Dunkerque

ArcelorMittal veut produire un acier plus vert à l’horizon 2030

ArcelorMittal veut produire d’ici 2030 un acier plus «vert» grâce à la mise en œuvre de trois projets innovants qui devraient lui permettre de réduire de 33 % les émissions de CO2 de son site de Dunkerque.

Les brames d’acier sont découpées suivant les demandes de chaque client.

ArcelorMittal, le plus gros sidérurgiste mondial, affiche de très fortes ambitions en terme de réduction de ses émissions de C02, émissions que l’on sait responsables d’une grande partie du réchauffement climatique. A l’horizon 2030, le groupe a annoncé vouloir les réduire de 30 %, avant d’atteindre la neutralité carbone en 2050. Pour ce faire, tous les sites européens du sidérurgiste sont concernés. A Dunkerque, le plus important du groupe avec une production annuelle de 6 millions de tonnes d’acier et 3 300 salariés, trois projets très innovants sont actuellement déployés afin de pouvoir proposer un acier plus «vert» à ses clients. Ceux-ci sont en très grande majorité français et européens et travaillent dans les secteurs de l’automobile (qui représente à lui seul 50 % de la production. Une voiture sur deux produite en Europe l’est avec de l’acier d’ArcelorMittal), de l’industrie et du packaging (boîtes boisson en particulier). Le site veut même aller au-delà des directives du groupe puisqu’il espère une réduction de 33 % de ses émissions de CO2 en 2030. L’enjeu est énorme. En effet, avec un ratio actuel de 1,8 kg de CO2 par kilo d’acier produit, le site émet chaque année plus de 11 millions de tonnes de CO2, ce qui en fait l’un des plus gros émetteurs du territoire dunkerquois.

Déjà 10 ans de travail

Les émissions de CO2 sont inhérentes à la production d’acier, notamment au moment de la transformation du minerai en fonte dans les hauts-fourneaux car le procédé implique l’utilisation de charbon. Les équipes de R&D du groupe ont donc travaillé pendant 10 ans, pour un budget avoisinant les 200 millions d’euros, afin de changer le process des hauts-fourneaux pour les rendre moins polluants. Ainsi, d’ici 2025, le haut-fourneau n°3 va intégrer un pilote industriel, baptisé «IGAR», qui lui permettra de produire un acier plus vert. Le process, unique au monde, consistera à réutiliser les propres gaz sidérurgiques du site pour les transformer en gaz synthétique réducteur à base de monoxyde de carbone et d’hydrogène. Ce gaz viendra remplacer d’une partie du coke (18 %) habituellement utilisée dans les hauts-fourneaux pour produire la fonte, qui sert ensuite à la fabrication de l’acier. Ce faisant, les émissions de CO2 en sortie de haut-fourneau seront réduites de 17 %.

Dans le même temps, le sidérurgiste annonce le lancement d’un démonstrateur industriel de captage, purification et liquéfaction du CO2, sous le nom de 3D. Celui-ci devra permettre, dès 2021, de capter 500 kg/heure de CO2 contenus dans les gaz sidérurgiques. Ce projet à 19 millions d’euros, financé à 75 % par des fonds européens, auquel est associé un consortium de 11 partenaires, doit déboucher, à terme, sur la conception d’une installation industrielle capable de capter, purifier et liquéfier un million de tonnes de CO2 par an. L’enjeu, à l’horizon 2030, est une réduction supplémentaire de 8 % des émissions de CO2. Le sidérurgiste souhaiterait que cette installation débouche sur la création d’un hub à Dunkerque dont l’objet serait de stocker ce CO2 et de le voir réutilisé au sein d’industries voisines qui viendraient s’implanter car elles en ont besoin dans leur process. Par ailleurs, un projet européen d’enfouissement du CO2 en mer du Nord dans d’anciennes réserves de gaz au large de la Norvège est à l’étude. S’il se concrétise, ArcelorMittal souhaite s’y associer.

Neutralité carbone d’ici 2050

Moins innovant mais tout aussi intéressant, le sidérurgiste va doubler l’utilisation d’acier recyclé dans son process. Il devrait doubler pour passer à 2 millions de tonnes par an d’ici 2022. Actuellement, des travaux sont en cours sur le site pour réaménager le parc à ferraille afin d’améliorer la qualité et le compactage de la ressource. Gain estimé en terme d’émission de CO2:moins 8 %.

Afin d’atteindre la neutralité carbone à l’horizon 2050, les sites européens du groupe travaillent déjà à d’autres innovations. A Hambourg (Allemagne) est, par exemple, actuellement testée la capacité de l’hydrogène à réduire directement le minerai de fer (DRI), à la place du charbon pour parvenir à 0 émission de CO2. Une étude pour l’implantation d’une unité de production de grande capacité de ce DRI sans carbone à Dunkerque est en cours. A terme, d’ici 2050, l’idée est de pouvoir utiliser le DRI dans des hauts-fourneaux «verts» pour fabriquer la fonte. C’est l’ensemble du processus de fabrication de l’acier qui subit une véritable révolution écologique.

Toutes ces innovations ont évidemment un coût très élevé. Appliquées à l’échelle industrielle en Europe, elles devraient coûter au groupe un montant compris entre 15 et 40 milliards d’euros. Ce qui aura comme conséquence immédiate une augmentation du prix de l’acier de 30 à 80 %. «Alors que le marché est déjà très fortement concurrentiel», commente Dominique Pair, chef d’établissement du site de Dunkerque, «avec des aciers venus de Russie et surtout de Chine qui ne sont évidemment pas soumis aux mêmes contraintes que nous».

Un constat qui fait dire à Dominique Pair qu’ils n’arriveront pas seuls à atteindre la neutralité carbone. «Le soutien des politiques publiques nationales et européennes sera indispensables pour accompagner le développement et l’application de ces nouvelles technologies. De même, l’Europe doit assurer à son industrie de l’acier des conditions de concurrence équitable en protégeant son marché contre les importations massives d’acier en provenance de pays extra-européen», plaide-il. A ce sujet, un pacte industriel pour une neutralité carbone a d’ailleurs été signé en 2019 à Dunkerque par des industriels (dont ArcelorMittal) et des collectivités. Ils entendent ainsi interpeller les Pouvoirs publics pour qu’on les laisse «innover, expérimenter, travailler ensemble afin de réduire les émissions de CO2 tout en continuant à produire dans des conditions de concurrence normale».