Emmanuel Macron à Calais : un marathon et quelques annonces

Le Calaisis demande encore de l’aide

L’engagement du président Macron de venir à Calais est tenu. Pour autant, les quelques annonces semblent floues. En creux, la visite à Teresa May dans les heures qui ont suivi ne pourra pas déboucher sur un accord européen sur l’immigration et la répartition du poids qu’elle constitue. 

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Le Président de la République à Calais le 16 janvier dernier.
Natacha Bouchart, maire LR de Calais.

Au pas de charge. Mardi 16 janvier, Emmanuel Macron s’est rendu au Centre d’accueil et d’examen de situations (CAES) de Croisilles (près d’Arras) où logent 63 migrants, a discouru devant les forces de l’ordre à la caserne de la gendarmerie de Calais, s’est entretenu avec les élus locaux, a pris le vent marin sur la plage avant de s’entretenir longuement avec les associations en sous-préfecture. Un parcours empirique dans un territoire qui se sent tourmenté. «Notre situation est complexe et mérite beaucoup d’attention (…). On a l’impression d’avoir été entendu et compris. On peut être en espérance. Nous avons besoin d’un accompagnement fort, de votre compréhension, pour transmettre une image positive», a affirmé Natacha Bouchart, maire de Calais. Sempiternellement, elle a évoqué «la souffrance (…) vécue depuis des mois et des mois». Pourtant, la Jungle a été démantelée il y a plus d’un an ; le port et les quais d’Eurotunnel sont, sans commune mesure, plus sûrs ; le nombre de migrants a été divisé par quatre depuis deux ans ; les problèmes de circulation sont devenus épisodiques en 2017 alors qu’ils devenaient quotidiens en 2016…

Un «inventaire»

Le président de la République à Calais le 16 janvier dernier.

Si Emmanuel Macron a reconnu «une situation très particulière avec les accords du Touquet», il a rappelé que l’État soutenait déjà fortement le territoire à travers un contrat taillé sur mesure en novembre 2015 : 50 millions d’euros venant de l’État, 57 autres des conseils régional et départemental, et 48 de l’Agglomération et de la ville de Calais. Des fonds ciblés sur la requalification urbaine, les infrastructures (échangeur d’autoroute pour le projet de parc d’attractions Heroic Land, fibrage du territoire) ou les commerçants du centre-ville en situation difficile. D’autres fonds étant répartis entre la formation, l’accompagnement à l’emploi, la dentelle, le numérique, la rénovation de l’aéroport de Marck. Emmanuel Macron a dit tenir les engagements de l’État avec 26 millions d’euros affectés sur la moitié de la durée du plan quinquennal. Avec quel succès ? Ces trente dernières années, le Calaisis a connu le duty-free (qu’il réclame après la formalisation du Brexit) ou encore une zone franche qui a duré près d’une décennie. Le taux de chômage avoisine encore 16% malgré ces politiques interventionnistes. Cinq ans après son lancement, le dossier Heroic Land n’a toujours pas attiré l’investisseur qui pourrait avancer une partie d’un budget estimé à 275 millions d’euros.

«L’État s’investit à Calais, avec 50 millions d’euros pour une quinzaine de projets»

Un avenant et une prime

La visite d’Emmanuel Macron était donc un moyen de rappeler que l’État s’investit à Calais, avec 50 millions d’euros pour une quinzaine de projets, déclinés en trois axes : soutenir l’économie et l’emploi, développer l’attractivité du territoire et, enfin, assurer la transition écologique et énergétique. En phase avec les politiques de développement portées par la Région (troisième révolution industrielle), l’ambition du territoire demeure liée à l’image projetée par la problématique migratoire. Comme une reconnaissance de cette difficulté, le président de la République a annoncé qu’une prime serait versée aux fonctionnaires des forces de l’ordre qui sont en permanence à Calais. D’après nos sources, l’annonce devrait s’étoffer : Emmanuel Macron a promis une prime exceptionnelle pour les forces de l’ordre locales (les CRS et autres forces non permanentes en bénéficient déjà). Le président de la République a aussi évoqué une rallonge sur le contrat de territoire. Un «avenant» qui devrait encore permettre à celui-ci de bénéficier de subventions…

Louis Caillier et Morgan Railane, pour CAPresse