes.

Alors que la mine a eu avec Lewarde son musée avant même la fermeture des derniers puits, le textile, l’autre industrie régionale, n’a encore aucun lieu digne de cette épopée commencée au Moyen-Age et qui fit nos villes. Toute l’image de la région en est marquée, de la naissance des villes drapantes aux villes-champignons de la révolution industrielle.

Qui aujourd’hui peut imaginer que Lille a été une ville industrielle ? Tout y a été gommé avec un rare acharnement. Même le musée industriel a disparu corps et biens, enfoui dans des réserves. Certes, il reste des bribes à Fives-Lille avec le projet de reconquête urbaine, ou à Moulins avec la fac de droit dans une usine reconvertie, à Roubaix avec les Archives du monde du travail, des usines transformées en loft ici et là, la villa Cavrois et quelques maisons de maître. Mais de la mémoire ouvrière ou des outils de travail et de la technologie, pas grand-chose !

 Table rase. Cette région a trop réglé de comptes avec son passé et, dans les Mines, sans l’intervention énergique de l’Etat, il ne serait rien resté des carreaux et chevalements, rasés les uns après les autres. Aujourd’hui,  l’Unesco en a reconnu la valeur mais il en fallut des combats et de la persuasion pour conserver ce patrimoine.

Dans la métropole lilloise, depuis la fin du textile industriel, Jean-Pierre Balduyck, ancien maire de Tourcoing et ancien du textile également, se bat inlassablement pour la création d’un musée textile. En vain jusqu’à présent. Son projet est regardé avec un œil condescendant mais un œil seulement : pas de vrai regard !

Quelques autres initiatives sont avancées ici ou là. Rien n’est coordonné. Surtout rien n’a ému suffisamment les plus hautes autorités métropolitaines pour qu’un projet réel soit mis à l’étude. L’heure est grave car il ne reste plus un seul lieu de production digne d’être montré. La mémoire disparaît avec les témoins. Il y a urgence. Pourtant dès les années soixante-dix, Fourmies avait montré l’exemple avec son remarquable écomusée alliant la machine et l’homme.

D.R.
Espérons que le talent de négociateur de Michel-François Delannoy arrivera à mettre tout le monde autour du même métier sans plus de navettes.

 

Une lueur d’espoir. Les choses pourraient changer puisque Michel-François Delannoy, conseiller régional, a pris la tête d’un mouvement unitaire pour la création d’un musée du textile «pour un projet fédérateur sous l’égide de la Région». L’urgence est de s’unir et choisir. Hélas, ceci risque de prendre du temps. Trop peut-être pour arriver à un résultat. En effet, les contours sont encore très flous, autant sur le contenu que sur l’aire géographique concernée, du quartier à l’Europe entière. Si l’on se contentait déjà de la métropole lilloise, cela serait bien. Et même extraordinaire d’y arriver car rares sont les lieux où cette histoire est racontée. Lille n’a même pas un lieu d’explication de son histoire industrielle et de son architecture liée, des maisons de sayetteurs aux courées des usines. Quand on vous dit qu’on vient de loin… Alors, allons vite, sans l’ambition vaine d’aller trop loin.