Avis d’expert : Vincent Labis, administrateur judiciaire, associé fondateur du réseau national AJILINK, et vice-président de l'IFPPC (Institut français des praticiens des procédures collectives)

«L’anticipation est le maître mot»

« Mes fonctions impliquent que je m’adresse essentiellement à des entreprises en difficulté. Pour les dirigeants, les enjeux et la valeur de l’entreprise dépendent de la nature et gravité de ces difficultés : sont-elles liées au marché lui-même, sont-elles structurelles ou conjoncturelles, sont-elles liées à la rentabilité, voire à la trésorerie ? Les réponses devront en […]

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« Mes fonctions impliquent que je m’adresse essentiellement à des entreprises en difficulté. Pour les dirigeants, les enjeux et la valeur de l’entreprise dépendent de la nature et gravité de ces difficultés : sont-elles liées au marché lui-même, sont-elles structurelles ou conjoncturelles, sont-elles liées à la rentabilité, voire à la trésorerie ?

Les réponses devront en effet être adaptées à ces différents cas de figure. Une chose est certaine et simple à comprendre : plus les difficultés sont anticipées, plus les chances de sauvetage de l’entreprise et de valorisation de celle-ci seront grandes. A contrario, l’émergence de difficultés de trésorerie est un facteur d’accélération de la perte de valeur.

Si les difficultés de trésorerie sont anticipées, nous pourrons intervenir, à la demande du dirigeant et sur décision du président du tribunal, dans le cadre confidentiel des procédures de mandat ad hoc ou de conciliation, où notre rôle consistera à préserver ces équilibres en vue de favoriser un adossement ou une reprise assurant la pérennité de l’entreprise.

A contrario, en cas de graves difficultés de trésorerie et d’état de cessation des paiements nécessitant l’ouverture d’un redressement judiciaire, la procédure est dite collective ; elle est publique. Dans ce cas, la cession d’entreprise s’opère souvent sous la forme d’une reprise de fonds de commerce. Ce sont les actifs de l’entreprise qui sont valorisés. Le prix payé par l’acquéreur sera réparti entre les créanciers. Même si souvent ces opérations de cession sont bénéfiques en termes de pérennité, elles auront été destructrices de valeur pour les actionnaires, pour les créanciers et pour les salariés, dont certains perdront malheureusement leur emploi.

Il existe cependant des cas où, en redressement judiciaire, des plans de redressement sont adoptés, moyennant l’ouverture du capital à de nouveaux partenaires. Ces solutions peuvent s’avérer plus avantageuses pour tous. 

S’agissant de la valeur d’une entreprise en difficulté, nous faisons le grand écart entre l’optimisation d’une valeur positive et la réduction d’une valeur négative. L’anticipation est le maître mot.»