Union des industries chimiques

Miser sur la jeunesseet le développement durable

Publié dans l'édition Nord N. 8388 par

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La chimie régionale veut prolonger une initiative nationale en cette Année de la chimie qui s’achève, en bousculant résolument les idées reçues. Et c’est à ceux qui la feront demain qu’elle s’adresse, les collégiens et les lycéens et bien sûr leurs enseignants. Le rectorat en la personne de son recteurchancelier des universités, Mme Marie-Jeanne Philippe, est partenaire de cette grande campagne médiatique qui a en fait un double but. D’une part oser le rapprochement entre développement durable et chimie, puis alimenter en jeunes le réservoir des six métiers de base qui font la chimie du XXIe siècle. Comme d’autres branches de l’industrie, elle va faire face à des départs massifs à la retraite, mais elle est aussi en mutation profonde : au nécessaire sang neuf doivent s’ajouter d’autres vertus comme de nouvelles compétences et une technicité tous azimuts et à tous les stades de la fabrication d’un produit.

Des équilibres séducteurs. Se faire connaître auprès des jeunes passe pour l’UIC de France et du Nord-Pas-de- Calais par rétablir des vérités. L’une d’elles consiste à démontrer que si les temps sont durs pour tout le monde de l’industrie, la chimie bénéficie d’une bonne constitution et que, la législation française étant tellement complexe, il a été quasi impossible durant la crise aux groupes étrangers, employeurs et investisseurs majoritaires sur notre sol, d’adoucir la crise par des réductions d’activité et de personnel. Le tissu est donc toujours là et se caractérise par nombre d’équilibres et de possibilités qui, espérons-le pour l’UIC, séduiront les jeunes.

Restructuration généralisée de la carte de l’emploi. La chimie régionale se décline en quelques grands métiers, de la plasturgie, l’alimentation, la santé, l’automobile et le textile à l’électronique, soit 120 métiers qui emploient plus de 10 000 salariés (le CDI est majoritaire après la période d’essai en CDD)dans trois types de qualification majeurs (la moitié des effectifs) : l’opérateur de fabrication, le technicien et l’ingénieur, chacun pour un tiers. Il y a quelques disparités entre la chimie au plan national et celle de notre région. D’abord les effectifs globaux baissent (- 1,5% par an) en s’accélérant, avec une période “noire” de 2005 à 2009, parce que la production s’est fortement automatisée et que la courbe de l’appel à la sous-traitance ne cesse de grimper. Dans le Nord-Pas-de- Calais, 80% des emplois sont concentrés dans des entreprises de plus de 50 salariés, sans qu’il existe comme en Allemagne, leader européen de la chimie devant la France, des entreprises de grosse taille, mis à part Roquette Lestrem par exemple. Le reste s’éparpille mais l’exigence en niveau de qualification ne cesse de progresser, d’où cette campagne de communication un peu nouvelle. Pour l’instant, la pyramide des âges est très équilibrée entre les plus et les moins de 40 ans, mais les moins de 25 ans manquent alors que les plus de 55 ans abondent, d’autant que l’allongement de l’âge de la retraite pose à la chimie des problèmes complexes. Les entreprises doivent en effet adapter les postes à ces seniors (surtout en pénibilité) mais en même temps introduire de plus en plus de formation en apprentissage.

Emergence régulière et accrue de la présence féminine. L’une des autres mutations, c’est le taux de féminisation en progression constante : aujourd’hui le sexe dit faible représente 36% des effectifs, et très bientôt 45%. Il devient de plus en plus fréquent de voir des promotions d’ingénieurs en chimie composées à 50% de jeunes filles. Il faut dire en passant, que traditionnellement, les jeunes diplômés ont toujours majoritairement choisi la chimie comme débouché. Il y a cependant des obstacles dits “naturels” à cette progression sur les sites. Les primes de postes concernent peu les femmes. Il n’existe pas de barèmes différents selon les sexes, l’égalité salariale devient la règle depuis plusieurs années dans la chimie. Le problème est que les femmes sont en insertion récente et qu’elles n’occupent pas encore tous les postes où les hommes sont encore majoritaires. Les primes ne sont que le reflet de cette réalité qui va évoluer au fil du temps vers l’équilibre. Pour information, la moyenne nationale des salaires en chimie est de 45 000 € (de 30 000 à 70 000 €) hors participation mais avec les primes. On est donc dans le haut du panier de l’industrie. Un panel de professions complet mais des problèmes à résoudre dans la région. La nécessité de la qualification et des diplômes (l’un pouvant aller sans l’autre) est croissante. Elle concerne aujourd’hui tous les postes sans distinction, en raison notamment de l’émergence de nouvelles filières développement durable, et concerne tous les métiers et notamment certains que l’on pourrait croire dominants dans la chimie. A tort puisque la R&D ne représente pour l’instant que 13,2% des effectifs et la technique 8,9%. Cela risque de changer. Mais en attendant, les choses se compliquent : l’UIC régionale est inquiète, elle a du mal à recruter certains profils. Une idée reçue, une de plus, est que la chimie est réservée aux ingénieurs, chercheurs ou laborantins, les blouses blanches en quelque sorte. Or, la part la plus grande des 120 professions qui est recrutée (10 000 à 15 000 salariés par an en France), c’est sur le poste d’opérateur de fabrication, sur la base du niveau IV de l’Education nationale et du bac pro industries et procédés. Seuls deux lycées proposent cette filière car la chimie est méconnue des enseignants et des élèves, les lycées Cousteau de Wasquehal et Léonard-de- Vinci à Calais. L’UIC régionale estime que le nombre de candidats à ce bac pourrait être bien plus important, d’autant que ces établissements sont des internats. Elle veut donc mobiliser de façon permanente les enseignants, clé de voûte du dispositif éducatif. Surtout que le recteur de l’académie de Lille-chancelier des universités, Marie-Jeanne Philippe, appuie fortement l’initiative.

A propos d’initiative, la chimie nationale a pris les devants grâce à son observatoire qui veut prévoir un avenir allant jusqu’à 2040. Elle a recensé et analysé de façon paritaire tous les métiers de branches de la chimie et en a fourni la nomenclature aux entreprises. Avec la disparition des CAP-BEP, il lui a fallu créer un CQP de branche “rénovation bac pro” et a créé un BTS fabrication. Elle avance dans le domaine des sciences de la nature, mais bute sur la méconnaissance de l’anglais chez bien des futurs cadres et techniciens… Il lui faut des “apprentis de haut de gamme” allant jusqu’au bac pro. Et, surtout, c’est de médiatisation dont elle a besoin…