Avec la perspective d'un no deal

Brexit : les entreprises doivent se préparer

Ne pas anticiper les conséquences du Brexit pourrait être fatal aux entreprises en relations commerciales avec le Royaume-Uni. C’est le message martelé lors des Rencontres régionales de l’économie consacrées au Brexit, le 8 octobre, à la CCI Hauts-de-France à Lille.

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Les dernières Rencontres Régionales de l'Economie étaient consacrées au Brexit et à la nécessite pour les entreprises d'anticiper.

Face à l’incertitude sur les modalités de sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne, des entreprises privilégient l’attentisme. Une grave erreur selon Xavier Bertrand, président de la Région des Hauts-de-France : «Nos voisins britanniques se sont tiré une balle dans le pied. Ne faisons pas la même chose. Anticipons le Brexit en nous préparant au no deal. Notre ambition est d’aider les entreprises régionales à passer le cap.» Même avertissement du côté de l’Etat. Xavier-Yves Valère, délégué au développement de l’axe Nord, souligne que les services de l’Etat sont mobilisés à tous les échelons depuis plus d’un an pour se préparer au no deal. «Nous avons fait le job», résume-t-il, avant de lister les actions : mise en place opérationnelle à la frontière (locaux, recrutements, etc.), dispositif numérique de contrôle des marchandises (SI-Brexit), plan de gestion de crise routière international, coordination des échanges entre les interlocuteurs… «Les autorités publiques sont prêtes, c’est aux entreprises maintenant de se préparer.»

Les institutions appellent les entreprises des Hauts-de-France à anticiper les conséquences du Brexit.

Ce que redoutent les entreprises régionales, c’est surtout la complexité des formalités douanières, selon une consultation de la CCI Hauts-de-France (47%). Les autres craintes portent sur les difficultés de circulation des marchandises et des services (36%) et les retards de livraison et d’approvisionnement (35%). «Si vous anticipez, tout se passera bien, rassure Gilbert Beltran, directeur régional des Douanes. Cela permettra de limiter les attentes et les coûts.» Un système de frontière intelligente est prêt pour permettre la fluidité des flux de marchandises dans les ports (SI-Brexit). Le principe : un traitement en amont par les douanes des formalités et des déclarations dématérialisées pour permettre ensuite la vérification et le contrôle pendant la traversée. «Mais cette fluidité ne pourra exister que si les transporteurs anticipent et sont à jour dans leurs déclarations et leurs formalités», insiste Stéphane Raison, président du directoire du Port de Dunkerque. Sinon, il y aura obligation de contrôle physique à la frontière et donc des conséquences sur les délais et sur les coûts. 

Les contraintes administratives n’inquiètent pas outre mesure Francis Castelin, directeur général Ziegler France, venu témoigner des conséquences du Brexit pour son entreprise. «L’administratif, ça ira : nous nous sommes préparés en interne. Mais c’est la partie physique qui m’inquiète le plus. Un tiers de la logistique de flotte est assurée par des transporteurs de l’Europe de l’Est. Si le passage de la frontière est compliqué, ils n’iront pas et nous craignons une explosion des frais de logistique. Nous avons également une crainte sur le phénomène de barrage à la frontière. Les pires scénarios évoquent 150 km de bouchon pour sortir de l’Angleterre. Dans les semaines qui suivront le Brexit, les exportateurs ne pourront pas s’engager sur des délais de livraison.»

Un problème qu’a anticipé la société Weylchem (Oise), fabricant de produits chimiques et intermédiaires chimiques. «Nous avons essayé de limiter les conséquences directes en diversifiant nos fournisseurs de matières premières et de produits fournis», témoigne Géraldine Primazot, responsable sécurité produits et affaires réglementaires. 

La non-anticipation pourrait donc compliquer et réduire les échanges économiques entre les Hauts-de-France et le Royaume-Uni alors que nos voisins d’outre-Manche représentent près d’une exportation régionale sur dix, le premier excédent commercial de la région et le 4e pays investisseur en Hauts-de-France.