Partir en vacances… «à impact léger»

Bavarder avec des agriculteurs dans l’Aude, admirer les calanques marseillaises depuis un vieux train, bivouaquer sur une île déserte à 40 km de Paris… Le tourisme se transforme pour être plus respectueux de l’environnement, mais sans renoncer aux émotions.

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Le train du Montenvers vers la Mer de Glace à Chamonix. © Adobe Stock

Ils cherchent de nouvelles manières de voyager, mais sans renoncer au plaisir. Plusieurs pionniers présentaient dernièrement à Paris leurs propositions pour un tourisme qui fait la part belle aux rencontres, à la découverte et aux émotions fortes… près de chez soi. Ainsi, Juliette Labaronne propose de découvrir la France… depuis des vieux trains. Écolo convaincue, la jeune femme a voulu proposer un voyage sur le mode «slow», qui «lutte contre l’accélération générale». «Le trajet fait déjà partie du voyage» explique-t-elle, avant de rappeler qu’en Europe un voyage en train pollue 40 fois moins qu’un voyage  en avion. Son ouvrage, «Slow train, 30 échappées ferroviaires en mal de nature» est paru chez Arthaud, en avril dernier. Le principe : chaque «échappée» propose de redécouvrir des  lignes de train un peu oubliées, comme «la ligne des hirondelles» dans le Jura, ou celle qui passe sur un viaduc avec vue imprenable sur les Calanques à l’Ouest de Marseille…

Pour chaque «échappée», l’auteure a choisi des arrêts possibles, et pour chacun d’eux, une liste d’activités de plein air,  accessibles à pied ou à vélo, mais aussi des petits marchés, un hébergement, même un Resto étoilé. L’ouvrage se veut pratique, avec cartes illustrées et bons plans, mais aussi «inspirant», avec  images, informations historiques et anecdotes sur ces ouvrages ferroviaires, comme ce curieux tunnel «en escargot». «J’ai voulu faire découvrir ce patrimoine, donner l’idée d’aller redécouvrir ce réseau. En France, on parle seulement  du TGV, mais il y a beaucoup d’autres lignes. On y pense moins pour faire du tourisme. (…) Pourtant, il y a des possibilités incroyables», explique Juliette Labaronne. C’est une expérience personnelle qui est à l’origine du projet : conseillée par un collègue de la SNCF, elle a pris l’Intercités Paris-Lyon au lieu du TGV. «Ça a été un vrai coup de cœur. Ce n’était pas le speed du TGV. Il y a une ambiance différente, plus cool», explique la jeune femme, évoquant  cinq heures de détente dans le compartiment du train corail, où on s’installe, discute avec ses voisins, lit et regarde le paysage…

Hymne à la marche et à la terre

«Nous sommes dans la même tendance du slow tourisme, de faire redécouvrir la France», enchaîne Clotilde Charron, cheffe de projet à l’association «Au cœur des paysans». Depuis deux ans, celle-ci propose «de traverser la France à pied, en rencontrant des agriculteurs». Pourquoi la marche ? «Elle est accessible à tout le monde. Elle a aussi  le potentiel de faire redécouvrir la France à un autre rythme, qui vous reconnecte à vous-même, à la nature, et vous donne le temps de rencontrer d’autres personnes», détaille la jeune femme. Sur le site Internet de l’association, sont proposées, gratuitement, des idées des randonnées à pied, sous forme d’itinéraires d’un ou plusieurs jours. Elles sont basées sur le réseau dense des sentiers de grande randonnée. Il est également possible de prendre rendez-vous avec les agriculteurs pour leur rendre visite. Petites ou grandes fermes, maraîchage, élevage, y compris d’escargots…

Une grande diversité de paysans a adhéré. Isolés, «ils sont très contents d’ouvrir leur ferme», commente Clotilde Charron. Certains sont en agriculture bio, d’autre «raisonnée», ou encore «de précision», «il n’y a pas de chapelle», explique Clotilde Charron. L’association a commencé par couvrir la «diagonale du vide», la zone la plus faiblement habitée de France, dans les Ardennes ou les Pyrénées. Pour l’instant, elle propose quelque 700 kilomètres de randonnées à travers la Bourgogne, la Meuse, l’Aude,  ou la Haute-Marne… «On découvre aussi l’histoire de France», ajoute Clotilde Charron. Comme dans les Ardennes, dans ces sites dont la guerre a bouleversé le paysage à jamais. A l’origine, c’est un passionné d’agriculture, Jean Houdouin, qui a créé l’association, pour «pour recréer un lien entre les deux mondes (…). Il y a 50 ans, on avait tous un oncle qui avait un lien à la terre. Aujourd’hui, les générations qui sont nées en ville, ont leurs parents qui y sont nés aussi. Il existe une vraie fracture ville/campagne», commente Clotilde Charron.

Des micro-aventures près de chez soi

La lenteur n’est pas nécessairement de mise avec Thibaut Labey, co-fondateur de Chilowé. Lui, son objectif, «c’est de mettre tout le monde dehors», de donner à chaque citadin la possibilité de vivre des «micro-aventures», sans pour autant partir loin, cher et en polluant… Un exemple ? Parcourir 42 km en kayak depuis la Défense à Paris, pour aller camper sur une île déserte à Herblay-sur-Seine. Pour un prix dérisoire, un week-end, «complètement dingue», commente Thibaut Labey. Son site internet fournit des idées pour réaliser de petits voyages originaux dans la nature, près des métropoles, et avec des moyens très limités. Les aspirants «micro-aventuriers» peuvent se mettre en relation entre eux et partir ensemble. Déjà, des groupes se sont constitués dans les grandes villes, comme Lyon ou Bordeaux. Par exemple, cinq «micro-aventuriers» sont partis dans une cabane dans le Vercors, sur la proposition de l’un d’entre eux, sans se connaître. Chacun apporte sa spécialité, comme Amélie, fan de bikepacking, vélo pratiqué avec très peu de bagages, ou Etienne, qui connaît par cœur les petits cours d’eau, et adore les parcourir en  packraft, des kayaks gonflables…

Chilowé organise également  aussi des séjours pour groupes et entreprises, via  une agence de voyage, Serendip, basée à Lyon. Il y a aussi un «guide chilowé Paris», version papier, qui propose 134 micro-aventures à vivre autour de la Capitale. Avant de créer Chilowé, Thibaut Labey avait monté l’opération «les facteurs du Mékong» – 20 000 km en tuk-tuk  de Phnom-Penh à Paris. Conscient de l’impossibilité de réaliser à nouveau une  telle démarche, il a choisi de faire du vélo… en France. «J‘ai traversé 1 600 km en 12 jours. J’ai renoué avec les sensations de la route en Turquie ou Ouzbékistan, les découvertes et les rencontres», se souvient-il. A partir de cette  «micro-aventure», le jeune homme a rencontré d’autres «micro-aventuriers» «qui faisaient des trucs de dingue, le temps d’un week-end»…