Entretien avec Pierre Marchica, PDG de la brasserie 3 Monts

En 2020, la brasserie 3 Monts fête son centenaire

La brasserie 3 Monts (25 salariés pour un chiffre d’affaires de 12 millions d’euros), installée à Saint-Sylvestre-Cappel, dans les Flandres, passe cette année le cap des 100 ans. À cette occasion, Pierre Marchica, son jeune PDG présente les festivités liées à cet événement. Il revient sur la réussite de cette entreprise familiale qui brasse près d’une dizaine de bières sur site et exporte ses produits, dont l’emblématique bouteille 3 Monts de 75 cl, jusqu’en Nouvelle-Zélande.

« Pierre Marchica » crédit photo : JBA pour Aletheia Press.

La Gazette : Ces 100 ans, ça représente quoi ?

Pierre Marchica : Cent ans pour la brasserie, c’est d’abord une fierté d’avoir passé les âges avec des périodes moins florissantes. Une fierté aussi d’avoir su valoriser un héritage. Mais c’est mon métier de faire de la bière pression.

Qu’est-ce qui a changé depuis que vous avez repris l’entreprise familiale en 2011 ?

La bière n’a pas changé. C’est toujours la même depuis le début des années 1980. Cependant, je pense que ce qu’on a apporté avec toute l’équipe, c’est la modernisation de nos techniques avec toujours des méthodes ancestrales, et c’est surtout le développement de la marque 3 Monts autour d’autres saveurs, afin de proposer des instants de dégustation un peu différents et plus variés à nos consommateurs.

Depuis que vous avez pris la tête de l’entreprise, vous lui avez donné, en quelque sorte, un nouveau souffle…

Sur les dix dernières années, la production s’est bien développée. Le marché est dynamique, mais il faut en profiter pour convaincre les consommateurs qu’on peut proposer de belles choses, tout en respectant nos valeurs flamandes que l’on souhaite diffuser à l’échelle nationale. Je parle ici de valeurs de générosité, de simplicité, de force de caractère. Si ces éléments-là, on les retrouve dans nos produits, je pense qu’on arrivera à grandir encore. Aujourd’hui, la 3 Monts représente 80% de nos volumes sous ses différentes propositions gustatives. On a la 3 Monts blonde, qui reste notre fer-de-lance ; la 3 Monts grande réserve, qui représente 5 000 hectolitres ; la 3 Monts saison, qui se développe bien avec ses 2 000 hectolitres ; et enfin la 3 Monts bio lancée l’an dernier, soit 1 000 hectolitres. On a de belles perspectives d’avenir. On a également lancé de nouvelles marques et de nouveaux goûts pour toucher de nouveaux consommateurs, je pense ici à la Houthakker.

Qu’est-ce qui fait votre force ?

On a notre savoir-faire ancestral, qu’on respecte. On le fait surtout par conviction, et par respect pour le consommateur, car nous sommes d’abord brasseur de bière ! Nous sommes sur un produit de grande consommation. Ensuite, plus on fabrique, plus on réduit les coûts fixes, c’est une réalité économique. Notre ambition est d’atteindre 140 000 hectolitres d’ici 2025. Pour cela, on a beaucoup investi. Chez nous, il y un dicton qui dit : ‘‘Pour un euro investi, un euro de chiffre d’affaires en plus’’… Ces dix dernières années, on a investi 10 millions d’euros pour développer notre outil de production, qu’il s’agisse de nos capacités, de la qualité ou des conditions de travail. On a maintenant plus de flexibilité et d’agilité, avec ce plaisir de faire des produits qui sont sur le plan gustatif les plus intéressants possibles.

Cela va nécessiter des travaux d’agrandissement…

Nos installations sont très bien adaptées pour atteindre les 140 000 hectolitres. Par contre, il va nous manquer de la cuverie, c’est vrai. Mais quand on sera dans le cadre des 100 000, on pourra y réfléchir. Pour l’instant, nous sommes à 80 000, et on ambitionne 90 000 l’an prochain. Surtout, on vient de faire un bel investissement de 4 millions d’euros sur la ligne d’embouteillage qui arrive en mars 2020. Ce sont des travaux qui vont nous permettre de faire de nouveaux formats de bouteille – sept différents au total –, d’être efficaces sur les gros volumes qu’on fabrique, notamment en 3 Monts par exemple. Après, nous sommes une entreprise familiale, il n’y a pas quelqu’un dans une tour à New York qui va nous disputer si on atteint notre objectif avec un an de retard. Il faut juste que ça se fasse sainement. Ce qui est sûr, c’est que si on ne se donne pas d’objectif, on ne risque pas de les atteindre. C’est aussi un bon dimensionnement pour une entreprise comme la nôtre pour bien distribuer ses produits à l’échelle nationale et internationale.