A la ruche d’entreprises de Beauvois-en-Cambrésis

Il rapproche le monde de la santé et celui du jardin

O Ubi Campi, groupe national venu s’implanter dans notre région, fait de la recherche et développement en matière de jardins thérapeutiques. La démarche d’Etienne Bourdon, le créateur, est étonnante.

Photo prêtée par Etienne Bourdon.
Etienne Bourdon. Un homme aux multiples compétences qui veut rapprocher, scientifiquement, les mondes de la santé et du jardin (photo prêtée par Etienne Bourdon).
Photo prêtée par Etienne Bourdon.
Etienne Bourdon. Un homme aux multiples compétences qui veut rapprocher, scientifiquement, les mondes de la santé et du jardin.

Etienne Bourdon, 53 ans, qui réside au sud de Paris, a créé une agence actuellement hébergée par la ruche d’entreprises de Beauvois-en-Cambrésis, ce, depuis janvier. Il n’est assurément pas un créateur d’entreprise comme un autre.

D’abord, parce qu’il est à la fois le directeur de cette nouvelle agence régionale à l’enseigne O Ubi Campi mais aussi le dirigeant du groupe national du même nom, composé déjà d’une dizaine d’agences en France. Lancé en 2009, avec trois premières agences, le groupe, précise-t-il, emploie aujourd’hui une quinzaine de salariés, auquel s’ajoute un réseau d’une bonne trentaine de partenaires aux compétences très diverses.

Ensuite, autre source d’étonnement, Etienne Bourdon a accumulé lui-même, au fil du temps, bien des compétences : architecte paysagiste, ingénieur agronome et biologiste (il a travaillé dans l’industrie pharmaceutique), gérontologue (discipline qui étudie, en institutions le plus souvent, les phénomènes du vieillissement…), chercheur préparant un doctorat… Au détour de ses réponses, il révèle aussi qu’il pratique l’alpinisme et parle couramment le chinois pour avoir travaillé plusieurs années dans l’empire du Milieu. La liste n’est sans doute pas exhaustive. 

Une approche alternative mais rationnelle. Son entreprise réalise donc une synthèse de plusieurs savoir-faire et expériences. Il le reconnaît d’ailleurs, en y ajoutant de solides convictions qu’il tient à défendre d’emblée : « Tout le monde sait partout dans le monde qu’un jardin, ça fait du bien. Qu’il a un effet apaisant, rassurant, qu’il provoque un lâcher-prise. Toutes les civilisations ont une relation au jardin et nous avons tous, individuellement, un vécu, un ressenti, un imaginaire dans ce domaine… Pour autant, je comprends que l’on puisse considérer comme farfelu le fait d’en faire le support d’une offre thérapeutique.« 

Il ajoute − et on devine à son ton à la fois prudent et convaincu qu’il dépense beaucoup d’énergie et de temps à dissiper les malentendus possibles et à convaincre − que l’approche qu’il propose est scientifique.

Etienne Bourdon explique ainsi qu’elle s’appuie sur des diagnostics cliniques, des objectifs thérapeutiques, une mesure des bienfaits obtenus. Elle emprunte même aux recherches dans le domaine des neurosciences. Il précise : « On a constaté, par exemple, des effets positifs sur des patients souffrant de la maladie d’Alzheimer, sans les effets secondaires des molécules chimiques… » C’est le cœur de son projet. Il précise encore que les autorités de la santé participent au financement des réalisations d’O Ubi Campi et que des validations sont en cours.

De multiples applications en institutions. Sans entrer dans le détail, il indique qu’il a mis au point, avec son équipe, une cinquantaine d’ateliers correspondant à autant d’approches thérapeutiques pouvant être utilisées dans des cliniques, hôpitaux, EHPAD, etc. Ces ateliers s’adressent à des pathologies très diverses : handicaps, accidents vasculaires cérébraux, maladies neurodégénératives (dont Alzheimer), autisme, cérébrolésions, addictions, troubles psychiques, troubles du comportement…

Au passage, Etienne Bourdon fait bien comprendre que la conception, la réalisation et l’utilisation d’un jardin dit thérapeutique (O Ubi Campi en a réalisé déjà une cinquantaine) donnent matière à de multiples approches et recherches qui ne se limitent pas au simple jardinage ou à l’esthétique. Avec lui, on comprend qu’un jardin est un lieu riche, dont les intérêts thérapeutiques sont encore à exploiter, voire, si l’on peut dire, à défricher. Il lance quelques pistes : les couleurs, la créativité, les gestes, les interactions, les stimulations, les repères spatio-temporels, les consignes à respecter…  

 Unique en France ? À l’écouter, cette confrontation scientifique de deux mondes, celui de la santé et celui du jardin, débouche sur ce qu’il appelle « un nouveau logiciel relationnel » et « une approche non médicamenteuse« .

Cette démarche pourrait être unique dans notre pays, déjà en ce qu’elle fait sauter les cloisons habituelles entre des disciplines. En tout cas, à l’évidence, il s’agit d’une activité de « recherches et développements » de classe internationale.