Le financement des retraites bute sur des problèmes structurels

Dans toute l’Union européenne (UE), le vieillissement de la population, la baisse du taux de fécondité et la précarisation de l’emploi pèsent sur le financement des retraites, quel que soit le système en vigueur… Eclairage.

© deagreez
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Le 30 janvier, le gouvernement a officiellement lancé la conférence de financement des retraites, qui n’aura qu’un statut de «commission administrative à caractère consultatif». Proposée au début du mois de janvier par Laurent Berger, patron de la CFDT, cette conférence a été rebaptisée «conférence des financeurs» par le Premier ministre. Pendant trois mois, en échange du retrait provisoire de l’âge pivot, les partenaires sociaux négocieront avec des représentants de l’État et un représentant désigné par le premier président de la Cour des comptes.

Objectif ? S’accorder sur les mesures à prendre pour atteindre l’équilibre financier de l’assurance-vieillesse en 2027, évaluées par le gouvernement à 12 milliards d’euros, alors même que l’ensemble des régimes de retraite actuels disposent de 127 milliards d’euros de réserves, qui auraient laissé un peu de temps au gouvernement pour accorder ses violons avec les partenaires sociaux… Encore eût-il fallu ne pas brouiller les enjeux d’une réforme systémique de l’assurance retraite en évoquant, jusqu’à plus soif, un objectif de rééquilibrage financier. Les négociations s’ouvrent donc sous de mauvais auspices, puisqu’il s’agit de rééquilibrer financièrement un système, tout en stabilisant les dépenses publiques consacrées à la retraite à moins de 14% du PIB, et en fixant un taux de cotisation unique à 28,12%. Quadrature du cercle !

Des systèmes mixtes au sein de l’UE

Schématiquement, l’on distingue deux grands types d’organisation des retraites : le modèle bismarckien (ou contributif), dans lequel le montant de la pension est lié aux cotisations versées tout au long de la carrière, et le modèle beveridgien (ou redistributif), qui repose sur une couverture universelle organisée par l’État et financée par les impôts. Cependant, au sein de l’Union Européenne, les systèmes de retraite sont dorénavant mixtes et basés sur trois piliers : un régime de base, financé par répartition et obligatoire, un régime complémentaire obligatoire, financé par capitalisation, et des régimes facultatifs. Au reste, on remarquera que le système en annuités demeure le régime de base le plus fréquent au sein de l’UE.

Hélas, le vieillissement de la population, la baisse du taux de fécondité et la précarisation de l’emploi pèsent lourdement sur le financement des retraites, ne serait-ce qu’en raison de l’évolution défavorable du ratio cotisants/retraités. D’où des difficultés structurelles à équilibrer les systèmes de retraite nationaux, d’autant que les gouvernements ont longtemps pratiqué la politique de l’autruche. L’Allemagne a ainsi allongé la durée de cotisation et la Bundesbank préconise même de reculer l’âge de départ à la retraite à 69 ou 70 ans. Alors certes, la France est l’un des pays de l’UE qui dépense le plus pour les retraites : 13,9% du PIB, contre 7,5% en moyenne dans l’OCDE, 10% en Allemagne et 16,3% en Italie. Mais son filet de sécurité a jusque-là permis d’éviter une hausse importante du taux de pauvreté chez les retraités, comme c’est hélas le cas en Allemagne.

La France est l’un des pays de l’UE qui dépense le plus pour les retraites avec 13,9% du PIB, contre 7,5% en moyenne dans l’OCDE

Le modèle suédois

Pour sa réforme des retraites, le gouvernement français a lorgné le modèle suédois, qui s’approche du système universel à points voulu par Emmanuel Macron. D’emblée, il faut néanmoins rappeler que la réforme suédoise des années 1990 fut préparée et mise sur les rails après plus d’une décennie de concertation, d’où sa large acceptation ! Pour simplifier, le système de retraite en Suède est désormais composé d’un régime par répartition en comptes notionnels (à points) et d’un régime complémentaire par capitalisation ; la dénomination notionnel signifiant que les cotisations versées sont converties au moment du départ à la retraite en fonction de l’âge de départ, de l’espérance de vie et de la conjoncture économique.

Certes, l’équilibre financier est ainsi théoriquement assuré, mais au prix d’une déconvenue majeure pour les premiers retraités du nouveau système. En effet, avec un taux de cotisation fixe, toute baisse du volume de cotisations, en raison, par exemple, d’une situation économique dégradée, se paye d’une baisse des pensions. Ce faisant, rien d’étonnant à ce que le taux de pauvreté dans la tranche 65-74 ans ait augmenté au point d’atteindre un niveau deux fois plus élevé qu’en France (14,7%, contre 7,5%), obligeant de trop nombreux retraités suédois à travailler pour compléter leur maigre pension…

En tout état de cause, il ne faudrait pas en déduire la nécessité de passer à un régime par capitalisation. Bien au contraire, car outre les risques inhérents qui se matérialisent à chaque crise financière, la retraite par capitalisation ne résout en rien le problème démographique.