Rétrospective Jerzy Skolimowski au Majestic à Lille

Editeur avisé, Malavida Films sort en salles cinq films incontournables de Jerzy Skolimowski – Signes particuliers : néant, Walkover, Le Départ, Travail au noir et Le Bateau phare – à (re)découvrir lors de la rétrospective proposée par le Majestic à Lille jusqu’au 30 avril.

294

Figure majeure du nouveau cinéma polonais des années 1960, Jerzy Skolimowski a fait son apprentissage à la célèbre école de cinéma de Lodz où il rencontre un certain Roman Polanski. Ensemble ils écrivent le scénario du premier et très remarqué long métrage Le Couteau dans l’eau. Ils vont dès lors devenir les figures de proue de la Nouvelle Vague polonaise qui s’inscrit dans la mouvance du vent de liberté qui balaye alors le cinéma d’Europe Centrale.

Imprévisible et insoumis, c’est ainsi qu’est toujours apparu le cinéma de Jerzy Skolimowski. Il a ainsi construit une œuvre passionnante, tragique et burlesque, poétique et énergique, libre et insolente, qui traduit une vision incisive et désenchantée de la société contemporaine à travers de fulgurantes idées de mise en scène.

Cette passionnante rétrospective débute avec deux films semi-autobiographiques sur le thème de la perte de l’innocence dans lesquels le cinéaste tient le rôle récurrent d’Andrzej Leszczyc. Signes particuliers : Néant (1964) suit l’errance d’un jeune homme, quelques heures avant son départ pour le service militaire. Tiraillé entre rencontres inattendues et faux amis, les tracasseries administratives et les soucis d’argent, il promène sa dégaine de jeune homme moderne décontracté en apparence… Un premier film inédit en salles, étonnant, émouvant, fascinant où transparaît déjà la virtuosité d’un auteur.

Aleksandra Zawieruszanka et Jerzy Skolimowski dans Walkover. © Malavida

Walkover (1965) s’attache aux pas d’Andrzej Leszczyc, jeune homme sans attaches, ancien boxeur et polytechnicien, qui retrouve par hasard une femme qui l’a jadis trahi. Elle l’invite à l’accompagner dans sa journée et il en tombe amoureux. Mais il se laisse convaincre par une vieille connaissance de participer à un nouveau combat de boxe… Une œuvre marquée par une énergie peu commune et un romantisme exalté teinté d’humour noir, reprenant le personnage d’un rebelle brisé.

Avant de s’exiler en Angleterre en 1967, Jerzy Skolimowski signe Le Départ avec Jean-Pierre Léaud. Ce dernier incarne Marc, garçon coiffeur qui aime les voitures et veut participer à un rallye ayant lieu dans deux jours. Mais il n’a pas de voiture et a 48 heures pour trouver dans Bruxelles une Porsche ou de l’argent pour se la procurer. Un film singulier, Ours d’or au Festival de Berlin en 1967.

Jeremy Irons dans Travail au noir. © Malavida

Prix du scénario au Festival de Cannes en 1982, Travail au noir s’ouvre alors que trois maçons polonais et leur contremaître, Novak (magnifiquement interprété par Jeremy Irons), viennent à Londres rénover une maison, au noir. Novak, autoritaire, est le seul à parler anglais. Lorsqu’il prend connaissance du coup d’Etat en Pologne, il tait la nouvelle a ses compatriotes… Le plus récompensé et le plus grand succès public de son auteur.

Klaus Maria Brandauer et Robert Duvall dans Le Bateau-phare. © Malavida Atelier d’images

En 1985, le cinéaste part aux États-Unis où il poursuit une carrière exceptionnelle ponctuée de chefs-d’œuvre. Son premier film américain, Le Bateau-phare, débute alors que le Capitaine Miller récupère son fils adolescent, Alex, des mains de la police. De retour sur le Hatteras, un bateau-phare ancré au large des côtes de Virginie, l’équipage recueille trois hommes dérivant dans leur canot endommagé… Un huis clos captivant avec un duo de stars, Robert Duvall et Klaus Maria Brandauer, dans des rôles mémorables. Un thriller magistral, invisible depuis 30 ans.

Projections au Majestic, 54 rue de Béthune à Lille. Renseignements sur www.lemajesticlille.com