L'emploi transfrontalier avec la Belgique

«Une attractivité modérée et contrastée»

Du neuf sur le marché de l’emploi transfrontalier : c’est ce qu’on peut découvrir à la lecture de la dernière publication de l’INSEE datée de mars dernier. Explications.

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Périmétrée sur les Hauts-de-France et la Belgique, cette étude fait le point général à partir des données de 2017 : 24 200 salariés résidant dans les Hauts-de-France travaillaient alors à l’étranger, essentiellement en Belgique. Ils représentaient 1,6% des salariés de la région. C’est un ratio qui stagne en raison de «conditions d’emploi moins favorables, notamment d’un point de vue fiscal, (qui) rendent aujourd’hui la Belgique moins attractive que par le passé. En effet, entre 2013 et 2017, le nombre de travailleurs frontaliers des Hauts-de-France a diminué alors qu’il a augmenté dans le sens inverse. Ainsi, près de 10 000 salariés arrivent de Belgique chaque jour dans la région».

Le travailleur transfrontalier est souvent un ouvrier de l’industrie manufacturière ; il ressemble aussi à un jeune travailleur du tertiaire qui exerce en Wallonie, malgré un taux de chômage deux fois plus élevé qu’en Flandre. La langue favorisant la Wallonie sur la Flandre, la première emploie les deux tiers des Français travaillant en Belgique. Conséquemment, les 23 700 salariés qui vont en Belgique sont à 97% issus du département du Nord. Ce marché se concentre en métropole lilloise et dans les communes frontalières.

Attractif dans les deux sens

En Belgique, les salaires sont en moyenne supérieurs de 14% à ce qu’il en est en France. Pour autant, la durée du travail est de 38 heures (contre 35 en France), les congés payés sont moins nombreux (20 jours au lieu de 5 semaines hors RTT), et l’âge légal du départ à la retraite est plus tardif (65 contre 62 en France). Fiscalement, les temps ont changé ; depuis le 1er janvier 2012, «tous les nouveaux contrats de travail obligent les travailleurs frontaliers français à payer leurs impôts sur le revenu en Belgique, où le taux de prélèvement est plus élevé qu’en France». La grande nouveauté dans ce rapport réside dans le nombre de salariés belges qui viennent travailler en France : on constate ainsi une augmentation de 14,2% (soit 10 500 personnes). L’écrasante majorité œuvre en métropole lilloise et la moitié d’entre eux ont le profil de l’ouvrier manufacturier.

L’ensemble de ces populations étaient, en 2015, à 71% des hommes (contre 53% des actifs totaux de la région), peu diplômés, de moins de 45 ans et vivant en couple. Géographiquement, ils sont très présents en Flandre-Lys, Tourcoing, le Béthunois et la Thiérache. Une autre tranche de population de travailleurs transfrontaliers est formée par des jeunes en contrat précaire (dans les secteurs administratif et de soutien), des seniors artisans (commerçants ou chefs d’entreprise) ou encore des ouvriers agricoles.

Encadré

Les bases de l’étude

Le fait de travailler à l’étranger est lié à différents facteurs. Une analyse permet de dégager les effets spécifiques des modalités de ces facteurs. En 2015, les ouvriers des Hauts-de-France ont une probabilité de travailler à l’étranger plus élevée que les autres catégories sociales : six fois plus que les indépendants, quatre fois plus que les cadres et trois fois plus que les professions intermédiaires. La probabilité d’être transfrontalier diminue très rapidement dès qu’on s’éloigne de la frontière : un salarié qui vit dans une commune frontalière a ainsi presque deux fois plus de chances d’être travailleur frontalier que ceux résidant de 1 à 10 minutes de la frontière en voiture. Un salarié ne possédant pas de voiture a quatre fois moins de chances d’aller travailler en Belgique. D’autres facteurs jouent également, mais de manière moins marquée. Ainsi, les femmes ont une probabilité inférieure de 30% à celle des hommes de travailler en Belgique. Plus le travailleur est jeune, plus il a de chances d’être transfrontalier : la probabilité est ainsi deux fois supérieure entre 24 et 34 ans qu’entre 54 et 64 ans. Enfin, le fait de résider à proximité d’un arrondissement francophone permet d’avoir 40% de chances supplémentaires d’être transfrontalier par rapport à ceux résidant à proximité d’un arrondissement néerlandophone. Pour cette étude, l’INSEE a utilisé neuf variables : le sexe, l’âge, le niveau de diplôme, la catégorie sociale, la structure familiale, le temps de trajet en voiture jusqu’à la commune frontalière française la plus proche, le caractère francophone de l’arrondissement belge le plus proche, la différence entre le taux de chômage de la zone d’emploi de résidence et le taux de chômage de l’arrondissement belge le plus proche, et la possession ou non d’une voiture dans le ménage. On attend la même chose avec les autres pays frontaliers des Hauts-de-France.