Entretien avec Marc Villain, président du tribunal de commerce d’Arras

«La volonté des chefs d’entreprise me semble intacte»

Après la longue grève des avocats d’Arras, le tribunal de commerce d’Arras a fait face aux deux mois de confinement, c’est dire son expérience à traverser les périodes de crise. Son président, Marc Villain, indique quelques tendances pour la période difficile qui semble s’annoncer pour les entreprises.

Jean-Marc Parmentier, greffier en chef, (à gauche), et Marc Villain, président du tribunal de commerce d’Arras.

Comment le tribunal de commerce d’Arras a traversé cette période de confinement ?
Nous sortions de la grève des avocats. L’activité du tribunal ne s’est pas arrêtée, mais adaptée à la situation grâce la mise en œuvre de procédures télétravail et de la dématérialisation déjà bien maîtrisée et développée par notre Greffe. Le soutien de ce dernier a été précieux par son efficacité et son esprit d’équipe, qu’il en soit sincèrement remercié.
Contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, nous avons eu nettement moins de cessations de paiement que d’habitude, les différentes mesures, aides et chômage partiel, décidées par l’État et la Région Hauts-de-France ayant probablement eu l’effet escompté.
Nous avons continué à traiter normalement les demandes de fonds de premier secours en lien avec la Région qui visent à assurer une aide transitoire aux entreprises sous forme de prêt lors d’accidents de trésorerie afin de leur permettre de surmonter une difficulté passagère. J’ai naturellement signé de nombreux documents par procuration, le président disposant de nombreux pouvoirs pour s’adapter et assurer le bon respect du code commerce.

« Je suis très impressionné par la mobilisation que j’ai pu observer de la part de beaucoup d’acteurs et par le désir de mettre en commun les efforts »

Quelles sont vos réflexions immédiates suite à cette 1ère phase de déconfinement ?
Concernant le tribunal, nous avons rétabli très tôt les audiences, naturellement avec toutes les précautions sanitaires qui s’imposent, comme vous l’avez pu le constater. Pour les entreprises, l’État a pris des mesures drastiques pour soutenir l’économie, il convient de les accompagner en redémarrant l’activité habituelle de notre Tribunal.
J’ai une pensée pour les restaurateurs et hôteliers profondément impactés par la fermeture de mi-mars à fin mai, difficile de retrouver le chiffre d’affaires non réalisé. Comment va se reconfigurer le commerce de détail, déjà à la peine avant cette période, avec des stocks invendus et peut-être de nouvelles habitudes d’achat ?
Je suis très impressionné par la mobilisation que j’ai pu observer de la part de beaucoup d’acteurs et par le désir de mettre en commun les efforts. Je ne suis pas devin, mais ne suis pas hyper pessimiste pour la suite.

Quelle suite ?
Lorsqu’on observe la situation aux États-Unis ou au Brésil, les chiffres sont durs. Nous ne pouvons pas être dans la certitude. Le bateau ne va sans doute pas sombrer, il va falloir trouver d’autres formes d’activités économiques pour redonner de la marge, probablement également d’autres modes de gestion comme éviter les déplacements inutiles et développer le télétravail. Les Français sont en général très créatifs, faisons leur confiance.
La volonté des chefs d’entreprise me semble intacte, il faudra maintenir cette combativité, le tribunal de commerce assurera son rôle, pas toujours bien connu, d’accompagnement.

Un dernier mot ?
Oui. A posteriori, j’observe la façon dont le tribunal de commerce a abordé cette période. J’ai apprécié la cohésion interne, le pragmatisme et la souplesse de la justice commerciale animée par nos juges issus de la société civile et surtout par le Greffe qui a été un moteur puissant pour maintenir son fonctionnement dans des conditions très inhabituelles.