Jefferson Loison, dirigeant de la société Loison

«La situation est anxiogène pour les dirigeants d’entreprise»

Comme la majorité des dirigeants d’entreprise, notamment dans le secteur du BTP où les conditions d’indemnisation du chômage partiel et l’octroi d’aides financières restent flous, Jefferson Loison est inquiet pour l’avenir de sa société. Rencontre… à distance.

La société Loison offre une expertise reconnue sur quatre métiers complémentaires : charpente, serrurerie, menuiserie aluminium et menuiserie de protection incendie/coupe-feu.

Spécialisée dans la création d’ouvrages métalliques, la société Loison a vu le jour en 1959 à Armentières. Aujourd’hui dirigée par le petit-fils de son fondateur Jean-Claude Loison, la société éponyme offre une expertise reconnue et plébiscitée sur quatre métiers complémentaires : charpente, serrurerie, menuiserie aluminium et menuiserie de protection incendie/coupe-feu. «Nous faisons partie des leaders nationaux, explique Jefferson Loison, grâce notamment à un bureau d’études performant. De la conception à la maintenance, en passant par la fabrication et la pose des ouvrages métalliques, tout est intégré.» La digitalisation de l’entreprise et le déploiement d’une démarche de lean management sont venus renforcer son positionnement sur un marché où les acteurs de plus de 100 salariés restent peu nombreux.

Loison offre une expertise reconnue sur quatre métiers complémentaires : charpente, serrurerie, menuiserie aluminium et menuiserie de protection incendie/coupe-feu. © Loison

Une situation anxiogène

Comment gérer la crise sanitaire qui touche le monde de plein fouet et assurer la pérennité de son entreprise ? «Avec la fermeture des écoles, les effectifs se sont réduits. Puis, avec le renforcement des mesures (fermeture des restaurants, etc.), nous avons décidé de stopper les chantiers dès le lundi suivant et de mettre l’ensemble du personnel à l’arrêt. En tant qu’employeur nous sommes pénalement responsables de la sécurité des collaborateurs de l’entreprise. C’est tout le débat actuel… Le Gouvernement reproche aux acteurs du bâtiment d’avoir surréagi, mais c’est ingérable ! Nous travaillons par exemple à plusieurs sur des nacelles : c’est actuellement impossible si l’on veut respecter les gestes barrières. La situation est anxiogène pour les dirigeants d’entreprise… A quelle sauce allons-nous être mangés ?»

«Nous travaillons à plusieurs sur des nacelles : c’est actuellement impossible si l’on veut respecter les gestes barrières», selon Jefferson Loison. © Loison

Un autre enjeu majeur réside dans l’impact social de la gestion de la crise du Coronavirus. «Le fossé social se creuse encore davantage, les ouvriers ont le sentiment que le Gouvernement ne les considère pas : on martèle aux gens de rester à la maison, mais eux peuvent travailler… Ce sentiment de mépris monte au sein de notre entreprise. D’autant que si la construction est stratégique au sein de notre économie, elle n’est pas indispensable, bien au contrainre, dans la lutte contre le virus Covid-19. J’estime que c’est de notre responsabilité de protéger nos salariés, qu’il faut faire preuve de civisme, notamment par respect pour le personnel hospitalier.» Et de poursuivre : «Les messages ne sont pas cohérents, on entend tout et son contraire. C’est pour nous une vraie inquiétude. Nous avons un carnet de commandes de 22 millions d’euros, soit un an et demi de travail. Pourquoi aurions-nous envie de nous arrêter ? Nous voulons bien travailler, mais dans quelles conditions ?».

Quoi qu’il en soit, les prochaines semaines devraient permettre d’éclaircir la situation.  «Quel sera l’impact sur notre trésorerie ? Sur les délais de paiement de nos clients ? Sur les relations avec nos fournisseurs ? Nous n’avons pas de visibilité pour le moment… La rentabilité nette du secteur est de 2%, la marge de manœuvre est faible.»