Gent Jazz Festival 2019 du 29 juin au 9 juillet

Musiques métissées

A une heure de Lille, Gand propose aux afficionados du jazz l’édition 2019 d’un festival digne des plus belles affiches européennes. La légendaire note bleue – mais aussi les musiques actuelles -, sera donc déclinée sur tous les temps avec une programmation conviant stars, artistes d’aujourd’hui et musiciens prometteurs. Tour d’horizon de quelques-uns des concerts à savourer.

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Diana Krall.

Têtes d’affiche…

Mystique, contemplative, instinctive : la musique de Yann Tiersen est plus que jamais imprégnée des paysages de sa Bretagne natale. Car l’auteur de la bande originale du Fabuleux Destin d’Amélie Poulain vit depuis quelques années à Ouessant, petite île nordique de 800 habitants. Un environnement sauvage qui résonne dans chaque recoin de ses ballades sonores, comme façonnées par la nature. Élaboré avec Gareth Jones, producteur de Depeche Mode, son dernier album, ALL, est le premier né de son nouveau studio, construit dans une ancienne boîte de nuit de l’île. Au programme : un écosystème atmosphérique mêlant mélodies de piano dépouillées et paroles chantées en breton, féroïen ou suédois. Cet été, le compositeur et multi-instrumentiste devrait envoûter le public du Gent Jazz Festival (29 juin).

Mulatu Astatke.

Découvert en 2005 grâce notamment au film Broken Flowers de Jim Jarmush, Mulatu Astatke n’est plus le secret le mieux gardé des musiques éthiopiennes. Depuis, celui qui est considéré comme le père de l’éthio-jazz offre désormais à tout un nouveau public ses musiques envoûtantes. Un jazz hors norme, à la fois cosmique et ondulatoire, qu’il sculpte dès la fin des années 1960 au vibraphone, sur ses congas ou un clavier Wurlitzer. Le maître – qui fut le premier étudiant africain du célèbre Collège de Musique de Berklee à Boston et qui joua notamment un temps chez Duke Ellington –, expose toujours avec la même fraîcheur son groove abyssinien. Il débarque à Gand afin de partager ses instrumentaux intemporels et ses harmonies singulières avec un public conquis d’avance (3 juillet).

Diana Krall.

Après l’embardée pop de Wallflower (2015), Diana Krall revient aux fondamentaux avec son quinzième et dernier album en date, Turn Up The Quiet (2017), qui rend un hommage appuyé à la tradition du Great American Songbook. La production est signée par Tommy LiPuma, le légendaire sorcier de la note bleue qui, juste avant de disparaître aura pris le temps de ciseler un écrin sonore à la voix et au piano de Diana Krall. Solide pianiste de combo, la star venue du grand Ouest canadien est aussi une meneuse. Sa marque de fabrique reste ce sens inné du tempo affiné auprès de ses mentors Ray Brown et Jimmy Rowles. Dès The Girl in the Other Room (2004), elle s’approprie les compositions originales de son mari Elvis Costello et un camaïeu de madeleines pop des années 1960 et 1970. Une immense artiste à ne pas manquer sur la scène du Gent Jazz Festival (8 juillet).

 

…et artistes à découvrir

 

Artiste en vogue chez les aficionados du nouveau jazz, Makaya McCraven a développé un processus, très marqué par la culture hip-hop, qui est devenu sa signature : sampler sa propre musique. Enregistrée en live, sur scène, elle est ensuite découpée, déplacée, triturée par son créateur omniscient qui donne lieu à une œuvre unique. Assister à un concert du batteur chicagoan nourrit la curiosité de ce que deviendra la musique entendue. C’est aussi l’occasion de prendre la mesure de son talent derrière les fûts. Makaya McCraven s’était amusé à se surnommer le beat scientist. Ses beats ciselés ne démentent pas l’information. Universal Beings, son dernier album, installe aussi une atmosphère qui doit beaucoup au spiritual jazz et qu’il nous tarde d’écouter en concert (3 juillet).

Terence Blanchard.

Plus de trente ans après avoir joué au sein des Jazz Messengers d’Art Blakey, Terence Blanchard lui rend hommage avec son projet A/B Squared. Le trompettiste et compositeur américain débarque d’ailleurs au festival fort d’une actualité brûlante. Compositeur attitré de Spike Lee depuis Jungle Fever (1991), récompensé par le Grammy Award de la meilleure composition instrumentale pour la BO du film BlacKkKlansman, Terence Blanchard est lui aussi habitué des projets artistiques à haute teneur politique. Son dernier album, Live (2018, Blue Note Records), a été enregistré dans trois villes américaines – dont Cleveland et Dallas – entachées par des tragédies entre forces de l’ordre et citoyens afro-américains. À la fois sombre et lumineux, il reflète la frustration et l’espoir de tout un peuple, appuyé par un E-Collective bluffant d’inventivité et de maîtrise que l’on retrouvera sur la scène gantoise (6 juillet).

Depuis son irruption sur la scène internationale il y a un peu plus de dix ans, le chanteur José James et sa voix envoûtante n’ont cessé de séduire. Pour son mélange élégant de ce qui constitue la Great Black Music, ce natif de Minneapolis avoue s’inspirer pêle-mêle de Marvin Gaye ou de John Coltrane. Dans une veine tantôt soul folk, hip-hop ou jazz, James s’installe dans le cercle fermé des vocalistes capables de prolonger le crossover créé par Ray Charles dans les années 1950. Après s’être penché sur Billie Holiday ou John Coltrane, son cinquième album, Lean On Me (2018), rend hommage à une autre légende, vivante celle-ci, de la musique populaire américaine, l’immense soulman Bill Withers. Douze compositions inoubliables de ce dernier, qui fête justement ses 80 ans en ce mois de juillet, produites par Don Was et enregistrées avec un groupe de haut vol à découvrir sur scène (7 juillet).

Julia-Holter.

Prodige de la nouvelle scène avant-gardiste américaine, Julia Holter n’a de cesse de composer des albums fascinants, où s’entremêlent pop et musique contemporaine. Trois ans après la sortie de Have You in My Wilderness, disque le plus accessible de sa collection, Julia Holter officialisait son retour en 2018 avec un cinquième album à la croisée des styles. Car Aviary associe les envolées lyriques et les synthés inspirés du Vangelis de Blade Runner, à une palette de violons et de percussions. Son point de départ ? Une citation extraite d’une nouvelle d’Etel Adnan «Dans une volière pleine d’oiseaux qui hurlaient…» Métaphore d’une année 2018 aux prises avec les crises incessantes, scandales politiques, catastrophes naturelles ? Chez l’artiste californienne, cela donne un kaléidoscope de sons, structures et textures, d’émotions à découvrir sur scène (4 juillet).

 

Programme complet sur www.gentjazz.com