Bâtiment

Recyclage des fenêtres : un nouveau marché à venir

Il fallait y penser : au lieu d’enfouir les vieilles fenêtres hors d’usage, une entreprise du Nord a eu l’idée de les démonter pour valoriser chaque matériau qui les compose. Aujourd’hui, une nouvelle filière de recyclage est sur le point d’être créée en France, grâce au partenariat Covanord/Icam.

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Anne Henry-Castelbou
Site de Covanord à Wasquehal
Site de Covanord à Wasquehal
Le site de Covanord à Wasquehal.

Olivier Wdowiak, responsable Qualité, Hygiène Sécurité et Environnement chez Covanord, ne tarit pas d’éloge sur les étudiants de l’école d’ingénieurs de Lille. Ils ont travaillé sur ce processus de recyclage pendant 9 mois. Il faut dire que ce projet a son importance pour cette PME familiale créée en 2008, spécialisée dans la collecte et le tri des déchets (4 sites de déchetteries destinées aux professionnels à Wasquehal, Saint-André, La Chapelle d’Armentières et Denain). Elle n’a pas forcément les moyens d’avoir en interne un service de R&D (chiffre d’affaires fin 2016 entre 12 et 14 millions d’euros, 45 salariés). Externaliser cette étude de projet auprès de l’Icam – coût de l’étude : 50 000 euros – lui alors permis de mener à bien sa stratégie de diversification.

A terme, elle lui permettra de se différencier et de développer de nouveaux marchés, jugés nécessaires par le responsable : «Le secteur de la valorisation des ferrailles connaît une crise depuis trois ans, due à l’évolution défavorable des cours mondiaux. Nous devions nous différencier. Or, le marché du déchet des fenêtres, provenant pour l’essentiel du bâtiment, est de l’ordre de deux millions d’unités démontées tous les ans. Jusqu’à maintenant, ces déchets ne sont pas valorisés et sont directement enfouis dans un centre de stockage ultime de déchets non dangereux. Dans le même temps, la loi de Transition Energétique a évolué : d’ici 2020, le taux de recyclage dans le BTP doit atteindre 70%.» Une opportunité est donc à saisir.

«Le secteur de la valorisation des ferrailles connaît une crise depuis trois ans. Nous devons nous différencier»

Tout se recycle dans une fenêtre

Anne Henry-Castelbou
Maxime Bourdelin, Olivier Wdowiak et Julien Manger.

Ce n’est pas la première fois que Covanord collabore avec des étudiants. Déjà en 2015, les jeunes avaient réalisé une étude de marché sur la valorisation des déchets du plâtre du BTP. Concernant le recyclage des fenêtres, une opportunité a été détectée. Il faut dire que trois axes d’études ont été menés entre avril 2016 et janvier 2017 : la sécurité des opérateurs lors du désossement du produit, l’ergonomie du poste de travail et le temps de démantèlement. Aujourd’hui, les ingénieurs sont en mesure de confirmer la faisabilité de l’opération, d’un point de vue théorique et pratique, grâce aux tests dans les laboratoires de l’école. Ils ont validé la qualité des matières extraites post-démantèlement, que ce soit dans le verre ou l’encadrement : «dans une fenêtre, tout est recyclable, à condition de collecter les matières proprement. Par ailleurs, le gisement est important, la cadence de démantèlement est rentable et le travail peut être sécurisé» comme le soulignent Julien Manger chargé d’affaires et Maxime Bourdelin chef de projets à l’Icam qui ont encadré les étudiants. Ils accompagnent, d’une manière générale, une soixantaine d’entreprises de la région tous les ans.

Ligne complètement automatisée

Les étudiants ont aujourd’hui fini leur mission. L’entreprise réfléchit à mettre en place une ligne semi-automatisée de démantèlement pour fin 2018, sur le site de Saint-André, avec peut-être une aide de l’ADEME (Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Energie). Elle pourrait être automatisée à 100% en 2019 ; une vraie vitrine technologique pour l’entreprise. A la suite du démantèlement des fenêtres, chaque matériau sera ensuite envoyé chez des recycleurs spécifiques. Si d’autres entreprises en France réfléchissent au recyclage des fenêtres, «nous sommes pour l’instant les seuls à développer une technologie spécifique» précise Olivier Wdowiak, qui est resté volontairement discret à ce sujet. Tout l’enjeu d’ici là, est de collecter suffisamment de tonnage de fenêtres usées, pour faire tourner la ligne. Covanord est déjà en train d’en stocker.

«Dans une fenêtre, tout est recyclable, à condition de collecter les matières proprement.»

Anne Henry-Castelbou
Le stockage de fenêtres usagées chez Covanord.

 

 

 

 

 

Chiffres :

  • 50 000 tonnes de déchets gérés/an chez Covanord
  • Un marché de 2 millions de fenêtres jetées par an
  • En 2020, le taux de recyclage dans le BTP doit atteindre 70%.
Covanord
Covanord.