Trois questions à Frédéric Avierinos, vice-président d’Entreprises fluviales de France (E2F)

«Le transport fluvial, une manière originale de découvrir la France»

Partir en croisière sur le Rhône ou regarder la tour Eiffel depuis un bateau mouche... De plus en plus de Français optent pour le tourisme fluvial. Celui-ci génère de l'activité complémentaire sur les territoires concernés.

Balade au bord de l'eau à Lyon. Crédit photo Jonathan Stutz
Balade au bord de l'eau à Lyon. Crédit photo Jonathan Stutz

Que représente le tourisme fluvial en France ?

Il concerne environ 14 millions de visiteurs chaque année et il s'agit d'une activité extrêmement diversifiée. Les bateaux promenade, depuis lesquels on admire les monuments d'une ville, concentrent 80% des volumes. Paris est le premier port fluvial du monde, mais d'autres villes sont concernées comme Lyon, Bordeaux, Strasbourg...C'est aussi le cas d'autres lieux, à l'image du marais poitevin en Charente et du lac d'Annecy, à l'activité plus saisonnière. De plus, sont compris dans la catégorie des bateaux promenade ceux dits privatifs, dédiés aux séminaires ou mariages.

Le deuxième type de tourisme fluvial est assuré par 188 paquebots de croisière qui proposent des voyages, par exemple sur le Rhône, depuis Lyon, vers la Bourgogne et jusqu'en Provence. Et enfin, la troisième catégorie est celle des 89 péniches hôtel. Celles-ci peuvent être très haut de gamme, par exemple en étant équipées d'un jacuzzi. L'activité est encore limitée, mais la France en est le leader. Au total, sur le plan économique, le tourisme fluvial représente 1,4 milliard d'euros de chiffres d'affaires et 6 100 emplois directs d'après VNF (Voies navigables de France).

De plus en plus, on parle de «slow» tourisme, de tourisme local... Le fluvial bénéficie-t-il de cette tendance ?

Oui. Depuis huit ans déjà, l'activité du tourisme fluvial augmente de 5 à 10% par an, environ. Ce développement a été essentiellement porté par l'activité des promenades et des paquebots. La pandémie a donné un coup d'arrêt momentané à l'activité, mais elle a également servi de révélateur au moment où les Français ne pouvaient plus partir vers des destinations lointaines : le transport fluvial constitue une manière originale de découvrir la France. La clientèle locale représente donc un vivier potentiel important.

Toutefois, notre activité reste encore très tournée vers le tourisme. Par exemple, sur les bateaux promenade à Paris, environ la moitié des clients proviennent des autres régions françaises et les étrangers sont majoritairement européens. Les péniches hôtels, elles, accueillent principalement des passagers américains et australiens. Aujourd'hui, à l'exception des Asiatiques, la plupart des clients sont revenus et, pour l'essentiel, l'ensemble des secteurs bénéficie d'une bonne reprise. L'été s'annonce bien.

Quelles sont les perspectives pour le tourisme fluvial dans le contexte actuel ?

Le tourisme fluvial est confronté à de multiples enjeux, à commencer par l'écologie. La pandémie avait stoppé les investissements programmés, en particulier pour le verdissement de la flotte, mais ce sujet est de nouveau d'actualité. Par ailleurs, comme d'autres filières, nous sommes soumis à une réglementation complexe. Par exemple, le matériel de sécurité qui nous est imposé est surdimensionné par rapport au danger effectif. Et les qualifications demandées aggravent les problèmes de recrutement que nous connaissons.

Quant à la conjoncture, elle n'est pas sans nuages : la pandémie n'est pas réglée, le prix des matières premières augmente, le climat économique est tendu... Toutefois, les perspectives sont là : les collectivités locales sont très favorables au tourisme fluvial, qui génère une activité complémentaire sur le territoire. Aujourd'hui, il existe des projets sur l'Oise, la Marne... Mais aussi, aujourd'hui, notre grand sujet, ce sont les Jeux olympiques de 2024. Ils augurent d'une activité fluviale très importante et nous y travaillons avec l'organisateur. Il reste encore des problèmes à régler, mais cet événement va constituer un formidable coup de projecteur sur notre activité.

Nord - Pas-de-Calais : le transport fluvial de marchandises en croissance

Les chiffres 2021 témoignent de la pertinence du modèle : à l'échelle du bassin de navigation du Nord - Pas-de-Calais, le transport fluvial a enregistré une croissance annuelle de +12,3% en tonnages (soit 10 millions de tonnes transportées).

A l'heure où la congestion routière paralyse la région et que les modes de transport plus doux ont le vent en poupe, ce sont près de 400 000 camions qui ont ainsi été évités sur les routes de la région. Si le dynamisme fluvial s'observe partout en France – 52,5 millions de tonnes transportées sur le réseau VNF, soit +4% en tonnes-kilomètres (t-km) et +3,1% en tonnes par rapport à 2020 –, le Nord - Pas-de-Calais affiche des chiffres légèrement supérieurs (+7,1% en tonnes-kilomètres). Belle réussite également du côté des échanges transfrontaliers, en hausse de 13% en tonnes et de 18% pour les seules exportations, essentiellement vers la Belgique et les Pays-Bas.

Sur le canal de l'Escaut, des conteneurs à Saint-Saulve. ©D.Gauducheau

Si l'on entre davantage dans les détails, la filière des matériaux de construction est en hausse annuelle de +21,7% en t-km avec l'augmentation des flux de matériaux (et en grande partie des terres de déblai/remblai) depuis le bassin Nord - Pas-de-Calais vers la Seine et le Nord-Est. La filière chimie (+43,1% en t-km) a, quant à elle, été soutenue par les travaux de dragage de VNF sur la Deûle, la canal de Condé-Pommerœul, la Lys ou la Sambre, mais également par le transport d'acide vers et à destination (c'est la même chose : vers et depuis des ?) d'usines du territoire.

La filière agricole est globalement stable (+0,8% en t, -2,4% en t-km) alors que les récoltes 2020 et 2021 ont été inférieures de 20% aux moyennes décennales, ce qui illustre un net gain de parts de marchés du mode fluvial pour le transport de ces marchandises.

L'année 2021 aura été plus compliquée pour la filière conteneurs et colis lourds (-1,8% en tonnes, mais +10,7% en t-km) et la filière énergétique (+22%, environ, tant en tonnes qu'en tonnes kilométriques). Une importante diminution qui s'explique par la baisse des flux de charbon et de coke de houille, mais aussi des flux pétroliers.

La moitié du trafic fluvial est assuré par la filière agricole (36%) et la filière des matériaux de construction (19%).

A. P.