Réseau des «correspondants TPE»

La Banque de France se mobilise pour les dirigeants

Depuis septembre 2016, la Banque de France a mis sur pied un réseau de correspondants pour les TPE, qui ont accueilli plus de 6 500 entrepreneurs. Objectif : leur faire gagner du temps pour trouver le meilleur interlocuteur.

La mission des «correspondants TPE» : être à l'écoute des entrepreneurs afin de les orienter vers les organismes professionnels adaptés. © 3d world

Le service est gratuit et confidentiel, et plus de 6 500 dirigeants de TPE s’en sont saisis. Ils se sont adressés au réseau des 102 «correspondants TPE» mis sur pied par la Banque de France, pour les orienter. Ces entrepreneurs sont essentiellement à la tête de structures comptant moins de quatre salariés, avec un chiffre d’affaires inférieur à 200 000 €. Ils sont plutôt engagés dans les domaines du commerce, des services et de la construction. Concernant le type de besoins exprimés, le financement est le premier (36% en métropole, 39% dans les territoires d’outre-mer), suivi du traitement de difficultés financières et de problèmes de gestion. La création d’entreprise concerne 12% des dossiers en métropole ; le développement, 6% ; la transmission, 1%. Face à ces demandes, la Banque de France a orienté les entrepreneurs vers des réseaux de financement classique, un autre de ses services, les chambres consulaires, et aussi vers d’autres réseaux, comme la Médiation du crédit, les tribunaux du commerce et des organismes de microcrédit. C’est depuis septembre 2016 que l’institution  monétaire a mis sur pied ce dispositif. La mission des «correspondants TPE» : être à l’écoute des entrepreneurs qui connaissent des difficultés ou, simplement, qui se posent des questions sur leur activité, afin de les orienter vers les organismes professionnels adaptés. Et ce, quel que soit le sujet : création d’entreprise, financement, transmission, développement, prévention ou traitement des difficultés. Pour ce faire, la Banque de France a mis sur pied 35 conventions de partenariats nationaux avec différents réseaux professionnels, comme les  chambres consulaires, des organisations patronales ou encore des réseaux professionnels associatifs.

Eviter les défaillances précoces

À la base, il s’agit d’une stratégie de la Banque de France, spécifiquement tournée vers les PME et TPE. C’est  également dans ce cadre qu’elle a organisé un forum consacré à «La dynamique entrepreneuriale et l’ESS au cœur des territoires», dans ses locaux parisiens, le 13 mars dernier. En effet, l’établissement ne cote les entreprises qu’à partir de 750 000 €. Or, «nous avons observé qu’il y avait de plus en plus d’entreprises qui se créaient, et notamment des micro-entreprises. L’objectif est de les aider à évoluer pour qu’il y ait moins de défaillances, car nous savons que les cinq premières années sont cruciales (…). Il s’agit d’être un intermédiaire entre les chefs d’entreprise et les réseaux d’accompagnement. Ce n’est pas forcément simple de s’y retrouver», explique Sylvie Bonneau, chargée de mission TPE auprès du directeur Entreprises de la Banque de France. L’Insee le confirme : en France, le nombre de créations d’entreprise cumulées sur un an continue d’augmenter, avec environ 670 500 entreprises créées à fin septembre 2018, contre 568 600 à un an d’intervalle. Et cette  progression, d’environ 18%, est surtout le fait des micro-entreprises (+27,9%) et des entreprises individuelles (+23,5%). Par ailleurs, toujours selon l’Insee, la moitié des entreprises créées disparaissent avant la cinquième année. Et le taux est plus élevé encore pour les micro-entreprises. Autre phénomène, «peu de TPE  arrivent à croître significativement», constate, dans un communiqué,  la Banque de France. Seules 2,6% des TPE créées en 2011 affichent un chiffre d’affaires d’un million d’euros cinq ans plus tard.

Une activité encourageante

Qu’elles choisissent un modèle de développement intense ou pas, la bonne santé des TPE demeure un enjeu de taille pour l’économie nationale. En effet, les quelque 3,9 millions d’entreprises qui comptent moins de 10 salariés ou dont le chiffre d’affaires ne dépasse pas les 2 millions d’euros représentent 96,5% des entreprises et sont au cœur de l’économie des territoires. D’après les données fournies par la Banque de France, leur chiffre d’affaires cumulé a atteint 561 milliards d’euros en 2016, contre 552 milliards d’euros en 2011, soit une progression de 1,6% en cinq ans. Et elles représentent 20% de la valeur ajoutée au niveau national, 18% des encours de crédit et 17% des investissements (en 2016). En revanche, leur poids à l’international reste peu important (3% du chiffre d’affaires). Bonne nouvelle, «les TPE-PME françaises ont connu une belle année 2018», à en suivre  le «Baromètre de l’activité économique des TPE-PME», publié par l’ordre des experts-comptables, avec une augmentation moyenne de 2% de leur chiffre d’affaires. En tête : les entreprises des secteurs des transports et de l’entreposage, de l’information et de la communication et les activités spécialisées, scientifiques et techniques dans une moindre mesure. Suivent les entreprises du commerce et de l’industrie manufacturière. Un cran en dessous,  l’hébergement-restauration affiche une hausse de 1,7%, suivi de près par  les activités financières et d’assurance et les autres activités de services. Quant à la construction, elle se limite à une hausse de chiffre d’affaires de 0,7% sur 2018, soit 1,7 point de moins par rapport à l’année précédente.

Kathie Werquin-Wattebled, directrice régionale pour la Banque de France

En quoi les correspondants TPE sont essentiels aux petites structures ?

Les correspondants TPE existent depuis quelques temps. Nous voulions aussi jouer ce rôle de hub pour les petites entreprises qui peuvent avoir des difficultés, compte tenu du faible nombre d’employés. En 2018, nous avons été sollicités par 340 TPE. Cette demande progresse en 2019. Notre nouveau système est de plus en plus connu.

Comment se présente la conjoncture économique pour les TPE ?

On observe en 2019 une conjoncture moins propice pour toute entreprise, par rapport à 2017, mais on reste sur une tendance correcte. Le niveau de défaillance est bas, ce qui est bon signe. Ce sont plutôt les petites structures qui tombent plus vite. Les créations d’entreprise sont dynamiques sur tout ce qui concerne les nouvelles technologies. Les grandes entreprises ont de plus en plus souvent recours à des TPE pour mener à bien leur digitalisation. Enfin, les taux d’intérêt sont historiquement bas et c’est parti pour durer. C’est ainsi plus facile pour une entreprise de se financer au démarrage.