Le rapport Gallois sur la compétitivité de l'industrie

Diagnostic sévère, solutions simples

Publié dans l'édition Nord N. 8516 par

On en a beaucoup parlé lors de sa sortie. Le « pacte pour la compétitivité de l’industrie française » dresse, en 75 pages, un état des lieux sur l’industrie, un relevé des handicaps et une série de propositions concrètes quoique non révolutionnaires.

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Missionné par le gouvernement pour préparer un sursaut industriel, Louis Gallois, commissaire général à l’investissement, a travaillé avec le ministère du Redressement productif et s’est appuyé sur les conclusions de la Conférence nationale de l’industrie pour rédiger son rapport. Dans sa lettre de mission, Jean-Marc Ayrault avait rappelé qu’il n’y a « pas d’économie forte sans industrie forte » et qu’il faudrait trouver la voie d’un nouvel « élan« . Le simple constat de l’état de l’industrie en France montre que la mission Gallois est une gageure. L’enjeu industriel est essentiel , la chute de l’industrie est en train d’entraîner toute l’économie : »La perte de compétitivité industrielle est le signe d’une perte de compétitivité globale de l’économie française. Car l’industrie ne se développe pas en vase clos : elle dépend de l’écosystème créé par les politiques publiques, des grandes infrastructures, comme de l’appareil de formation et de recherche, ou du marché du travail. » L’industrie irrigue l’ensemble du corps national. Cette descente aux enfers est à l’origine, « pour une large part« , des déséquilibres des finances publiques comme du chômage. « Elle limite notre marge de manœuvre en Europe et dans le monde ; elle menace notre niveau de vie et notre protection sociale.« 

L’industrie, un secteur clé. Pour bien comprendre l’importance de l’enjeu, Louis Gallois rappelle que l’industrie est la clé de la sortie de crise : l’industrie est la plus exposée à la concurrence internationale. C’est elle qui compte le plus dans le commerce extérieur ; l’emploi est plus qualifié qu’ailleurs et génère plus d’emplois indirects et induits. C’est encore l’industrie qui investit le plus dans la recherche et l’innovation, et qui gagne le plus en productivité. Fort de ce constat, et connaissant la tendance générale des politiques à légiférer, Louis Gallois alerte : « Toute nouvelle disposition réglementaire ou législative (…) devrait être accompagnée d’un document précisant son impact sur la compétitivité industrielle. » Car la France a décroché : la part de l’industrie dans la valeur ajoutée est passée en dix ans de 18% à 12,5%… La France est 15e sur 17 dans la zone euro tandis que l’Allemagne est 1re avec 26,2%. Côté emploi, l’industrie française en a perdu 2 millions depuis 1980, une époque où plus de 5 millions de personnes travaillaient « à l’usine« . Pertes de parts de marché en Europe et solde commercial en berne sont les conséquences de ce marasme : globalement, le solde de la balance commerciale est passé d’un excédent de 3,5 milliards d’euros en 2002 à un déficit de 71,2 milliards d’euros en 2011. Pire, « la balance hors énergie était de +25,5 milliards d’euros en 2002, elle est de -25,4 milliards  en 2011« .

La France « prise en étau« . Pourquoi une telle chute ? Louis Gallois pointe les caractéristiques fondamentales de l’industrie française : « Elle est positionnée, à la différence de son concurrent d’outre-rhin, sur le milieu de gamme en matière de qualité et d’innovation. Elle a peu de facteurs différenciants et elle est de ce fait très exposée à la concurrence par les prix par rapport aux autres pays européens. Pour la même raison, elle a été particulièrement sensible à la hausse de l’euro tout au long de la décennie écoulée. » Conséquence, la France est « prise en étau » entre l’Allemagne et les pays d’Europe de l’Est ou du Sud. Louis Gallois n’oublie pas de rappeler que les salaires des entreprises allemandes des services à l’industrie sont très bas et seraient jugés « à juste titre inacceptables en France« . Pris entre deux feux, les industriels français ont dû rogner leurs marges ces dix dernières années (de 30 à 21%) pendant que l’Allemagne gagnait 7 points. Conséquences financières pour l’industrie française : baisse de l’autofinancement, de l’investissement, etc. Les raisons du déclin industriel français sont aussi structurels. Le poids de la fiscalité,  la réglementation des professions, « le mille-feuille administratif (…), le culte de la réglementation, couplé avec son instabilité, constituent un vrai handicap« , dénonce le haut fonctionnaire. Autre handicap, la recherche-innovation-formation : avec 2,24% du PIB dans la R&D publique, la France est dans le haut du classement des pays de l’OCDE. Pourtant, le chiffre tombe à 1,4% quand il s’agit de R & D des entreprises, au contraire d’autres pays européens comme l’Allemagne, la Finlande ou la Suède. De plus, « les crédits publics de soutien à la R & D sont proportionnellement moins orientés vers le développement économique que chez nos principaux compétiteurs« . Plus d’une entreprise allemande sur 20 a bénéficié d’un financement public contre 1,4% des entreprises en France…

