Smart

Auto-entrepreneur mais salarié, c’est possible

L’entreprise partagée Smart est présente dans la région depuis dix ans. Près de 25 000 créateurs d’entreprise sont membres de cette coopérative venant en aide aux indépendants de France et de Belgique. Cette année, la gouvernance a changé, et les adhérents bénéficient d’encore plus de libertés.

Le duo franco-belge Anne-Laure Desgris et Maxime Dechesne remplacent l'ancien PDG Sandrino Graceffa en tant qu'administrateurs délégués.

Vivre de son projet sans s’encombrer des inconvénients du statut d’auto-entrepreneur, c’est la promesse de Smart. Cette «entreprise partagée», à laquelle chaque membre adhère en tant que salarié, permet de lancer son activité professionnelle en partageant un porte-monnaie, une sécurité sociale et des assurances en commun, «ce qui accorde entre autres un cadre légal sécurisant, la certitude de s’offrir un salaire quels que soient les impayés, et le conseil de professionnels pour mener à bien ses affaires», souligne Maxime Dechesne, co-administrateur délégué de Smart.

Présents dans quatre villes des Hauts-de-France

Fondée en Belgique en 1998, cette coopérative est présente dans cinq pays, dont la France, depuis 2009. «Historiquement, c’est dans les Hauts-de-France qu’on est le plus présent, avec quatre bureaux à Lille, Amiens, Béthune et Arras. Ceci, grâce à un partenariat avec la coopérative Grands Ensembles et de multiples aides, notamment de la Région et de l’État», continue Maxime Dechesne.

Si à ses débuts Smart avait été créée pour aider les professionnels du secteur artistique, ses membres viennent aujourd’hui de tous horizons. «À présent, les problématiques des intermittents du spectacle sont le lot de toute sorte d’entrepreneurs, admet Maxime Dechesne. Smart, c’est aussi un choix politique, c’est se positionner contre le néolibéralisme et l’individualisme. Ils rendent l’auto-entrepreneur trop malléable : il est prêt à s’éloigner de son projet initial par peur du chômage. Ici, on montre qu’ensemble, on est plus fort que tout seul, c’est une conception de la société.» L’entreprise partagée compte environ 3 000 créateurs membres dans l’Hexagone, dont 870 dans les Hauts-de-France.

«Ici, on montre qu’ensemble, on est plus fort que tout seul, c’est une conception de la société»

Pour y entrer, pas de sélection. De la personne en activité qui décide de se faire guide touristique le week-end au chef d’entreprise qui compte déjà plusieurs salariés… toutes les portes sont ouvertes. «En théorie, on peut adhérer à Smart en remplissant un formulaire sur Internet, mais, en pratique, nous organisons des réunions de présentation du concept chaque semaine, puis nous prolongeons avec des rendez-vous individuels pour ouvrir un compte et commencer à voir comment intervenir en tant que conseiller», explique l’administrateur délégué.

Une nouvelle gouvernance

Depuis octobre dernier, le duo franco-belge Anne-Laure Desgris et Maxime Dechesne remplacent l’ancien PDG Sandrino Graceffa en tant qu’administrateurs délégués. En France, cette nouvelle gouvernance est signe d’une nouvelle organisation de la démocratie participative chère à Smart au cours de ses assemblées générales. «Le PDG ne peut pas s’enrichir sur le compte de Smart, rappelle Maxime Dechesne. Il a juste le rôle de gouvernant. Les salariés sont propriétaires de l’entreprise, et un membre est égal a une voix.» Ainsi, pour que chaque membre ne vote plus «à l’aveugle» mais en pleine conscience des décisions menées, Smart leur propose de travailler tout au long de l’année en groupes de travail sur une thématique précise. Cette année, les créateurs salariés de Smart se demanderont quel public, quels services, quel modèle économique et quelle gouvernance aura Smart à l’avenir. «À l’AG suivante, on mettra en commun les conclusions trouvées et on votera la décision qui réunira le plus de monde. En Belgique, cela fait quatre ans qu’on fonctionne ainsi.»

 

Sandrino Graceffa était l’ancien dirigeant de Smart. (crédit : Joëlle Lê)