ENTRETIEN AVEC FRÉDÉRIC CHÉREAU, MAIRE DE DOUAI

“Nous croyons en l’écologie au service de l’entreprise”

Entretien avec Frédéric Chéreau, maire de Douai et 17e candidat de la liste départementale Nord conduite par Pierre de Saintignon pour le Parti Socialiste.

La Gazette. Au cours du mandat écoulé, la Région était fortement identifiée sur sa compétence économique. L’envisagez-vous aussi pour demain ?
Frédéric Chéreau : “Notre objectif est que le budget consacré au développement économique, en y intégrant la formation professionnelle et l’apprentissage, demeure le premier budget de la Région, et de loin. Au-delà, la politique économique que nous entendons mener s’inscrit dans la ligne de celle qui était la nôtre, qui a fonctionné et que l’on peut qualifier de compétitivité sociale. Compétitivité au sens qu’il nous faut réussir une transition économique importante au regard de ce qu’a été le passé de la région. Aujourd’hui, nous sommes en train de tourner la page, non pour oublier ce passé, mais pour construire l’avenir. Le développement du numérique, au service de l’appareil productif et d’une meilleure qualité de vie, en est une illus- tration, au même titre que le lancement de la Troisième Révolution Industrielle. La Région s’y est complètement engagée. Aux côtés des pôles de compétitivité de l’État, nous avons développé une douzaine de pôles d’excellence régionaux. Depuis plusieurs années, nous sommes en train de construire l’économie du XXIe siècle. Cette économie émerge, créée déjà des emplois, des entreprises. Compétitivité oui, mais compétitivité sociale. Depuis 30 ans, la Région n’a jamais accordé de subvention à une entreprise sans contrepartie sociale en termes de qualité et de durabilité de l’emploi, de formation des salariés. Les chefs d’entreprise ont compris que ces contreparties faisaient partie du développement de leurs entreprises. Quand ils demandent à être associés à la décision, ils ont raison, mais ils le sont déjà. La politique de formation professionnelle est construite avec eux. Il en a été ainsi avec l’industrie automobile qui a obtenu le soutien de la Région moyennant son engagement de non fermeture ou de délocalisation de sites et aussi la présence des organisations syndicales, parties prenantes. On ne peut rien construire sans les chefs d’entreprise, mais il faut que les salariés soient aussi représentés. Nous avons mené une politique sociale de gauche, avons obtenu des résultats et en sommes fiers.”

Vous vous inscrivez donc dans la continuité ?

“Il nous faut continuer et renforcer le travail déjà engagé, par exemple sur l’apprentissage. La région n’avait pas cette culture, il a fallu la construire et aujourd’hui ce sont 23 000 apprentis qui sont soutenus. Pour atteindre l’objectif des 50 000 dans la grande région, il faudra convaincre les entrepreneurs de rentrer dans le dispositif. En matière de créations d’entreprise – la région est passée du dernier rang de la classe au premier rang –, de développement des PME par la commande publique, il nous faut continuer à travailler… En matière d’emploi des jeunes, le dispositif DJ, Direct Jeunes, a permis le recrutement de 10 000 jeunes par leur mise en relation directe, sans intermédiaire, avec des entrepreneurs. Nous pouvons doubler ce nombre à 20 000 et l’envisager pour les seniors qui pourraient ainsi valoriser leur expérience, leur talent, leur disponibilité.”

Quelle est la première mesure que vous pourriez prendre si la liste l’emportait ?

“Celle que nous aimerions lancer porte sur la mise en place d’une sécurité sociale professionnelle, cinquième branche de la Sécurité sociale. Nous souhaitons faire à l’État une proposition d’expérimentation dans la région, terre de traditions et d’innovations sociales, pour que ceux qui quittent l’école sans diplôme puissent se former au cours de leur vie professionnelle et faire en sorte que la Région puisse intervenir auprès de ces salariés comme elle le fait déjà auprès des demandeurs d’emploi.”

Vous défendez l’idée d’un “nouveau modèle économique, social et environnemental”. Qu’est-ce à dire ?

“Le social et l’économique ne vont pas contre l’environnemental, au contraire, ils le servent. L’économie de demain sera écologique ou ne sera pas. L’écologie, c’est des gisements d’emploi extraordinaires dans le bâtiment, dans l’agriculture, dans la production industrielle, dans les transports. Nous croyons en l’écologie au service de l’entreprise, du développement économique. Elle sera aussi sociale ou ne sera pas. Oui, nous croyons aux entreprises, oui nous les soutenons. Nous serons toujours derrière les entrepreneurs qui investissent, qui créent, qui osent, qui exportent, mais avec cette exigence d’écologie et de dimension sociale.”