Entretien avec Karl-Heinz Lambertz, président du Comité européen des régions

«Le pilier social doit être aussi fort que le pilier économique»

Le 8ème Sommet européen des régions et des villes à Bucarest s’est achevé récemment alors que la Grande-Bretagne n’en finit plus de tergiverser sur la manière de quitter l’Union européenne. Pour beaucoup, c’est un échec européen. Pour Karl-Heinz Lambertz, il faut redonner plus de pouvoir aux collectivités territoriales pour relancer l’Europe, et développer une politique sociale plus forte.

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Karl-Heinz Lambertz © European Union / Fred guerdin
Karl-Heinz Lambertz © European Union / Fred guerdin




Quel bilan tirez-vous de ce Sommet ? 

C’est toujours exceptionnel. Il est organisé tous les deux à trois ans, pour mobiliser les représentants des 100 000 communes et 280 régions de l’Europe, dont nous sommes le porte-parole auprès de l’UE. C’est important pour faire bouger les choses en Europe. Des sujets ont été approfondis comme la cohésion sociale, la cohésion territoriale, la subsidiarité, la place des jeunes ou la mise en oeuvre des objectifs de développement durable de l’ONU. On était ravis également de recevoir le président et ministres roumains mais aussi Michel Barnier, le négociateur en chef du Brexit. Il nous a fait un retour sur le bilan des négociations, son vécu et les leçons à tirer du Brexit. 

Karl-Heinz Lambertz et Michel Barnier  © European Union / Denis Closon
Karl-Heinz Lambertz et Michel Barnier © European Union / Denis Closon

De nouveaux projets ont-ils été lancés ?

Oui, comme le nouveau réseau Régional Hub, pour une subsidiarité plus active, qui facilitera l’application de la législation européenne sur le terrain. Un test sera fait avec une vingtaine de régions pour travailler sur trois sujets : les marchés publics, les systèmes de santé et la qualité de l’air. Et le dialogue citoyen numérique va être renforcé. Depuis quelques années, l’Europe est inondée d’offres de dialogues citoyens qui sont révélateurs d’un malaise existant. J’ai donc décidé de systématiser ces dialogues sur le long terme, en sélectionnant mieux les gens (par tirage au sort) et avec un meilleur traitement des résultats. Cela permettra de les intégrer dans le processus européen de décision.

Quelle suite allez-vous donner à ces échanges ? 

Cette rencontre roumaine n’a pas eu lieu au hasard. On est à quelques semaines du Sommet de Sibiu en Roumanie le 9 mai qui regroupera les chefs d’états et de gouvernement européens, pour décider des grandes orientations européennes. C’est pour ça que nous avons fait un document – la Déclaration de Bucarest «Construire l’UE à partir du terrain avec les villes et régions» – qui leur sera transmise. En juin, nous ferons un document plus volumineux. Et durant l’été, nous établirons un cahier des charges approfondi, pour influencer concrètement le programme de travail de la nouvelle Commission et des commissions du parlement européen. Il s’agit de mettre la pression pour que la voix des villes et régions soit mieux prise en compte.  

Dans cette déclaration, vous appelez notamment à plus de décentralisation et à un financement plus important des politique sociales. Quel serait l’impact sur le budget européen ?

Nous souhaitons donner plus d’importance au pilier social de l’Union. Il faut passer un cap social. Un quart de la population est menacée de pauvreté ; c’est inacceptable. C’est du à la prédominance de l’économie financière sur l’économie réelle, et à la faiblesse du pilier social. Or le pilier social doit être aussi fort que le pilier économique. L’Europe est très forte dans son pilier économique mais c’est un nain au niveau du pilier social. Nous demandons aussi plus de flexibilité au niveau de la capacité d’investissement des collectivités territoriales. Il ne faut pas trop les coincer par les critères du pacte de stabilité et de croissance. C’est une manière d’accroître leur rôle. Mais sans moyen financier, on n’ira pas très loin. Et cela ne peut pas se faire avec un budget équivalent à 1% du PIB de l’Union. Nous soutenons le Parlement qui demande de porter ce pourcentage à 1,3%. Il permettra une politique de cohésion forte, accessible à toutes les régions, qui renforcera la confiance des citoyens.

En pleine crise du Brexit, comment pouvez-vous rassurer les régions concernées par le départ de la Grande-Bretagne de l’Union Européenne ? 

Il est absolument nécessaire que l’Europe s’occupe des conséquences négatives du Brexit, en étant à côté de ceux qui seront touchés. Le Comité des régions a été très clair à ce sujet dans ses revendications auprès de l’UE. C’est une question budgétaire cruciale.