Festival Jazz Middelheim du 15 au 18 août à Anvers

Sortilèges de la note bleue

Alors que les grands festivals de jazz sont concentrés en été dans le sud de l’Hexagone, Anvers propose aux afficionados, à moins de deux heures de Lille, un passionnant festival conviant stars d’aujourd’hui et musiciens prometteurs. Bref aperçu des artistes à ne pas manquer.

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Joe Lovano © Craig Lovell
Pharoah Sanders © DR

Le Jazz Middelheim, qui se tiendra dans le parc anversois Den Brandt, confirme sa réputation internationale de festival de jazz novateur et invite le public à d’enivrants concerts mêlant quelques légendes de la note bleue et jeunes turcs du jazz d’aujourd’hui. Cette édition 2019 s’ouvrira avec le saxophoniste Pharoah Sanders, héraut du free jazz expressionniste, courant artistique apparu dans les années soixante. Car ce rebelle espiègle a joué un rôle de pionnier durant cette période avec ses riches tonalités. Durant sa collaboration avec John Coltrane, il a réalisé quelques-uns des ensembles les plus controversés. Le temps a eu raison de la férocité, et Sanders, du haut de ses 78 printemps, joue de manière plus raffinée, plus précise. Mais toujours avec la même passion indomptable pour le partage et l’abandon à la musique. En quartet, cette légende vivante sera accompagnée par Benito Gonzalez (piano), Oli Hayhurst (basse) et Gene Calderazzo (batterie) pour un concert qui s’annonce renversant (15 août).

Ambrose Akinmusire © DR

Le même jour, le public pourra entendre l’un des jeunes artistes les plus prometteurs de la planète jazz : le trompettiste américain Ambrose Akinmusire. Originaire d’Oakland (Californie), il attire d’abord l’attention du saxophoniste Steve Coleman avant de publier un premier album, Prelude (To Cora), à l’âge de 19 ans. Il s’installe alors à New York où il se produit avec Jason Moran, Ron Carter, Herbie Hancock ou Wayne Shorter. Chacun devine que le trompettiste, créatif et surprenant, est de ceux sur qui le jazz contemporain peut désormais compter. Sur les albums When The Heart Emerges Glistening puis The Imagined Savior Is Far Easier To Paint (Blue Note), l’artiste y dessine des paysages, des visions, des états de grâce, explorant les deux faces de son tempérament : l’introspection et l’effusion lyrique. Sur la scène anversoise, il jouera les compositions éclectiques de son dernier opus, Origami Harvest, oscillant entre jazz, hip-hop, soul et funk.

Toujours le 15 août, avec pas moins de 4 concerts (!) sur la Garden Stage, le bassiste américain Reggie Washington se produira avec différentes formations. Parmi celles-ci, il ne faudra pas manquer le projet New Vintage Acoustic qu’il partage avec trois musiciens d’exception. Tout d’abord, le fantastique claviériste Bobby Sparks, révélé par Roy Hargrove, pilier de Snarky Puppy, l’un des meilleurs groupes de fusion instrumentale du moment. Ensuite, son fidèle complice, le saxophoniste belge Fabrice Alleman, compositeur, improvisateur et mélodiste hors pair dont Reggie adore l’énergie, le lyrisme et le swing contagieux. Enfin, le batteur E.J. Strickland aux influences très diverses comme Elvin Jones, Roy Haynes ou Tony Williams. Le répertoire du quartet entremêle standards et morceaux originaux aux subtiles combinaisons de jazz, funk, blues et néo-soul.

Joe Lovano © Craig Lovell

Colosse du sax ténor, né en 1952 à Cleveland, Joe Lovano fut très tôt pris par le jazz. Dès son cinquième anniversaire, son père saxophoniste lui offre son premier saxophone et emmène régulièrement son fils au concert et dans les jams sessions. En 1971, au cours de ses études à la prestigieuse Berklee College of Music à Boston, le musicien rencontre les guitaristes Bill Frisell et John Scofield. Joe Lovano rejoint en 1981 la formation du batteur Paul Motian et y retrouve Bill Frisell. La sidérante harmonie musicale entre les trois complices suscite de la part du public un incroyable engouement. Un lyrisme du saxophoniste que remarque également le contrebassiste Henri Texier. Dès lors, le français embarquera le musicien, avec le bassiste électrique Steve Swallow et le batteur Aldo Romano, à bord de son Transatlantik Quartet. Auteur d’une œuvre qui impressionne par sa diversité, Joe Lovano s’impose surtout comme l’un des saxophonistes-clés de la fin du XXe siècle, au même titre que ses pairs, David Liebman et Michael Brecker, avec lesquels il forma le «Saxophone Summit», de 1996 à 2007. Combinant une véritable souplesse rythmique avec une grande aisance harmonique il incarne une sorte de mémoire vive embrassant sans distinction tradition et avant-garde. Accompagné par la subtile pianiste Marilyn Crispell et le batteur Carmen Castaldi, partenaire de longue date de Joe Lovano, ce dernier jouera les compositions de son dernier opus, Trio Tapestry (ECM), dont les textures délicates devraient enchanter le public (18 août).

Programme complet sur www.jazzmiddelheim.be

 

Enrico Rava © DR

 

Une légende du jazz européen

Avec quatre jours d’avance, le fabuleux trompettiste et compositeur Enrico Rava fêtera ses 80 ans sur la scène anversoise (16 août). Originaire de Trieste, l’un des jazzman italien les plus connus à l’international a produit une centaine d’enregistrements, dont près de 40 en leader, en plus de 50 ans de carrière. Grand admirateur de Chet Baker et de Miles Davis, il a joué dans les années 1960 avec Gato Barbieri, Don Cherry, Mal Waldron et Steve Lacy, puis à New York, au sein du Jazz Composer’s Orchestra de Carla Bley. A partir de 1972, année de son premier album en leader, il multiplie les tournées et les enregistrements dans le monde entier, avec des musiciens américains et européens. Maintes fois élu meilleur musicien de l’année par la revue italienne Musica Jazz, figure légendaire du label ECM, Enrico Rava continue à nous ravir avec un son de trompette d’une élégance absolue et d’un minimalisme apaisant. Accompagné par Francesco Bearzatti (saxophone ténor), Giovanni Guidi (piano), Francesco Diodati (guitare), Gabriele Evangelista (contrebasse) et Enrico Morello (batterie), ce géant du jazz devrait nous gratifier d’un concert mémorable !