Recyclage

Des sacs pour soutenir les couturières de la région

Ancien contrôleur de gestion, Louis-Arnaud Motte vient de créer Hauts de couture, une entreprise qui aide à compléter le faible revenu des couturières indépendantes de la région. Elles fabriquent des sacs responsables, ou ResponsaC, en recyclant des matériaux récupérés auprès d’industries de la région.

Avec lui, la Fashion Revolution – date à laquelle les grands couturiers mettent leurs employés à l’honneur – ne se résume pas à un jour dans l’année. Louis-Arnaud Motte est fondateur de Hauts de couture, une entreprise inaugurée au printemps dernier.

La marque vend des «ResponsaC» : des sacs de différentes tailles cousus par des couturières indépendantes de la région à partir de matériaux récupérés auprès d’industries locales. Le revêtement est fait à partir de toiles de jute qui ont servi à transporter le café d’une enseigne bien connue des Lillois – «je ne peux pas révéler laquelle pour le moment», explique l’entrepreneur. La doublure, elle, vient d’une mercerie qui a fermé ses portes il y a cinq ans. Les anses sont des bouts de sangles de crossfit données par Decathlon à cause de défauts de fabrication.

À l’heure du fast fashion, où les consommateurs achètent des vêtements de manière compulsive dans de grands magasins, les couturières peinent à vivre de leur travail de retouche et de création. Le but de Louis-Arnaud Motte est de leur d’offrir un complément de revenu par la confection de ces sacs. L’entrepreneur voit, certes, une démarche écologique dans sa méthode de récupération de matériaux, mais surtout le moyen de confectionner des sacs à moindre coût. «Je peux alors me permettre de reverser la moitié du prix de vente du sac à la couturière qui l’a fait. Je me vois comme un porteur d’affaires», explique le fondateur.

Le prix de la création dépend du temps nécessaire à la fabrication. «Un sac de sport coûte 59 euros parce que cela prend deux heures à faire. Un tote bag coûte 39 euros.» Les prix sont relativement bas comparativement à d’autres marques eco-friendly, mais ils restent assez élevés pour permettre aux salariées d’être rémunérées l’équivalent de deux fois le Smic horaire pour chaque confection.

Une main-d’œuvre en turn-over

Pour aider ses salariées, Louis-Arnaud Motte va plus loin : «Mon objectif est vraiment de sauvegarder l’emploi des couturières. Je ne veux pas les garder indéfiniment chez Hauts de couture, mais plutôt leur donner l’opportunité de trouver d’autres clients. Le ResponsaC n’est qu’un moyen de communication pour elles.» Ainsi, dans chaque sac, le client ne trouve pas la carte de visite de Hauts de couture, mais une carte avec les coordonnées de la personne qui a réalisé le produit. «Si par la suite la couturière n’a plus le temps de travailler pour moi, c’est tant mieux. Une autre personne qui aura besoin de mes services prendra sa place», continue le fondateur.

Pour le moment, une vingtaine de couturières travaillent pour Hauts de couture, dont sept issues de la Fabrique de l’emploi de Tourcoing et quatre de la Fabrique de l’emploi de Loos. Ces structures sont des entreprises à but d’emploi, impulsées par la MEL. «Le but est de recruter une couturière par semaine à partir de septembre car il n’y a pas assez de main-d’œuvre pour le moment.» Après la vente de près de 400 sacs sur le marché de Noël de Roubaix en hiver dernier, la production a été mise en pause cet été pour organiser un travail de plus grande ampleur : Hauts de couture vient de lancer une campagne de crowdfunding sur Kiss Kiss Bank Bank et voudrait fabriquer 1 500 créations d’ici décembre. Certains ResponsaC sont déjà en vente dans la boutique Ullys de Lille. D’autres seront bientôt disponibles au Grand Playground de la galerie des Tanneurs, sur le Marché zéro déchet de Roubaix et dans les rayons de Auchan Roncq.

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Louis-Arnaud Motte propose aussi aux entreprises de s’occuper de leurs goodies. «Nous pouvons faire des ResponsaC avec un logo et une étiquette au nom de l’entreprise cliente. Mais nous imaginons aussi des concepts plus originaux : en mai dernier, nous avons créé un mur de pots de fleurs en toile pour le lancement du projet d’aménagement Quai 22, au bord de la Deûle», se souvient-il.

À l’avenir, l’entrepreneur envisage de contracter une levée de fonds. Pour l’instant, ses couturières travaillent dans leur propre atelier et à la Fabrique de l’emploi de Tourcoing, où les toiles de jutes récupérées sont lavées et stockées. Son objectif sera alors d’offrir à ces petites mains un local commun, équipé à la pointe.