Un été en France

En Alsace, la Bibliothèque humaniste de Sélestat

Dès le XIVe siècle, un esprit nouveau souffle sur l’Europe. À mi-chemin entre les grands centres intellectuels de l’Italie et des Pays-Bas, Sélestat joue un rôle clé dans sa diffusion. Son école latine est l’une des plus réputées du Saint-Empire romain germanique. À la pointe des innovations pédagogiques, elle forme des centaines d’élèves à ce nouvel esprit.

Plus de 100 000 visiteurs ont pu déjà découvrir ce trésor inestimable classé "Mémoire du Monde" par l’UNESCO en 2011. © jean-luc stadler

Pendant près d’un siècle, de 1440 à 1526, Sélestat fut au cœur des nouveaux réseaux de diffusion de la connaissance. De cette riche période, Sélestat conserve un témoignage unique : la Bibliothèque humaniste. Son fonds réunit celui de la bibliothèque paroissiale et celui de la bibliothèque personnelle de Beatus Rhenanus, ami d’Érasme, auxquels se sont ajoutés des achats et des dons d’ouvrages anciens au fil des siècles.
L’histoire de la bibliothèque paroissiale débute en 1452 avec le don de Johannes von Westhuss, recteur de l’église paroissiale de Sélestat. Cette marque de générosité entraîne une série de donations de livres, souvent de la part d’anciens élèves de l’école latine de Sélestat. La bibliothèque paroissiale ainsi constituée comprend des ouvrages destinés à la célébration des offices et des livres qui servent à l’enseignement.
Natif de Sélestat et ancien élève de l’école latine, Beatus Rhenanus lègue à sa mort, en juillet 1547, sa bibliothèque à sa ville natale. Elle est constituée de 423 volumes, contenant 1 287 œuvres et 41 manuscrits répartis dans divers recueils, auxquels il faut ajouter 33 manuscrits anciens et 255 lettres autographes. On y trouve aussi des travaux, des cahiers, des notes de cours… Des témoignages précieux de l’enseignement humaniste.

Enrichissement et valorisation

En 1840, les fonds de la bibliothèque paroissiale et ceux de la bibliothèque de Beatus Rhenanus sont installés au deuxième étage de la mairie, alors transformé en bibliothèque de lecture publique. En mai 1889, l’ensemble des collections déménage à la Halle aux blés. De cette époque date la vocation touristique de la Bibliothèque humaniste, comme en témoignent certaines mentions dans les guides touristiques dès la fin du XIXe siècle.
Les collections n’ont cessé de s’enrichir tout au long des XIXe et XXe siècles grâce à des achats et des dons. Elles sont aujourd’hui constituées de 460 manuscrits (anciens et modernes), de 550 incunables (livres imprimés en Europe avant le 1er janvier 1501) et près de 2 500 imprimés du XVIe siècle. Déjà, plus de 100 000 visiteurs ont pu découvrir ce trésor inestimable classé « Mémoire du monde » par l’Unesco en 2011.
L’aménagement limite au maximum le cloisonnement et met au cœur du parcours le fonds des livres anciens précieux, à l’intérieur d’un volume protecteur mis en scène comme un écrin en transparence. C’est le point culminant de la visite, le véritable trésor dont la Bibliothèque humaniste assure la protection : la bibliothèque personnelle de Beatus Rhenanus, augmentée des livres précieux de la bibliothèque paroissiale de Sélestat. Parce que ce trésor est en même temps parfaitement vivant, la salle de lecture – accessible à tout un chacun – est placée au fond de l’espace. Les meubles rappellent les scriptoriums, ateliers dans lesquels les moines copistes s’activaient avant l’introduction progressive de l’imprimerie.
Les visiteurs découvrent les ouvrages précieux de la Bibliothèque humaniste grâce à différentes formes de médiation. En plus des panneaux explicatifs, une dizaine de dispositifs multimédias offrent la possibilité d’approfondir la visite de façon originale et ludique. Une grande table numérique permet de feuilleter virtuellement une sélection de pages parmi les ouvrages les plus précieux du Trésor et révèle notamment de minuscules détails de certaines enluminures.

Bibliothèque humaniste – 1, place Dr-Maurice-Kubler 67600 Sélestat. Tél. : 03 88 58 07 20. www.bibliotheque-humaniste.fr

F. CHALAYE – Les Affiches d’Alsace et de Lorraine pour RésoHebdoEco – www.facebook.com/resohebdoeco


L’exposition permanente

Six espaces composent l’exposition permanente. Outre la partie centrale présentant le parcours et l’œuvre de Beatus Rhenanus, et celle consacrée au Trésor de la Bibliothèque humaniste, avec ses 154 manuscrits médiévaux et ses 1 611 imprimés des XVe et XVIe siècles, le visiteur pourra aussi s’arrêter à l’exposition Sélestat, ville de la Renaissance illustrée par des plans, une maquette interactive de Sélestat au XVIe siècle, des œuvres d’art rhénan et des témoignages archéologiques. Ne pas manquer enfin l’espace « Des mondes à découvrir », qui plonge dans une Renaissance marquée par un élargissement des savoirs et la découverte de mondes jusqu’alors inexplorés. Ces découvertes, rendues possibles par les avancées scientifiques, trouvent notamment écho dans l’Introduction à la cosmographie. Des objets déposés par l’Observatoire de Paris, comme, par exemple, des cadrans solaires du XVIe siècle, illustrent idéalement le propos.