BÂLE III ET SOLVABILITÉ II

Une profonde remise en cause du modèle économique des banques et des assurances

Publié dans l'édition Nord N. 8352 par

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Le renforcement des règles prudentielles consécutif à l’entrée en vigueur des accords de Bâle III et Solvabilité II va fortement contribuer à restructurer le secteur financier français, au point de remettre en cause ses modèles économiques. C’est ce qu’a déclaré, le 7 juin dernier à Lille, Fabrice Pesin, secrétaire général adjoint de l’Autorité de contrôle prudentiel (ACP), lors d’une conférence-débat organisée par l’association Lille Place financière.

Tel est le cas du renforcement des exigences en termes de ratios de liquidités prévu par les accords de Bâle III. Selon Fabrice Pesin, ce renforcement devrait modifier la hiérarchie des produits d’épargne que les banques françaises proposent à leurs clients. Le montant des placements effectués au moyen de l’assurance vie, si prisée des Français, ou des Sicav monétaires n’entre pas, en effet, en ligne de compte dans le calcul des ratios de liquidités. C’est pourquoi on commence déjà à voir de grandes banques de ce pays mettre l’accent sur des produits plus à même de conforter leurs ratios de liquidité, comme les comptes à terme ou les livrets d’épargne. Même chose s’agissant des assurances et des accords Solvabilité II destinés à harmoniser les règles prudentielles au plan européen. C’est une révolution complète qu’introduisent ces accords, estime Patrice Pesin. Leur logique se fonde en effet sur un horizon à un an alors que le monde de l’assurance à l’habitude de raisonner à beaucoup plus long terme. Moyennant quoi, les assureurs français pourraient être beaucoup moins tentés d’investir leurs réserves en actions comme ils le font encore aujourd’hui. Sur un an, une action se révèle en effet un patrimoine très volatil. Si les règles issues de Solvabilité II s’étaient appliquées ces dernières années, souligne le secrétaire général adjoint de l’ACP, pour 100une compagnie d’assurance aurait dû en provisionner 40. La Bourse pourrait ainsi voir se réduire très fortement le rôle d’investisseurs institutionnels que les assureurs jouent à son égard et accroître d’autant celui des fonds de pension anglo-saxons, faute d’un équivalent français en la matière.