Le rôle des mobilités interrégionales

La région en manque de matière grise ?

Près de 25% de la population adulte résidant en Nord-Pas-de-Calais est titulaire d’un diplôme de l’enseignement supérieur (post-bac, ndlr) ou est en cours d’études, une proportion plus faible qu’en Rhône-Alpes, Midi-Pyrénées ou Provence-Alpes-Côte d’Azur. Décryptage par l’INSEE et ses dernières analyses de janvier.

Région la plus jeune de France et dotée d’excellentes universités, pourquoi le Nord-Pas-de-Calais peine-t-il à garder ses diplômés ? Certes, le soleil n’est pas toujours au rendez-vous, mais cela ne peut définitivement pas être l’unique critère… «On observe des mécanismes de reproduction sociale : le niveau des enfants dépend de celui des aînés et cela se reproduit de décennie en décennie», détaille Arnaud Degorre, directeur adjoint INSEE Nord-Pas-de-Calais. Les tristes chiffres parlent d’eux-mêmes : parmi les jeunes ayant suivi un enseignement secondaire dans les années 1990, près de 90% des enfants d’enseignants ou de cadres ont eu le bac contre seulement 40% des enfants d’ouvriers non qualifiés… Mais, pour autant, la reproduction sociale ne semble pas être le seul facteur. «Il faut prendre en compte les mobilités interrégionales», poursuit-il. Si le Nord-Pas-de-Calais ne compte pas moins de 936 000 adultes, natifs de la région et titulaires d’un diplôme de l’enseignement supérieur ou en cours d’études, ils sont 334 000 à vivre aujourd’hui ailleurs (92 800 en l’Ile-de-France, 22 700 en Rhône-Alpes, 27 800 en Picardie, 31 800 en Provence-Alpes-Côte d’Azur). Sans compter les départs pour l’étranger… Souffrirait-t-on d’un manque de postes ? «La région ne manque pas de dynamisme économique, que ce soit dans l’industrie ou les services. Mais ceux qui suivent les cursus les plus longs auront davantage d’opportunités en Ile-de-France. Un quart des diplômés du supérieur y résident.» Certes, il y a une fuite des cerveaux, mais le Nord-Pas-de-Calais sait aussi se montrer attirant : 180 000 personnes, diplômées du supérieur ou en cours d’études, natives d’autres régions sont venues s’y installer (dont 55 300 natives d’un autre pays, 28 700 d’Ile-de-France et 25 100 de Picardie). Pour autant, les natifs de la région sont proportionnellement moins nombreux à suivre leurs études dans d’autres territoires (83,5% restent en Nord-Pas-de-Calais). Les arrivées sont principalement le fait d’étudiants, quand les départs correspondent aux mobilités pendant la vie active, puis, dans une moindre mesure, aux mobilités au moment de la retraite.