La rentrée du parc Eurasanté

Une filière active et pleine de promesses

Lourdement touchée par la crise de la Covid-19, la filière santé régionale a aussi su rebondir, prenant le fléau à bras-le-corps en faisant preuve d’innovation. Malgré un ralentissement de certains projets d’implantation, le parc Eurasanté surfe sur une belle tendance et attire de plus en plus d’entreprises.

Le bio incubateur accompagne à ce jour 70 projets.
Pauline Ponthieu et Rémi Malbec d’Innobiochips, qui ont participé au développement du kit CoViDiag.

Elles sont plus d’une vingtaine à s’être illustrées dans la lutte contre la Covid-19, en développant de nouvelles solutions et en élargissant leurs secteurs d’activité. C’est par exemple le cas d’E-Zyvec et de ses solutions analytiques innovantes, qui a mis au point deux tests, reconnus par les autorités en mai dernier. Ou encore des kits de diagnostic de Biorad à Steenvorde, qui font du site de production des Flandres l’un des plus gros développeurs à l’échelle mondiale. «Notre communauté industrielle régionale a été très active, qu’il s’agisse de la production de masques, de gel hydroalcoolique… Nous avons aussi deux débuts de promesses dans le champ thérapeutique avec la start-up du bio-incubateur Vaxinano, qui développe une solution vaccinale innovante à partir de nanoparticules et qui va étendre ses bureaux courant septembre, ou encore de Macopharma – un des plus gros employeurs industriels de la filière avec plus de 1 400 salariés à Tourcoing et Mouvaux – , et qui fait partie des quatre entreprises officiellement sélectionnées par l’Etat pour fournir les masques», se réjouit Etienne Vervaecke, directeur du GIE Eurasanté. «Notre métier de base est assez éloigné du virus puisqu’on produit et commercialise des kits de diagnostic sérologique haute résolution dans le milieu de la transplantation, de l’oncologie et des maladies infectieuses. On domine assez bien la sérologie chez l’humain, donc nous avons interagi avec Gènes diffusion en couplant notre technologie avec leur connaissance du virus pour développer CoViDiag, un dispositif de diagnostic sérologique haute résolution», détaille Vianney Souplet, fondateur de Innobiochips, qui produit jusqu’à 25 000 tests par jour. Financièrement soutenue par l’Agence de l’innovation de défense, composante directe de la Direction générale des armées, l’entreprise a pu développer ces tests en un temps record – dix semaines –, aujourd’hui marqués CE et proposant une vision ultra précise de l’état de couverture immunitaire du patient. «Notre ambition ? Cumuler les données pour apporter un programme prédictif de sévérité des patients atteints et ainsi éviter la recontamination.» Si son fondateur se réjouit de «chatouiller les entreprises de plus d’un milliard d’euros de chiffre d’affaires», positionnées elles aussi sur ce secteur, Vianney Souplet peut se targuer de faire partie des majors du diagnostic, avec seulement 13 salariés.

D’importantes levées de fonds

On le sait, le nerf de la guerre de ces entreprises de biotech, c’est la levée de fonds. Soumises à des délais de mises sur le marché souvent longs et à des essais cliniques coûteux, elles ont besoin de moyens pour se développer. Si un certain nombre de projets ont été reportés au second semestre 2020, voire en 2021, on peut tout de même souligner la levée de fonds de Cleverdoc (481 000 €) ou encore d’Axorus (827 000 €). Cela a aussi été le cas de Newcard, poussé par l’utilisation accrue de la télémédecine durant le confinement, qui a levé 2 millions d’euros pour le télésuivi de patients atteints d’insuffisance cardiaque, mais aussi d’Unaide avec deux levées de fonds en à peine un an. La Covid-19 n’a pas freiné les ambitions de développement puisque, à fin juin, 17 implantations et extensions ont été signées sur le parc Eurasanté, à l’image du belge Novitan, grossiste international actif dans les essais cliniques qui installe sa filière française à Eurasanté, ou encore du parisien Laelaps Therapeutics (développement d’anticorps et protéines thérapeutiques pour le traitement de maladies hémorragiques rares) qui devrait aussi lever des fonds d’ici la fin de l’année. C’est aussi le cas d’Ensweet, portée par son CEO Fabien Watrelos : «Nous développons une plateforme de télémédecine permettant aux patients atteints d’affections de longue durée de réaliser leurs soins en dehors des établissements de santé, pour pallier le problème de l’accès aux soins. Dans la région, seuls 20% des patients coronariens accéderaient aux soins car il y a des semaines d’attente.» Une solution qui prend tout son sens dans le contexte de la crise sanitaire… Six établissements se sont déjà équipés.

Maintien du développement

«Une année normale, c’est sept à huit dossiers. Aujourd’hui le nombre de candidatures est quatre fois supérieur ! L’accélération se confirme, y compris cette année, avec 20% de dossiers exogènes aux Hauts-de-France», se réjouit Etienne Vervaecke. Surtout, le secteur de la silver économie prend tout son essor – un quart des dossiers – et donne à Eurasanté l’envie de créer un incubateur dédié à l’autonomie, probablement en janvier 2021 et en dehors de la métropole lilloise. «C’est tout l’intérêt de cette problématique qui rayonne sur l’ensemble de la région. Nous espérons nous appuyer sur l’UTC de Compiègne et le CHU de Lille.» Un incubateur de ce type serait une première en France.