Le financement est mal orienté. D’autre part, le financement n’est pas assez orienté vers le secteur industriel en France. « Les entreprises industrielles souffrent, en France, plus que les autres entreprises de certaines difficultés d’accès au crédit. La raréfaction du crédit – même si les taux restent bas – touche actuellement plus directement le financement de la trésorerie alors même que le crédit interentreprises reste défavorable aux fournisseurs. (…) Mais la principale préoccupation pour l’avenir concerne l’évolution du financement en fonds propres. Signe préoccupant, la collecte de capital-investissement régresse : elle reste de moitié inférieure à ce qu’elle était avant la crise (6,4 milliards d’euros levés en 2011 contre 12,7 milliards en 2008), freinant la croissance des PME. » Malgré les outils mis en place par le gouvernement (Oséo et FSI), les résultats ne sont pas encore au rendez-vous. L’épargne française est pourtant importante mais essentiellement dirigée vers le logement social qui fait tourner le bâtiment mais pas trop l’industrie. Autre problème, les actifs gérés par les compagnies d’assurances : 1 680 milliards d’euros. A peine 5% sont dirigés vers des sociétés non financières. Les solutions préconisées par Louis Gallois sont nombreuses et reposent sur des atouts à valoriser (présence de groupes industriels, savoir-faire spécifiques, bas prix de l’énergie électrique…). Pour Louis Gallois, il faut que l’industrie monte en gamme. Pour échapper à une concurrence internationale issue des pays émergents sur laquelle la France ne peut s’aligner, il faut aussi que les chefs d’entreprise « ressentent » la confiance que leur porte l’Etat. Le commissaire général à l’investissement appelle à un choc de confiance.

Les solutions pour redresser l’industrie. Autre solution simple et qui ne coûte rien : la simplification réglementaire. « Le commissaire à la simplification devrait voir sa capacité à agir substantiellement renforcée, le plus en amont possible de la décision et porter une attention spécifique à l’accélération des procédures. Il faudra une belle persévérance et un engagement politique au plus haut niveau pour lutter contre la marée réglementaire (47 textes nationaux et européens sur la gestion des déchets en huit mois !) et ce qui est vécu comme du harcèlement. »  D’où une proposition : « L’Etat s’engage à ne pas modifier cinq dispositifs, au moins, au cours du quinquennat : le crédit impôt recherche, les dispositifs dits Dutreil favorisant la détention et les transmissions d’entreprises , la contribution économique territoriale (68 modifications de la taxe professionnelle en 35 ans !) , les incitations ‘sociales’ aux jeunes entreprises innovantes, rétablies à leur niveau de 2010, et les dispositifs en faveur de l’investissement dans les PME « . Autre proposition, non retenue par François hollande, tant espérées par les entreprises : créer un choc de compétitivité en transférant une partie significative des charges sociales jusqu’à 3,5 Smic – de l’ordre de 30 milliards d’euros, soit 1,5% du PIB – vers la fiscalité et la réduction de la dépense publique. Ce transfert concernerait pour deux tiers les cotisations patronales et pour un tiers les cotisations salariales. Mais l’Etat ne semble pas vouloir se priver d’une recette aussi importante à un moment où ses fins de mois sont aussi difficiles que celles des entreprises. L’adéquation entre formation et besoin de l’industrie est aussi une antienne que Louis Gallois martèle. Dans son pacte social, il ne craint pas de proposer qu’un représentant des salariés préside le CE. La confiance s’en trouvera-t-elle encore mieux partagée ? Oui, si quatre autres représentants des salariés entrent dans les conseils d’administration des entreprises de plus de 5 000 salariés. Les huitième et dixième propositions ont le souci du bon sens : « créer un mécanisme d’orientation de la commande publique vers des innovations et des prototypes élaborés par des PME avec un objectif de 2% des achats courants de l’Etat« . Une sorte de « small business act » à l’image de ce qu’ont fait les Etats-Unis après-guerre en bloquantune partie du budget dédié à la commande publique pour lesentreprises nationales de taille réduite. La France est restée plus libérale que les Etats-Unis. Un comble et une absurdité économique.