La crise dans le secteur de la culture menace de durer

Les effets économiques de la pandémie sur le secteur de la culture sont catastrophiques, en particulier pour les spectacles vivants, d’après un rapport du ministère de la Culture. Et pour certaines activités, comme l’archéologie, le pire est encore à venir.

Avec l'annulation des festivals cet été, le spectacle vivant musical accuse -74% de son chiffre d'affaires global. © 2207918

Dans le concert de louanges qui a salué l’arrivée de Roselyne Bachelot comme nouvelle ministre de la Culture, sa capacité à se battre pour obtenir des budgets a été abondement citée. «C’est une lionne, c’est une battante, une femme de convictions qui connaît la technocratie dure, et il va falloir se battre avec les technocrates de Bercy», s’est, par exemple, félicité Olivier Py, directeur du festival d’Avignon, dans Le Monde du 9 juillet. L’homme est particulièrement bien placé pour peser les besoins du secteur : en 2020, le spectacle vivant théâtral devrait subir une baisse de son chiffre d’affaires de 69%, par rapport à 2019, passant de 1,401 milliard à 429 millions d’euros.

C’est l’une des estimations issues d’une étude publiée en juillet par le ministère de la Culture, destinée à «évaluer l’étendue des pertes financières et les conséquences du confinement à court et moyen terme sur l’emploi». L’enquête a été réalisée par le cabinet Accenture, auprès de 7 800 acteurs du secteur. A la base, ce dernier affiche un chiffre d’affaires de 97 milliards d’euros, soit 2,3% du PIB. Sa partie marchande est composée de 79 800 entreprises et 635 700 salariés environ. L’étude donne la mesure du désastre : en 2020, l’impact de la crise de la Covid-19 se traduira par une baisse moyenne de chiffre d’affaires de 25% par rapport à 2019 : 22,3 milliards d’euros vont manquer à l’appel.

Des dynamiques très diverses, entre l’archéologie et les jeux vidéo

Derrière ce chiffre global, les conséquences de la crise s’avèrent très diverses pour les différents segments du secteur, suivant leurs modalités. Tout change, selon que les activités reposent sur la présence de spectateurs, à l’image du théâtre ou des musées, ou qu’elles se déroulent par écran interposé, comme les jeux vidéos et la vidéo à la demande. Logiquement, les activités relevant du spectacle vivant subissent les effets les plus importants (-72% du chiffre d’affaires).
Plus finement, les analystes décèlent quatre temporalités diverses des effets de la crise, plus ou moins forts durant le confinement, et avec une reprise plus ou moins rapide, selon les activités. Un impact faible, voire, dans certains cas positif, est attendu pour le secteur purement numérique, avec les jeux vidéos et les plateformes numériques. Pour le livre, la presse, la production et post-production audiovisuelle, l’impact négatif significatif subi durant pendant la période de confinement devrait être suivi d’un retour à la normale, progressif d’ici la fin de l’année. L’architecture, l’archéologie et l’édition musicale devraient connaître un impact négatif décalé par rapport au début du confinement, mais dont les effets resteront durables dans le temps. Quant au spectacle vivant, aux musées, galeries d’art et restauration du patrimoine, l’effet négatif du confinement devrait être suivi d’une reprise lente.

Le spectacle vivant, le plus touché

Triste record, quatre secteurs concentrent près de 70% de la perte d’activité en 2020, en termes de chiffre d’affaires, par rapport à l’année précédente : l’audiovisuel et le cinéma, le spectacle vivant, les agences de publicité et les arts visuels. A eux quatre, ils cumulent une perte de 6,8 milliards d’euros par rapport à l’année précédente.
Mais au sein du très vaste secteur que constitue la culture, les situations sont extrêmement variables, en terme d’évolution du chiffre d’affaires. Par exemple, le monde de la musique s’attend à une baisse de 12%. Mais en son sein, le record des pertes est atteint par le commerce de détail (-29%), suivi de l’édition musicale (-17%), quand, à contrario, les plateformes de streaming et de téléchargement affichent une croissance de 8%. Autre cas, celui de l’audiovisuel et du cinéma, qui a connu une baisse globale de 20%. La production audiovisuelle limite les pertes à une baisse de 18%, mais celle de la distribution et projection atteint 46%.
Les variations sont moindres au sein de la catégorie spectacle vivant, globalement sinistré (-72%). Le spectacle vivant musical atteint -74% et la danse, cirque et arts de la rue, -68%. En revanche, le patrimoine, (-68%) regroupe des activités très diversement touchées : les musées et sites culturels ont vu leur chiffre d’affaires baisser de 64 et 65%, contre 19% pour les opérations archéologiques.

Le pire est à venir pour la restauration du patrimoine et l’édition musicale

Souci majeur soulevé par l’étude, pour certains secteurs, le pire est à venir. Deux situations sont identifiées. Pour certaines activités, la crise, déjà importante en 2020 va se poursuivre en 2021 et 2022. C’est le cas de toutes celles qui impliquent la présence de spectateurs ou de clients, du spectacle musical au théâtre, en passant par le cinéma, les galeries d’art et les musées. En effet, ces activités risquent de subir des annulations des tournées de certains spectacles, la poursuite d’une partie des mesures sanitaires, et l’affaiblissement de la demande. Autant de freins qui impliquent une reprise lente. L’activité des musées, et, par conséquence, des guides conférenciers, elle, risque d’être impactée par l’annulation de certaines expositions et la baisse drastique du tourisme.
Pour la seconde catégorie d’activités, le constat est encore plus dramatique : «l’impact de la crise risque d’être encore plus important en 2021 et 2022», d’après le rapport. Celui-ci évoque notamment la restauration du patrimoine, les opérations archéologiques et l’architecture : la forte dépendance à l’industrie du BTP et le fonctionnement en projet de plus d’un an justifie un effet durable dans ces trois domaines. Dernier secteur en danger, enfin, l’édition musicale. La durée des reversements en droits d’auteur (18 mois) et l’arrêt des enregistrements impliquent des effets encore plus durs en 2021 et 2022.