PingFlow à Villeneuve-d'Ascq

« À nous de nous engager en tant que femmes ! »

Des idées à la seconde, un dynamisme et un entrain sans faille pour développer l’attractivité de la Métropole : on comprend rapidement pourquoi Yann Orpin, président du Medef Lille Métropole, a choisi Claire Jolimont, cofondatrice de PingFLow, en tant que vice-présidente mais aussi de présidente de la « Commission digitale et transformation » de l’organisation patronale régionale. Bien décidée à faire bouger les lignes, la dirigeante mise sur l’intelligence collective.

Passionnée d'entrepreneuriat et de technologies, Claire Jolimont s'engage aussi auprès de créatrices d'entreprises, par du mentorat.
À 30 ans à peine, la jeune chef d’entreprise a déjà un beau bagage derrière elle ; surtout, elle manage de façon agile – cela va de soi ! – une équipe d’une vingtaine de salariés, avec son frère Alexandre. Diplômée de l’IESEG en finance-entreprise et originaire de la région, elle a créé PingFlow lors de ses études, à seulement 22 ans. D’un simple produit, l’idée est devenue une entreprise à part entière, d’abord passée par la case EuraTechnologies, son incubateur et son séjour à Stanford, qui suscite souvent de belles vocations chez les entrepreneurs. « On s’était rendu compte, avec Alexandre, que les équipes n’avaient pas toujours accès aux bonnes informations, notamment dans le monde industriel. Nous avons donc développé un outil de management visuel, qui associe technologie et maîtrise des informations« , explique Claire Jolimont.
Rapidement, l’entreprise séduit les industriels, mais pas uniquement : Arc international, ïdKids, Cooptalis, la Caisse d’épargne Hauts-de-France, Stelia Aerospace… « Les problématiques sont les mêmes dans les bureaux : même s’il y a des outils de reporting, comment s’en servir pour faire émerger l’intelligence collective ? » Terminés donc les tableaux avec des feuilles accrochées tous azimuts, non actualisées et manquant de visibilité. Place à l’écran géant, au milieu de l’open space ou d’un site de production, pour disposer des données en temps réel, partagées par tous, qu’il s’agisse des équipes opérationnelles ou techniques. « Nous ne voulons pas que cela soit simplement un écran de tableau de bord pour le manager, sinon notre pari est raté. L’information doit être accessible par tous. On vise l’excellence opérationnelle« , précise-t-elle. C’est aussi un outil de communication interne pour les équipes, à l’heure où l’on prône le management agile et l’intelligence collaborative. Si Claire Jolimont se garde de donner le chiffre d’affaires de l’entreprise, elle affirme que 20% du CA se fait à l’export via ses clients (États-Unis, Russie, Tunisie, Belgique…), une part destinée à grimper avec la croissance de l’entreprise, arrivée dans des bureaux flambant neufs à Villeneuve-d’Ascq en 2019.

Un effectif quasiment 100% masculin

On sent comme une pointe de regret quand elle l’annonce : sur la vingtaine de salariés chez PingFlow, seulement deux femmes, dont elle-même. « C’est dommage. Nous avons beaucoup de profils techniques et quand on parle de data, on a de la difficulté à avoir des candidatures féminines. Dans les formations d’ingénieurs tech, moins de 10% des effectifs sont des femmes. » Ce qui ne l’empêche pas d’adopter un management en « test and learn », humain mais surtout très innovant. Et c’est probablement séduit par cette vision d’entreprise que Yann Orpin lui a demandé de le rejoindre au Medef Lille Métropole en tant que vice-présidente ; elle est d’ailleurs la première femme à avoir été élue à ce poste dans la région. Et même si elle n’a pas mis longtemps à accepter la proposition, Claire Jolimont avoue avoir eu quelques hésitations : « Je connaissais bien le monde des start-up, de la tech et de l’industrie, mais le Medef… pas vraiment ! Quand Yann m’a parlé de modernité et de son envie de faire représenter des secteurs jusqu’alors peu présents au Medef, je n’ai pas hésité ! Le Medef du CAC40 n’est pas représentatif du tissu entrepreneurial français. Rassembler les entreprises et se développer ensemble sur le territoire, c’est ce qui m’anime. »

Depuis juillet 2019, elle préside donc la « Commission digitale et Transformation », composée de 15 hommes et femmes de la Métropole, à la tête de TPE, de PME comme de grands groupes. « Nous allons bientôt proposer un programme de mentorat, sur six mois, pour que les entrepreneurs échangent et construisent des parcours inspirants. Le digital n’est pas une fin en soi mais c’est un levier. » En vraie fédératrice, Claire Jolimont espère également rapprocher les organismes de la création d’entreprise, avec un partenariat imminent entre EuraTechnologies et le Medef, deux mondes qui ne se côtoyaient pas véritablement. « Je suis au Medef car il y un élan d’ouverture. Certes, les femmes sont sous-représentées mais c’est à nous de prendre de la place ! La commission que je préside est paritaire, mais je ne veux pas mettre de femmes juste pour dire d’en mettre, cela n’aurait aucun sens. »

L’entreprise emploie une vingtaine de salariés, majoritairement des profils techniques.

L’expertise avant tout

« Mon différenciant, c’est d’être une femme : j’en ai fait une force et un atout. Mais je sais que je dois être ultra calée sur mes sujets« , avoue-t-elle. Si elle concède qu’on laisse probablement moins de place à l’erreur aux dirigeantes, cela ne la fait douter en aucun cas  : « C’est un gage d’expertise à avoir pour être crédible. Mais il y a encore clairement un déséquilibre au niveau du financement pour les femmes créatrices. Il est vrai que quand mon frère s’exprime en rendez-vous, les retours sont différents« , s’amuse-t-elle. Cette philosophie, elle la distille aussi auprès de dirigeantes d’entreprise, par du mentoring avec Little Big Woman. « Les femmes ont une autocensure naturelle. Le mentoring permet de conjurer cela. » En 2019, en France, seuls 28% des créateurs sont des femmes ; 90% des start-uppers sont des hommes.