Spécial Poches

Les livres de la semaine

La Route étroite vers le Nord lointain    Ce puissant roman s’ouvre en 1941, alors que Dorrigo Evans, jeune officier médecin, est jeté malgré lui dans la guerre qui embrase l’Orient puis dans l’enfer d’un camp de travail japonais, où les captifs sont affectés à la construction d’une ligne de chemin de fer en pleine […]

La Route étroite vers le Nord lointain 

 

Ce puissant roman s’ouvre en 1941, alors que Dorrigo Evans, jeune officier médecin, est jeté malgré lui dans la guerre qui embrase l’Orient puis dans l’enfer d’un camp de travail japonais, où les captifs sont affectés à la construction d’une ligne de chemin de fer en pleine jungle. Maltraités par les gardes, affamés, exténués, malades, les prisonniers se raccrochent à ce qu’ils peuvent pour survivre. Au cœur de ces ténèbres, c’est l’espoir de retrouver Amy, l’épouse de son oncle avec laquelle il vivait sa bouleversante passion avant de partir au front, qui permet à Dorrigo de subsister. Cinquante ans plus tard, sollicité pour écrire la préface d’un ouvrage commémoratif, le vieil homme devenu après-guerre un héros national convoque les spectres du passé – dont celui d’Amy, amour absolu qui le hante toujours –,  où se répondent les voix des victimes et des survivants. Porté par une écriture d’une rare intensité poétique, ce roman magnifique est une méditation sur l’amour et la mort, un cri contre l’oubli tragique. Découvert avec Le Livre de Gould en 2005, Richard Flanagan ajoute une pièce majeure à une œuvre littéraire déjà impressionnante.

 

La Route étroite vers le Nord lointain de Richard Flanagan (Babel – Traduit de l’anglais (Australie) par France Camus-Pichon).

 

 

 

Yaak Valley, Montana

 

Ce premier roman impressionnant de maîtrise narrative se déroule dans le Montana, en 1980, où vit Pete Snow, assistant social dévoué qui gravite autour d’une kyrielle de personnages ambivalents et à fleur de peau. Il croise ainsi Beth, son ex-épouse infidèle et alcoolique ; Rachel, leur fille de treize ans, en fugue dans les bas-fonds de Tacoma ; Luke, son frère recherché par la police ; Cecil, adolescent violent, ou Jeremiah Pearl, fondamentaliste illuminé persuadé que l’Apocalypse est proche. Soit des êtres déclassés ou vivant en marge d’une société qui les ignore, en butte à une violence brutale ou diffuse et à des héritages trop lourds pour eux. Un monde en perdition que Pete tente de comprendre et secourir, souvent en pure perte… Inspiré par sa propre expérience de travailleur social, l’auteur peint avec empathie et finesse une humanité vulnérable et parfois animale. Dans la belle lignée de Cormac McCarthy ou Jim Harrison, ce magnifique roman expressionniste s’enracine au cœur de la nature sauvage du Montana, paysages splendides où l’isolement se révèle parfois oppressant et hostile pour ceux qui doivent y survivre.

 

Yaak Valley, Montana de Smith Henderson (10/18 – Traduit de l’anglais (États-Unis) par Nathalie Perrony).

 

 

 

Kentucky Song

 

Après le poignant recueil de nouvelles Une fille bien, Holly Goddard Jones publie cet intense roman choral qui se déroule dans une petite ville du Kentucky. L’étrange disparition de Ronnie Eastman, jeune fille sans histoire aimant faire la fête et collectionnant les conquêtes, va bouleverser la vie d’une douzaine d’habitants. Telle Susanna, la soeur de Ronnie, épouse et mère de famille exemplaire qui n’en mène pas moins une vie morne et a toujours envié la liberté de sa soeur. Ou encore Tony, ex star du basket devenu flic, et Emilie, une gamine de treize ans un peu étrange et qui cache un terrible secret. Mais aussi Wyatt, un ouvrier tourmenté par son passé et obsédé par un amour qu’il ne pense pas mériter. Liés les uns aux autres d’une façon qu’ils ne peuvent soupçonner, tous voient leur destin leur échapper. Dans une atmosphère digne des meilleurs romans noirs, ce récit prégnant et touchant dessine des personnages attachants et complexes, proches des lignes de faille de nos vies.

 

Kentucky Song d’Holly Goddard Jones (Le Livre de Poche – Traduit de l’anglais (États-Unis) par Hélène Fournier).

 

 

 

Dieu n’habite pas La Havane

 

À l’heure ou le régime castriste s’essouffle, Don Fuego chante toujours dans les cabarets de La Havane. Jadis, sa voix magnifique électrisait les foules. Aujourd’hui, les temps ont changé et le roi de la rumba doit céder la place. Livré à lui-même, il rencontre Mayensi, une jeune fille «rousse et belle comme une flamme», dont il tombe éperdument amoureux. Mais le mystère qui entoure cette beauté fascinante menace leur improbable idylle. Chant dédié aux fabuleuses destinées contrariées par le sort, ce beau roman est aussi un voyage au pays de tous les paradoxes et de tous les rêves. Alliant la maîtrise et le souffle d’un Steinbeck contemporain, Yasmina Khadra mène une réflexion nostalgique sur la jeunesse perdue, sans cesse contrebalancée par la jubilation de chanter, de danser et de croire en des lendemains heureux.

 

Dieu n’habite pas La Havane de Yasmina Khadra (Pocket).