Rencontre avec Patrick Martin, président délégué du Medef

«Les acteurs de terrain ont fait preuve d’une remarquable réactivité»

En visite à Reims à l’occasion de l’assemblée générale du Medef Marne, le président délégué du Medef Patrick Martin a exprimé son sentiment et celui de l’organisation patronale face à la crise.

Patrick Martin, président délégué du Medef.

«On a fait le job», résume Patrick Martin. «Les Français ont aussi été au rendez vous. Je tiens un discours très positif, mais je ne suis pas ignorant de la gravité de la situation globale. Mais il faut saluer ce qui marche.» Positif donc mais sans naïveté et avec humilité. «Nous sommes tous en train de finaliser nos budgets 2021, c’est un exercice particulièrement complexe dans la période que nous traversons. En tant que chef d’entreprise, je suis bien en mal de définir les grandes lignes de ce que devrait être pour mon entreprise l’année 2021, estime-t-il. Je suis raisonnablement optimiste pour la moyenne des secteurs d’activité mais parfaitement conscient qu’il y a des secteurs qui sont menacés dans leur existence même – la filière aéronautique, la filière tourisme, spectacle et événementiel et leurs métiers périphériques interdits d’activité – et auprès desquels il faut être extrêmement présent.»

Le dialogue social à la relance

Le président délégué du Medef l’assène : «Nous avons tous été au rendez-vous : que ce soit les chefs d’entreprises, les organisations professionnelles ou interprofessionnelles comme le Medef… Il faut être conscient de l’efficacité dont on a tous fait preuve et insister sur ce point : nous avons eu la démonstration que l’entreprise elle-même et les organisations professionnelles étaient des acteurs absolument déterminants de la vie du pays. Ces partenaires sociaux, organisations et corps intermédiaires qui passaient auprès de certains pour des vieilleries strictement inefficaces, ces partenaires sociaux qui passaient pour être inutiles ont, dans cette circonstance, prouvé leur efficacité et leur sens des responsabilités. J’inclus aussi les organisations syndicales, dont il faut saluer le sens des responsabilités, sans en faire une généralité et sans renier nos convictions bien sûr. Il y a une conscience partagée des partenaires sociaux que la période est grave et que la priorité absolue, c’est de préserver l’outil de travail, c’est de préserver l’emploi.»

Des dispositifs efficaces

PGE, activité partielle de droit commun elle aussi et activité partielle de longue durée – qui enregistre près de 1 500 accords dans la filière métallurgie – sont des dispositifs salués par le Medef : «Il y a une boîte à outils sur le plan social qui nous paraît bien adaptée à ce jour. Au niveau des dispositifs financiers, il faut saluer en particulier l’efficacité des banques parce que tout a été déployé à une vitesse incroyable : on est à plus de 600 000 PGE distribués en un temps record pour un montant de 10 milliards d’euros. Le PGE vise prioritairement les TPE et les PME-PMI : 98,5% des PGE ont été versés à des entreprises de moins de 50 salariés et 75% de ces PGE ont été versés à des entreprises de moins de 20 salariés.»

Les taux de sortie des PGE

«Il faut que les entrepreneurs aient en tête une chose essentielle, c’est que ces PGE sont à leur main. Je veux dire par là qu’au terme de la première année, c’est l’entreprise qui décidera si elle rembourse ou si elle proroge jusqu’à 5 ans, ce qui donne une sécurité sur le plan financier qui est actuellement considérable», souligne le président délégué. «Partout, je vois des chefs d’entreprise qui sont angoissés et qui me disent :’Je veux rembourser mon PGE et ma situation de trésorerie ne me permettra pas de le faire’. La réalité n’est donc pas celle qui est annoncée dans la loi. C’est l’entreprise qui décidera si elle rembourse ou pas. En 2, en 3 ou en 4 ans et jusqu’à 5 ans.»

