Quand l’alimentation conjugue équité sociale et transition écologique

Sur le territoire, collectivités locales et acteurs privés mettent en œuvre des dispositifs visant à favoriser des circuits alimentaires courts. Des initiatives à impact à la fois écologique et social. Témoignages, avec le Labo de l’ESS.

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Organisé à Paris par le Labo de l’ESS (Economie sociale et solidaire), un débat sur la «transition alimentaire et coopération dans les territoires» réunissait plusieurs intervenants qui s’emploient à raccourcir la distance entre lieu de  production alimentaire et de consommation.

Côté collectivités locales, c’est ainsi le cas de Grande-Synthe, ville de 24 000 habitants, dans le département du Nord. «Notre ville concentre toutes les crises d’aujourd’hui. 31% de la population vit sous le seuil de pauvreté. Nous avons subi la crise industrielle et écologique.  Alors, pour nous, les questions de l’aménagement du territoire, de la transition sont centrales. Nous embrassons toutes les dimensions pour essayer de construire autre chose. L’enjeu est de traiter en même temps l’urgence sociale et écologique», explique Jean-Christophe Lipovac, conseiller technique développement durable de Grande-Synthe.
Depuis 2004, cette ville au passé industriel est fortement engagée dans une démarche de réintroduction de la nature. Elle est par exemple première capitale française de la biodiversité et membre du réseau Villes en transition, qui essaient de se transformer pour être en mesure d’affronter le changement climatique. Concrètement, la municipalité, en s’appuyant sur la culture participative locale, déploie de multiples initiatives. Les habitants qui le souhaitent peuvent se voir attribuer des terrains pour les cultiver  – y compris en faisant de la  permaculture… La ville est ceinturée d’un corridor boisé garni d’arbres fruitiers accessibles à tous. «La question est d’embellir mais aussi de se nourrir», précise Jean-Christophe Lipovac. Ainsi, des cours de cuisine sont dispensés dans le centre de santé, et les cantines scolaires ne servent que des produits bio. Pour en assurer l’approvisionnement, la commune soutient des projets d’agriculteurs. Le thème est aujourd’hui remonté au niveau  de la Communauté urbaine de Dunkerque qui envisage de constituer une véritable filière bio.

© ursule

Producteurs et consommateurs inventent de nouvelles relations

D’autres démarches, portées par des acteurs de nature différente, se déploient aussi sur le territoire. C’est le cas d’Open Food France, une plateforme de vente en circuit court, cofondée en 2012 par Myriam Boure. Son association réunit des organisateurs locaux de circuits courts, à l’image du Panier Rusé, à Lille. Sur le plan opérationnel, la plateforme est  une  place de marché informatique, co-financée par ces organisateurs de circuits courts, qui n’auraient pas eu les moyens de disposer de ces services à titre individuel. Chacune de ces organisations a développé des modalités différentes. Exemple, l’une d’entre elles, mise sur pied, à l’origine, par des familles de consommateurs et qui compte aujourd’hui une trentaine de producteurs, a financé l’achat de 80 hectares destiné à permettre l’installation de trois nouveaux paysans. Certains organisateurs ont même mis en place une tarification sociale. «Ce sont des modèles très innovants et très divers», commente Myriam Boure.

Autre exemple encore d’initiative, la Manufacture coopérative, un Grap, groupement régional alimentaire de proximité, situé à  Lyon. Cette structure  de l’ESS, créée en 2013, regroupe une  quarantaine d’activités différentes. Cela va des épiceries à Lyon ou dans le massif des Vosges, aux torréfacteurs et aux chocolatiers, tous situés dans un rayon de 150  kilomètres. «Le principe est celui d’une alliance pour une alimentation saine, bio, en circuit court et coopératif», résume Jean-Luc Chautagnat, développeur réseau et facilitateur de la Manufacture Coopérative. La structure est une coopérative d’activité et d’emploi (Cae), qui permet à la centaine des personnes engagées dans cette démarche d’avoir un statut de salarié. «Nous mettons vraiment l’accent sur le fonctionnement démocratique», ajoute Jean-Luc Chautagnat. Au démarrage, le Grap a bénéficié de soutiens mais aujourd’hui, l’aide publique ne représente environ que 5% de son budget. Et le groupement a atteint un chiffre d’affaires de 11 millions d’euros. Bref, preuve faite de l’efficacité, «à cinq ans, ce qui me plairait, c’est une généralisation du modèle», espère Jean-Luc Chautagnat qui croît à l’essaimage, plus qu’à un modèle de franchise.