Commune de Sangatte Blériot-Plage

Virage à 180° sur les projets d’investissements

Face aux aléas encaissés par la commune de Sangatte Blériot-Plage en 2020, le maire Guy Allemand revoit sa copie en terme de projets d’investissements, mais pas seulement. Le désengagement de l’État dans le financement des mairies et des collectivités l’oblige à changer de braquet.

La digue de Sangatte, ouvrage de 24 M€ entièrement financé par l’Etat et l’Europe. © Aletheia Press/LD

Premier coup dur pour la commune de Sangatte Blériot-Plage au sortir de la crise Covid : le 22 juillet dernier, le Conseil d’État a validé les conclusions du rapporteur public qui avait entériné la décision de la Cour d’appel de Douai qui s’opposait à l’implantation d’un golf et d’un écovillage sur la commune, évoquant les motifs suivants : «une appréciation financière trop sommaire, une étude d’impact insuffisante et le non-respect des règles urbanistiques de la loi Littoral». Le recours avait été déposé en 2013 par le groupement de défense de l’environnement de Montreuil-sur-Mer (GDEAMA-62). Ce projet (éco-quartier, golf et acquisition du foncier agricole) pesait 26 millions d’euros et a coûté 2 millions d’euros pour rien (études, fonctionnement,…). Porté par la ville et une filiale de Getlink-Eurotunnel, il était sur les rails depuis une dizaine d’années, voire davantage pour le golf, puisque ce dernier avait motivé en 2002 la destruction du centre de réfugiés de Sangatte.

«Les conséquences sont très lourdes pour la commune» commente Guy Allemand. «Ce projet amenait 200 emplois directs. Il va nous falloir tout reconstruire. Cela contrarie aussi les plans du programme d’investissements de la collectivité puisque ce projet incluait un accompagnement public dans la création d’une nouvelle école, d’une salle polyvalente ou encore d’équipements sportifs pour les résidences touristiques.» Comment envisager l’avenir d’une commune de 4 900 habitants qui cumule les contraintes liées à la loi Littoral en terme d’espaces naturels sensibles, de zones humides ou de zones de submersions marines ? Une nouvelle concertation devrait avoir lieu prochainement avec l’ensemble des acteurs qui devrait tracer les premières lignes de ce nouveau projet. «Nous allons sûrement repenser un projet à une échelle plus grande que celle de la commune. En 2008, nous avions présenté le musée des défis et des pionniers de la traversée de la Manche…»

Quelles capacités d’investissements aujourd’hui ?

La première réflexion du maire de Sangatte porte sur les capacités réelles d’investissements. Les réformes de la taxe professionnelle et de la taxe d’habitation ont dégradé la première à hauteur de 10 à 15% et ponctionné la deuxième d’environ 242 000 euros, un montant encore compensé par l’État jusqu’en 2022/2023. «A partir de là c’est l’inconnue totale» souligne le maire. A ces déficits s’ajoutent les baisses constantes de la dotation globale de fonctionnement. «Nous sommes dans un mandat de prudence» assure le maire.

Il met en avant la solidarité territoriale confortée depuis 2015. La communauté d’agglomération Grand Calais Terres et Mers assure une dotation de 34 millions d’euros par an aux 14 communes de son territoire. Cette année, 1,2 million d’euros ira en soutien aux entreprises et un fonds de concours de 2 millions d’euros est destiné aux communes dans le besoin. «L’évolution fiscale nous fait perdre la main sur l’autonomie de gestion et la décision de développement territorial. Nous passons d’un statut de contribuable à celui d’usager. Quel va être l’avenir des services publics locaux ?» s’interroge Guy Allemand.