A quels taux ? «La question des taux est importante, bien sûr, mais le montant moyen des PGE est de 180 000 euros. La Fédération bancaire a le coût de la garantie d’Etat. Nos adhérents de la Fédération bancaire française se sont engagés auprès du gouvernement à maintenir un niveau de marge extrêmement faible. En admettant que le coût d’un PGE augmente d’un point de frais financiers. Un point sur un montant moyen de 180 000 euros, ça fait 1 800 euros par an. Je ne dis pas que ça n’est rien, 1 800 euros, mais le vrai sujet pour les entreprises aujourd’hui, c’est un sujet de trésorerie plus qu’un sujet de frais financiers. On ne dit pas que la question est négligeable, mais il faut la relativiser.»

«Nous avons eu la démonstration que l’entreprise et les organisations professionnelles étaient des acteurs déterminants de la vie du pays»

Renforts des fonds propres

C’est un point sur lequel le Medef bataille depuis des années et, là aussi, il a été entendu. «De nouveaux dispositifs viendront, non pas en substitution des PGE, mais en renfort des PGE sur les fonds propres, que ce soit sous forme de prêts participatifs ou de fonds propres. Les choses ne sont pas encore complètement stabilisées, mais dans le projet de loi de finances 2021, le Gouvernement s’est engagé à apporter 3 milliards de garanties sur ces financements aux prêts participatifs et peut-être même sur les fonds propres, avec un effet de levier. Parce que ce n’est pas la même chose d’apporter 3 milliards en cash ou en garantie. Si c’est en garantie, cela permettra de mettre en place 15 à 20 milliards de financements en fonds propres !»

La protection de L’emploi

«Dans le plan de relance, il y a des choses simples et formidables : tout ce qui touche à l’emploi des jeunes, 4 000 euros pour embaucher un jeune de moins de 26 ans, 5 000 ou 8 000 euros pour l’embauche d’un alternant, c’est simple. A ce jour l’objectif sur lequel s’est engagé le Medef – maintenir en 2020 le même nombre de recrutements qu’en 2019 –, est en passe d’être atteint. Alors qu’il y a encore trois mois, les prévisions étaient de prendre entre 30 et 40% d’apprentis de moins…. Il y a même des professions qui comptent en prendre beaucoup plus. Le bâtiment va en prendre plus, la distribution et la réparation automobile tout comme les agences immobilières vont en prendre plus. D’autres en prendront moins, notamment l’hôtellerie-restauration. C’est un devoir moral qu’on a vis-à-vis des jeunes.»

Les coûts de production en baisse

Point noir de la productivité française, notamment dans l’industrie, la baisse des impôts de production par l’Etat, est évidemment accueillie avec satisfaction : «La baisse des impôts de production, on la demandait à cor et à cri depuis des années. C’est 10 milliards d’euros aujourd’hui. Pour être tout à fait précis, si on devait rejoindre la moyenne européenne en terme de coûts de production, ce n’est pas 10 milliards, c’est 35 milliards de baisse dont nous aurions besoin. Donc on considère que ce n’est pas pour solde de tout compte. Ce sujet est vraiment central pour la compétitivité de nos entreprises et singulièrement de notre industrie.»

Les acteurs de terrain en première ligne

«Les acteurs de terrain ont fait preuve d’une remarquable réactivité, que ce soient les élus locaux, les conseils régionaux, les départements, les municipalités. Il y a aussi les entreprises elles-mêmes. Il y a un signe qui ne trompe pas, c’est que l’image des entreprises s’est beaucoup améliorée dans cette période, même si elle va se dégrader parce que des PSE vont arriver. Je ne suis surtout pas en train de vous dire que tout va bien et qu’il n’y a pas de souci. Parce qu’en parallèle, d’après les études de BpiFrance, les résultats des entreprises en termes d’excédent brut d’exploitation vont baisser de 75 milliards d’euros cette année. Donc, il va falloir, à un moment ou un autre, gérer ça.»

Benjamin BUSSON – Les Petites Affiches Matot Braine pour RésohebdoEco – www.reso-hebdo-eco.com