Les livres de la semaine

Un monde sans rivage Avec ce magnifique roman voyageur, Hélène Gaudy nous emmène sur les terres immaculées du Grand Nord pour un périple à travers plusieurs époques en compagnie de trois explorateurs. Car en juillet 1897, Salomon August Andrée, Knut Frænkel et Nils Strindberg s’envolaient dans une montgolfière dans l’espoir de rejoindre le pôle Nord […]

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Un monde sans rivage

Avec ce magnifique roman voyageur, Hélène Gaudy nous emmène sur les terres immaculées du Grand Nord pour un périple à travers plusieurs époques en compagnie de trois explorateurs. Car en juillet 1897, Salomon August Andrée, Knut Frænkel et Nils Strindberg s’envolaient dans une montgolfière dans l’espoir de rejoindre le pôle Nord par les airs… et disparaissaient dans des circonstances demeurées inconnues pendant longtemps. Parmi les vestiges retrouvés en 1930 sur l’île Blanche se trouvent des rouleaux de négatifs, qui seront développés avec le plus grand soin et une centaine de clichés sauvés. À partir des photographies et du journal de bord de l’expédition, l’auteur retrace et imagine la grande aventure d’un envol et d’une errance. Ces trois hommes seuls sur une terre hostile, insuffisamment préparés, mus par l’exaltation de la découverte et l’ambition de la postérité, symbolisent ainsi l’impérieux besoin de l’homme de découvrir, conquérir et, in fine, rétrécir le monde. De la conquête des airs à l’exploration des pôles, ce texte poétique conjugue une subtile méditation sur l’effacement et une déclaration d’amour à la photographie, laquelle fige les souvenirs et ouvre sur l’imaginaire.

Un monde sans rivage d’Hélène Gaudy (Editions Actes Sud).

 

Ce que l’on sème

Admiratrice de Toni Morrison, Regina Porter signe un émouvant roman dans la belle lignée de la romancière récemment disparue. Entrecroisant la vie de deux familles américaines, l’une noire, l’autre blanche, depuis les années 1950 jusqu’à la première année du mandat d’Obama, elle suit ainsi les pas de James Vincent, d’ascendance irlandaise, fuyant un foyer familial compliqué pour faire des études de droit à New York où il deviendra un brillant avocat. De son côté, Agnes Miller, une jeune femme noire à l’avenir prometteur, voit son rendez-vous amoureux tourner au cauchemar lorsque la police arrête sa voiture sur une route déserte de l’État de Géorgie. Les conséquences de cette nuit funeste influeront sur sa vie et celle de ses descendantes. Pendant plus de six décennies de changements radicaux, les familles de James et Agnes demeureront inextricablement liées. Au long de cette intense fresque familiale et amoureuse, ponctuée de photos en noir et blanc d’une époque disparue, ce roman à la remarquable construction donne vie à des personnages profondément humains mais témoigne aussi des mutations d’une nation sur plus d’un demi-siècle.

Ce que l’on sème de Regina Porter (Editions Gallimard – Traduit de l’anglais (États-Unis) par Laura Derajinsk).

 

Les Nouveaux Héritiers

Ce puissant roman enraciné dans la grande tradition naturaliste américaine s’ouvre en 1914, sur la côte sauvage de Floride. Isaac, jeune artiste amoureux de la nature au passé mystérieux, fait la rencontre de Kemper Woolsack, une héritière rebelle à son étouffante famille. Le frère aîné de Kemper, Angel, dissimule un secret qui l’éloigne des siens, et son jeune frère Red domine mal une violence qui effraie jusqu’à sa propre famille. Décidant de fuir ces conflits, Isaac et Kemper se construisent un refuge sur la côte du Golfe. Mais leur bonheur est de courte durée ; alors que la région se retrouve en proie aux tempêtes estivales, le pays est saisi par la fureur précédant la Première Guerre mondiale… Roman intime et fresque ambitieuse, Les Nouveaux Héritiers entremêle histoire d’amour et drame familial à travers une écriture d’une âpre intensité et d’une justesse impressionnante.

Les Nouveaux Héritiers de Kent Wascom (Editions Gallmeister – Traduit de l’anglais (États-Unis) par Éric Chédaille).