À Calais, la montée en puissance du Sevadec

De l’or dans les tuyaux ?

Le Syndicat d’élimination et de valorisation des déchets du Calaisis (Sevadec) développe, avec son prestataire Octeva, ses capacités de valorisation à grande échelle avec l’arrivée, le 2 décembre dernier, de deux tuyaux fermentescibles rotatifs. La partie manquante à l’installation et la mise en service de son second digesteur va lui permettre de tripler ses capacités. Explications.

 

Dans les déchets comme ailleurs, la tuyauterie, c’est d’abord une question d’économie. La loi sur la transition énergétique conduit les opérateurs publics traitant les déchets à payer aujourd’hui plus cher les solutions d’enfouissement que la valorisation desdits déchets. «On parle de 400 000 euros par mois pour un établissement comme le Sevadec», glisse Guy Allemand, maire de Sangatte et président du Sevadec, récemment réélu à la faveur de l’élargissement de l’Agglomération. Après avoir terminé son deuxième digesteur de déchets en septembre dernier, le Sevadec parachève l’installation de l’équipement qui va acheminer les matières vers le ventre de béton du bout de la zone Marcel-Doret : deux tubes de fermentation rotatifs (TFR) d’acier qui tournent à la vitesse de 1,5 tour/minute. «Sous l’effet conjugué des actions mécaniques et biologiques, les sacs poubelles sont ouverts et la fraction biodégradable (déchets de cuisine, papiers/cartons souillés…) contenus dans les déchets ménagers va subir une réduction granulométrique. Les autres fractions (plastiques, textiles, métaux ferreux et non ferreux) restent intacts et seront séparés aisément via l’étape de tri mécanique suivante.» Au bout du process, le méthane est transformé en électricité.

De l’énergie pour tous ?

Après quatre jours de transport, un peu plus long que prévu, le convoi exceptionnel a dû traverser la ville, éviter les ponts, pour livrer en six morceaux les deux tubes géants (4,5 mètres de diamètre pour 36 mètres de longueur et un poids total de 163 tonnes…). Pour la pose, on est dans l’horlogerie : le béton sera raboté très finement pour accueillir les tubes. «Ce type de technique pour les déchets avait été laissé de côté par l’État qui y revient parce qu’il s’est rendu compte que le tri à la source ne dépasse pas les 55% de déchets triés», explique le président. Avec une capacité de 60 000 tonnes et un bassin de 160 000 habitants, l’établissement va pouvoir accueillir plus de déchets d’ici la fin de son contrat en 2024. En mutualisant les deux digesteurs, les capacités en gaz vont pouvoir permettre à l’Agglomération de penser à d’autres projets énergétiques. «On a une réserve foncière suffisante pour un troisième digesteur. Dans les ordures ménagères, il reste 25% de fermentescibles. Au final, l’idée est de consommer sur place l’énergie produite», ajoute Guy Allemand. Il est attendu que le territoire aura les capacités de pousser des projets environnementaux comme les bus à gaz. Cette nouvelle installation de gestion de déchets va permettre au Sevadec de réduire son taux d’enfouissement et de montrer la voie à d’autres dans les Hauts-de-France. Une étude sur la massification des déchets est en cours au Pôle métropolitain de la Côte d’Opale (PCMO).