Les hortillonnages, un havre de paix au cœur d’Amiens

C’est à eux qu’Amiens doit son surnom de « Petite Venise du Nord ». À deux pas du centre-ville, de la cathédrale Notre-Dame du XIIIe siècle et du quartier typique de Saint-Leu se nichent les hortillonnages, jardins flottants inscrits à l’Inventaire national des sites.

La promesse d'une promenade insolite à bord des traditionnelles barques à cornet. © Agence Somme Tourisme
À la découverte des jardins flottants disséminés le long des 65 kilomètres de rieux.

S’ils se laissent découvrir à pied ou en vélo depuis le chemin de halage qui longe la Somme, c’est à bord des traditionnelles barques à cornet – qui, avec leur fond plat, permettent de se déplacer facilement dans les canaux peu profonds – que l’on prend la pleine mesure des hortillonnages (la plupart des parcelles ne sont accessibles qu’en barque), qui s’étendent sur plusieurs communes, dont celles de Camon et Rivery. Une visite d’une cinquantaine de minutes menée par un des douze bateliers de l’Association pour la protection et la sauvegarde du site des hortillonnages, qui a sauvé ce joyau unique, façonné par l’homme sur les anciens marais de la Somme.

Poumon vert

Dès le Moyen Âge, le site à la terre fertile est dédié au maraîchage, principale activité des hortillons. Au XVe siècle, les hortillonnages s’étendent sur plus de 1 500 hectares, une surface qui se réduit au fil des siècles comme peau de chagrin (développement des chemins de fer et urbanisation obligent) : 500 hectares en 1900 pour tomber à 300 aujourd’hui. Dans les années 1970, l’extension de la métropole amiénoise enserre le site ; c’est aussi l’époque à laquelle il manque de disparaître, avec le projet de construction d’une rocade, dont le tracé passe en plein milieu des hortillonnages. Nisso Pelosoff, fervent défenseur et amoureux du lieu, décide alors en 1975 de créer l’Association pour la protection et la sauvegarde du site des hortillonnages, aujourd’hui présidée par René Nowak, l’un des membres fondateurs. Il gagne la bataille et fait de ces jardins sur l’eau entrecoupés de 65 rieux (canaux) un des hauts lieux du tourisme picard, développant avant l’heure une activité touristique raisonnée et respectueuse de l’environnement. Depuis quelques années, un des îlots abrite même plusieurs ruches.

En 2019, plus de 133 000 visiteurs sont venus (re)découvrir ce trésor unique. Dès les premières minutes à bord de la barque électrique, qui file silencieusement sur l’eau, la magie opère et les bruits de la ville laissent place à ceux de la nature. Au détour des rieux, hérons cendrés, canards, foulques et poules d’eau se laissent contempler sans ciller, avec en seul fond sonore les chants des oiseaux. «Les hortillonnages, c’est le poumon vert d’Amiens», sourit Alain, batelier. Les parcelles viabilisées et habitées qui jalonnent le premier kilomètre du parcours laissent place aux « îles Robinson », ornées de maisons et cabanes insolites, aux jardins fleuris et agrémentés, avant de passer devant Le Vert Galant, ancienne guinguette devenue un restaurant, et d’apercevoir de nouveau entre les arbres majestueux la flèche de la cathédrale et le sommet de la tour Perret. Un retour à la civilisation en douceur…

Renseignements sur les balades à pied, en barques ou kayak : http://www.hortillonnages-amiens.fr/


Une tradition toujours vivante

  • Le marché sur l’eau : la tradition des hortillons (950 au début du XXe siècle contre 7 aujourd’hui) perdure : tous les samedis, ils vendent leurs fruits, légumes et fleurs place Parmentier (quartier Saint-Leu). Et chaque année, l’activité maraîchère du XIXe siècle revit le temps du marché sur l’eau qui se déroule en juin (excepté cette année en raison de la crise sanitaire), selon la tradition ancestrale : costumes d’époque et accostage en barque à cornet.
  • L’Île aux fruits : la ferme maraîchère bio a pris place sur une des parcelles où elle pratique la permaculture. Un marché s’y tient chaque jeudi, en présence d’artisans créateurs et de groupes locaux qui viennent y donner des concerts.

https://ile-aux-fruits.fr/

  • Le musée des Hortillonnages à Rivery (réouverture le 18 juillet) : créé par un couple d’hortillons, Thérèse et René Nowak, cet écomusée situé au cœur des hortillonnages rend hommage aux maraîchers dont on découvre le quotidien grâce à l’impressionnante collection d’équipements et de matériels exposés. [ndlr, en raison de la Covid-19, la location de barques individuelles ne sera pas proposée cette saison.]

http://www.museedeshortillonnages.fr/


Le Festival international de jardins – Hortillonnages Amiens

Les hortillonnages ont de tout temps été un lieu de vie, où le labeur se mêle à la détente. C’est pour perpétuer cet esprit qu’a été créé en 2010, à l’initiative de Gilbert Fillinger, alors directeur de la Maison de la culture d’Amiens, le Festival international de jardins – Hortillonnages Amiens. L’objectif : promouvoir la jeune création paysagère artistique. Cette 11e édition est placée sous  le signe du changement climatique et du manger-sain. Cinquante œuvres plastiques investissent jusqu’au 18 octobre plusieurs parcelles, pour un parcours poétique des hortillonnages «qui invite à poser un regard décalé, drôle ou critique, mais toujours inédit, sur cet environnement complexe, son histoire et son devenir». Une découverte qui peut se faire à pied sur « L’Île aux fagots » ou en louant une barque à partir du Port à fumier de Camon, pour naviguer sur l’étang de Clermont.

Renseignements et tarifs : https://www.artetjardins-hdf.com/